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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry


Hommage mérité à L'Observateur paalga !

Quand on l'appelle doyen de la presse burkinabè, Edouard Ouédraogo décline courtoisement cet honneur en rappelant que d'autres l'ont précédé. Avant L'Observateur, il y avait eu Kibaré, une expérience qui a duré le temps d'un hivernage. Dans un pays, comme le nôtre, où l'espérance de vie de la presse est très courte, très peu de titres fêtent leur premier anniversaire. Tenir 35 ans sans discontinuer, mis à part évidemment la retraite forcée de 1984 à 1991 du fait des mêmes qui aujourd'hui ne tarissent pas d'éloge sur notre confrère et son directeur de publication, relève d'un exploit.
Mais comme à son habitude, le doyen Edouard prend les choses avec philosophie. Ce parcours formidable ne semble en aucune manière avoir grisé l'homme. Alors se pose la question : pourquoi a-t-il décidé de donner un éclat particulier à ce trente cinquième anniversaire ? Il aurait pu commémorer avec le même faste le trentième. Il ne l'a pas fait. Pourquoi ? Sauf à considérer qu'une marche arrière dans le temps nous ramène à 2003, nous venions juste de sortir des périodes troubles consécutives à l'assassinat de Norbert Zongo. Avait-il jugé inopportun le moment ? Peut-être que tout simplement, du peu que l'on sait de l'homme, peu porté sur les honneurs, les célébrations ne sont pas sa calebasse de dolo, pour rester dans l'ambiance de Laye. C'est pourquoi cette initiative de marquer le trente cinquième anniversaire, de façon particulière, ne doit pas être considérée simplement du côté festif. Le doyen a-t-il voulu nous faire passer un message ? Le premier, qui vient de lui, c'est que cette fête, c'est celle de toute la presse et de tous les journalistes burkinabè. Ensuite, il y a la symbolique de certaines manifestations. Dans un premier temps, évidemment il met en lumière et pour la première fois, le village de Laye. Ce patelin devenu si familier aux Burkinabè à travers la rubrique hebdomadaire à succès, du journal "Une lettre pour Laye". Un autre aspect symbolique très fort de cette commémoration, c'est bien sûr le match emblématique majorité#opposition. Edouard Ouédraogo met en musique, d'une certaine façon, ce qui est l'idéal de toute sa vie : "voir s'instaurer dans ce pays pauvre et arriéré, mais combien attachant, ce que les autres ont réussi chez eux : la démocratie vraie". Un jeu politique dans lequel, les acteurs ne sont pas des ennemis mortels, mais de simples adversaires appelés par le jeu de la volonté populaire à se succéder à la tête du pays pour exécuter la volonté du peuple. Ce combat pour lequel, il a consacré toute sa vie, pourrait ne pas se réaliser de son vivant. Quoique ? Si nous sommes effectivement les dignes héritiers des artisans de "l'inédit de 1978", auquel L'Observateur a beaucoup participé, rien ne nous est impossible. Par ce match de football, il aura quelque peu sublimé un ardent souhait, qui met du temps à se réaliser. Il y a aussi le prix de littérature, qui restera attaché à L'Observateur et à l'œuvre de Edouard Ouédraogo. Inédit, ce prix aussi, même si, par égoïsme peut-être, aurions-nous souhaité que ce prix récompense une œuvre de journaliste, pour justifier totalement, le "culot" qu'il a eu, en ces années 1970, d'imaginer possible une aventure dans la presse privée. Culot, disons-nous, avec tout le respect évidemment que nous devons au doyen, parce qu'en cette période, même l'Etat n'avait pas de journal digne de ce nom. Alors entreprendre dans le privé, pour la presse, c'était effectivement ne pas manquer de culot. Inutile de revenir sur le formidable parcours de L'Observateur Paalga, mais comment ne pas reconnaître avec nos confrères du journal "Le Pays" que "L'Observateur, par la qualité de son existence et par l'exceptionnalité de son histoire, a grandement contribué à changer le regard sur cette profession qui est au demeurant, non seulement l'un des plus exaltants des métiers, mais aussi l'un des plus périlleux et des plus humanistes. Le caractère dangereux de cette profession ne décourage plus aujourd'hui ceux qui veulent toucher l'Homme dans ce qu'il recèle de merveilleux en lui". Edouard Ouédraogo et L'Observateur ont fait du journalisme, un vrai métier au Burkina Faso. C'est incontestablement l'une des incommensurables réussites du doyen.
Il lui reste maintenant, si c'était possible, de contribuer à faire naître la confraternité au sein des journalistes. Œuvre titanesque sans doute, mais qui n'est pas au-dessus de ses moyens. Il évoque depuis quelques années des projets structurants qu'il doit contribuer à mettre en œuvre. Sans vouloir les citer tous, il y a incontestablement la convention collective. Sur ce projet important, rien ne peut se faire sans le doyen. Et si le doyen y tient, il ne peut pas ne pas aboutir. Nous partageons aussi largement son opinion sur la gestion de la subvention de l'Etat à la presse privée. Même si nous reconnaissons qu'ici, pour que les choses changent, il faut d'abord retirer la gestion de cette subvention au ministère de la Communication, l'instituer par décret, le mieux serait la loi, et mettre en place un organe indépendant pour en assurer la gestion. Il reste quand même cette question que nous avons effleurée au début de ces lignes et à laquelle, nous n'avons pas pu apporter de réponse. Pourquoi le doyen a-t-il décidé de donner du lustre aux trente cinq ans de son formidable parcours ? Nous en serons certainement situés d'ici là.
Heureux anniversaire cher confrère





 






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne:31 mai 2008