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Encore une sanction
pour fait de grève !
Nous l'avons expliqué ici même et à maintes
reprises qu'un gouvernement qui réagit de manière
aussi épidermique à une grève donne de sérieuses
raisons de s'inquiéter de son caractère démocratique.
La grève reste un droit du travailleur. Quand la Constitution
dit que la loi va réglementer sa jouissance, cela ne veut
pas dire que la dite loi doit entraver les conditions de son exercice.
Réglementer en droit ne veut aucunement dire entraver.
Or, c'est à cela que nous assistons ces dernières
années. Les élèves policiers ont manifesté
pour exprimer un vrai problème dans leur corps. Le gouvernement
a réagi par la révocation. Les diplomates ont fait
la grève. Le gouvernement a réagi de la même
façon en fermant l'école qui forme les diplomates
et en inventant une sanction qui n'existe pas dans la loi sur
la Fonction publique qui consiste à disperser les grévistes
dans des administrations autres que celle pour laquelle, ils ont
été formés. Le gouvernement croit à
chaque fois que le problème, c'est le thermomètre.
Si on le casse, c'est fini. Personne ne saura encore qu'il y a
la fièvre. En quelque sorte, c'est parce qu'il y a le thermomètre
qu'on peut lire la fièvre. Et s'il est cassé, c'est
fini. Erreur grossière !
Le gouvernement vient de donner la même réponse après
la récente grève des greffiers de justice. Indubitablement,
cela commence à devenir très inquiétant.
Pour un gouvernement démocratique, la réaction aurait
du être tout le contraire. Un gouvernement démocratique
est à l'écoute des citoyens. Après une grève
et en fonction de son ampleur, il cherche à voir si l'inquiétude
exprimée a un fond de vérité, si le gouvernement
peut y répondre et de quelle manière ? Il ne commence
pas par casser du gréviste. Les stagiaires n'ont peut-être
pas le droit de grève. Mais depuis quand un stagiaire peut-il
remplacer un titulaire au point de devoir poser des actes qui
assurent une continuité administrative? Autant il n'a pas
de droit de grève, autant il n'a pas le droit de poser
des actes administratifs. Il est stagiaire. Il n'est pas titulaire.
Il ne peut donc pas être administrativement responsable.
Si non, ce serait très simple. Pour en finir avec les grèves,
il suffirait de créer un corps de stagiaires permanents.
Il faut être sérieux. Un gouvernement responsable
ne se conduit pas de la sorte.
Mais il appartient, à notre avis, à l'ensemble de
la société civile et politique de faire bloc contre
cette dérive inacceptable. Il n'est pas tolérable
qu'à chaque grève, la réponse du gouvernement
soit invariablement la sanction, le bâton.
Les syndicats dans leur ensemble et la classe politique n'ont
pas toujours su réagir comme il se doit à ces dénis
de droit du gouvernement. La bonne gouvernance, c'est aussi un
rapport de force. Quand le gouvernement n'a personne en face de
lui et comme c'est un gouvernement d'un vieux système qui
a des réflexes d'Etat d'exception, il est plutôt
porté à la force. A la brutalité.
Or, il se dégage que les sociétés civile
et politique dans leur ensemble ne savent pas faire bloc sur des
valeurs cardinales. Ces dernières années, le gouvernement
a systématiquement sanctionné le fait de grève
et il n'y a pas eu de réactions vigoureuses en face. Sauf
la presse qui fait ce qu'elle peut. Mais les journalistes ne sauraient
remplacer les autres acteurs de la vie nationale. Il y a même
un fait très grave contre lequel, pas même le Collectif
contre l'impunité n'a su réagir comme il se devait.
Le président a gracié un criminel, reconnu comme
tel après un jugement, et cela n'a apparemment choqué
personne. Ousseni Yaro, ex-membre de la garde présidentielle
qui a reconnu avoir torturé à mort, le pauvre David
Ouédraogo, a eu la compassion du président du Faso
qui lui a accordé une remise de peine. Alors que les ayant
droits de David n'ont pas eu droit, pas un seul jour, à
la compassion du même président, qui est aussi le
leur. Dans cette affaire, ce n'est pas Ousseni Yaro qu'il faut
plaindre, mais les enfants de David Ouédraogo, qui n'auront
plus jamais la joie de voir leur père revenir du travail,
leur assurer le minimum pour qu'ils puissent s'épanouir
comme les autres enfants burkinabè. C'est à eux
que le président aurait du penser en accordant sa grâce
à Yaro.
Cette mise en liberté a été faite sous la
barbe et le nez des sociétés civile et politique
burkinabè. Jusqu'à plus informé, nous n'avons
pas entendu que ces acteurs sociaux et politiques aient réagi.
Il faut toujours avoir à l'esprit que les dérives
les plus graves viennent d'une permanence d'indifférence.
C'est ce à quoi nous assistons chez nous. Au fait, qu'est-ce
qui peut encore réellement indigner les Burkinabè
dans leur ensemble ? A chacun de répondre ! Sur cette question
de grève, il faudra pourtant se réveiller.
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