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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Tertius,
c'est un Premier ministre !

Dire les choses comme cela, peut paraître péremptoire. Bien sûr qu'il est Premier ministre depuis le décret présidentiel de juin 2007 qui l'a nommé. Pourquoi donc insinuer encore des choses? Tertius est effectivement un Premier ministre pour deux raisons :
la première évidemment, c'est qu'il occupe le poste et protocolairement on lui rend les honneurs dus à ce rang.
Deuxièmement, et c'est le plus important à nos yeux, il assume la fonction. Des cinq Premiers ministres qui se sont succédés à la tête du gouvernement sous Blaise Compaoré, il est véritablement le seul à accepter endosser la responsabilité qui va avec la fonction. Il a des initiatives qu'il affirme et qu'il assume. On peut ne pas être d'accord, mais ça a l'avantage de clarifier l'action gouvernementale et à ne pas la réduire à une juxtaposition d'initiatives individuelles sans cohérence et parfois sans lendemain.
Le gouvernement, c'est quand même une équipe avec un objectif suffisamment clair et bien décliné pour permettre qu'on le suive et qu'on le juge. Jusque là nos premiers ministres avaient donné l'impression d'attendre des ordres pour s'exécuter. Tertius lui montre le contraire. Le patrimoine de l'Etat est mal géré ? Ok ! Il prend l'initiative d'appliquer la loi. Parce que sur l'utilisation des véhicules de l'Etat, des textes existent et qui bonnement dormaient dans les tiroirs. Depuis Kadré, l'utilisation des véhicules de l'Etat avait fait l'objet d'une codification assez sévère. Mais jamais les textes n'ont été appliqués. Tertius a fait droit à la loi. Les gendarmes qui sont commis à la tâche et qui le font consciencieusement accumulent des anecdotes à vous couper le souffle. Par exemple un chauffeur arrêté un samedi, avec un fond rouge, explique aux gendarmes, qu'il se rend chez son patron pour conduire le chien chez le vétérinaire. Une autre fois, c'est un grand patron qui est appréhendé avec un fond rouge. Il n'avait ni permis de conduire sur lui ni un papier administratif qui l'autorise à circuler avec le véhicule de l'Etat un jour non ouvrable. Appréhendé, il décide, désinvolte, de laisser le véhicule aux gendarmes. Non, répondent ces derniers fermement, mais courtoisement : "conduisez le véhicule au camp CRS". C'est ce qu'il fit tout pénaud.
Sur la gestion du carburant que l'Etat donne pour les besoins du fonctionnement de l'administration publique, il y avait là aussi tout un deal. Quand Tertius a voulu y mettre de l'ordre, on lui a dit qu'il ne fallait pas, parce que cela servait à résoudre des problèmes sociaux. Réponse de Tertius: "si nous gérons bien le carburant, l'argent ainsi économisé servira justement à résoudre les problèmes sociaux". Les bons d'essence étaient devenus une denrée tellement dépréciée, qu'une jolie péripatéticienne en fit une collecte suffisante pour s'acheter une moto Rainbow. Parce que les patrons sont plus prompts à payer par bons d'essence que de donner des espèces. Depuis la mesure de Tertius, c'est la dèche.
Quand Tertius Zongo affirme qu'il va demander des comptes à Cotecna, parce que des informations font état de brebis galeuses en son sein, il est dans son rôle. C'est quand même lui qui est chargé de veiller sur nos ressources. Quand il instaure une plus grande transparence dans les procédures de passation des marchés publics, il rend service aux citoyens. On devrait d'ailleurs lui suggérer de trouver le moyen de mettre le nez dans la gestion de certaines communes où les maires ont créé leur propre entreprise, avec des comptes fictifs où l'argent transite avant de revenir sur leur compte personnel.
Evidemment qu'il ne pourra pas tout faire, tout réussir, comme par exemple c'est le cas dans un dossier comme celui de la douane. Mais aussi il a de l'écoute. Un responsable des ressources humaines d'une société de la place est allé chez lui pour le voir. Il l'a reçu et a écouté ses complaintes. Même si c'est sûr qu'il ne pourra pas grand chose pour ce DRH, il l'a au moins écouté. Il sait désormais ce qui se passe dans cette boite.
Tertius fait donc le job de premier ministre. Il prend des initiatives qui pourront lui coûter cher. Puisqu'en déclinant ce qu'il veut faire, il donne en même temps la verge pour se faire battre. C'est aussi ça faire de la politique. Mais en même temps peut-être en procédant de la sorte, il met tout le monde au pied du mur. Si ça ne marche pas, il faudra situer les responsabilités






 






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2008