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L'affaire Total
est à prendre
au sérieux !
La crise à Total Burkina est une illustration de la dégradation
continue des conditions de travail dans notre pays et de la déliquescence
des organisations des travailleurs. L'affaire dite Totale est
la suite d'une série qui a été orchestrée
par l'Etat lui-même pour instituer la précarisation
du Travail dans notre pays. Le plus gros employeur dans notre
pays reste quand même l'Etat. Il est aussi le garant du
respect des lois sur le travail. Or ces dernières années,
il a entrepris une thatcherisation du monde du travail sans que
les syndicats n'aient eu la clairvoyance nécessaire pour
y s'opposer.
Le processus est allé insidieusement en s'affermissant
avec le dessein de faire du Burkina Faso une sorte de " paradis
du travail " qui attirerait des entreprises avec une main
d'uvre réputée travailleuse et à présent
précarisée à souhait. Il fallait dans cette
entreprise que le principal employeur donne l'exemple. L'Etat
s'y est mis donc progressivement à disloquer le monde du
travail. D'abord par les lois. Le nouveau code du Travail est
l'instrument parfait de cette dislocation des instruments juridiques
de protection du travail. C'est un code ultra libéral qui
donne la toute puissance aux entreprises et réduit les
structures d'encadrement des droits du travail dans une situation
consultative. Le patron d'une entreprise demande l'avis de l'inspecteur
du Travail qui ne le lie aucunement quand il ne va pas dans le
sens souhaité. Ce fut le cas par exemple dans le conflit
social à Air Burkina. Le Directeur général
avait voulu appliquer par anticipation une disposition issue de
la nouvelle loi sur le travail pour sanctionner un fait de grève
qui s'est déroulé sous l'empire d'une autre loi.
L'inspecteur du travail lui a dit clairement qu'il ne pouvait
pas se prévaloir de cette loi qui n'était pas encore
en vigueur. Le Directeur général est passé
outre. Il a juré qu'il ne reviendra pas sur sa décision.
Il en a été ainsi.
Depuis lors, les exemples se sont multipliés, avec l'Etat
lui-même dans les premiers rôles. Ces derniers temps,
comme nous l'avons régulièrement expliqué
dans ces colonnes, le gouvernement est devenu le prédateur
des travailleurs en ne respectant aucune loi sur le fonctionnement
de l'administration publique. Une grève est toujours l'occasion
d'un licenciement massif. Aucune décision de justice ne
rétablit les victimes dans leur droit. Les fonctionnaires
du ministère des Affaires étrangères sont
allés en justice. Aucune décision judiciaire qui
leur est favorable n'a été appliquée.
Dans un climat pareil, les autres patrons du pays ne vont pas
se gêner. Si l'Etat lui-même ne se sent pas concerné
par les décisions de sa justice, il ne faut pas le demander
aux autres. Parce que c'est justement l'Etat le garant des lois
et règlements du pays. Le président du Faso, faut-il
le rappeler, prête serment de " respecter et de faire
respecter les lois du Burkina Faso ". Alors si en Conseil
des ministres, lui-même fait la nique à la loi, les
autres devraient-ils se gêner ?
Ce qui se passe à Total est donc la suite de cette logique
d'instauration d'une libéralisation sauvage où seul
l'argent doit être protégé. Le travail n'a
aucune valeur. Le travailleur est un facteur de production qui
ne devrait pas grever le rendement global de l'entreprise. Il
faut dans ces conditions dépouiller au maximum les droits
du travail. Moins de droits et beaucoup de " flexibilités"
dans les conditions de recrutement et de licenciement.
Le problème dans notre cas, c'est que la mise en vigueur
d'un tel dispositif contre le travail survient dans un environnement
peu structuré, pas de protection sociale pour les individus
et dans la déliquescence des administrations exposées
à la corruption. Les entreprises qui sont suffisamment
riches peuvent s'acheter les inspecteurs du Travail et les juges.
On a vu au niveau du tribunal de première instance de Ouagadougou,
comment certains présidents ont prévariqué
dans les conflits sociaux.
Le gouvernement actuel a fait donc un choix périlleux en
matière de travail. Il n'est pas certain qu'il fasse du
Burkina, un dragon du travail et en même temps il expose
le peu de travailleurs du secteur formel à la précarité.
Cela devrait malheureusement aggraver l'indigence dans le pays.
Un travailleur burkinabè, peu importe son revenu, supplée
l'Etat dans la prise en charge social d'autres compatriotes. Avant
d'atteindre le boom (hypothétique) du travail espéré
par les lois ultra libérales, il serait sage de protéger
certains acquis pour éviter l'explosion sociale.
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