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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Les prix baissent
quel jour ?

Beaucoup de précipitations et beaucoup d'annonces pour des résultats qui se font toujours attendre. La baisse des prix annoncée juste après les mesures gouvernementales (arrêté n°2008-046/MEF/SG-DGD/DGI de mars 2008) n'est pas encore effective dans les boutiques des quartiers. Il est à craindre qu'elle ne le soit jamais, en raison de l'état d'esprit actuel des commerçants et de l'inconséquence du gouvernement qui ne sait pas apparemment sur quel pied danser.
La question est pourtant simple. Dans une situation, peut-être conjoncturelle, mais suffisamment préoccupante quand même, quelle attitude le gouvernement doit-il adopter ? Revenir vigoureusement à la politique des prix contrôlés sur une période bien déterminée et en se donnant les moyens de faire aboutir sa politique ou doit-il, comme il l'a fait, se contenter de suggérer des prix à appliquer ?
Le gouvernement burkinabè semble avoir opté pour le service minimum en préconisant "des prix suggérés". A ce propos, l'analyse de l'Organisation des consommateurs du Burkina (OCB) nous parait pertinente. En effet, "les prix suggérés n'obligent personne". Et c'est vrai, les commerçants ne se sentent pas obligés. Il suffit d'ailleurs de discuter avec les commerçants dans les quartiers pour s'en rendre compte. Ils ne sont pas loin de penser que le gouvernement ne sait pas ce qu'il veut. Il y a eu des missions pour évaluer les stocks et pour préparer les compensations. Mais ces missions ne peuvent aller partout et bien évidemment, beaucoup de commerçants, ou disons des boutiquiers, ne seront pas forcément touchés. La mesure salutaire aurait été d'imposer un prix à partir d'une bonne connaissance des prix des fournisseurs et des coûts de revient. Sur ce stock, qui de toute façon, sera incorrectement évalué, en raison du fait que les commerçants ne joueront pas totalement franc jeu, il eut fallu par le procédé indiqué plus haut, fixer un prix planché et un prix plafond. Cela de manière à ne pas provoquer des pertes sèches graves, mais également que les mesures de suppression fiscale sur un trimestre permettent grosso modo de corriger les pertes.
Or, la façon dont a procédé le gouvernement aboutira forcément à deux conséquences non voulues et forcément préjudiciables au consommateur et aux finances de l'Etat. D'abord, il n'est pas sûr à la date d'aujourd'hui que les mesures de suppression fiscale sur un trimestre aboutissent dans l'immédiat à la baisse des prix pour les produits indiqués. On peut faire le constat sur le terrain.
Ensuite, c'est une belle aubaine pour ceux des commerçants qui ont une surface financière conséquente de remplir leurs magasins pour toute l'année. Ils peuvent à ce propos bénéficier des facilités des grands décideurs qui vont leur faire des facilités par des prêts de complaisance auprès des institutions comme la CNSS et autres institutions " vaches à lait " de l'Etat. Des montages financiers de complaisance vont se faire au nom d'intermédiaires, pour finalement atterrir dans les poches de commerçants " exécutants ", qui vont s'approvisionner en quantité sur les produits non taxés et qui seront vendus sur notre marché. Mais également sur les marchés des pays voisins, de façon frauduleuse. Profitant des exo, certains commerçants avec la complicité des politiques et des hauts placés vont faire des approvisionnements extraordinaires pour spéculer ensuite sur toute la sous-région. Nos douaniers n'y pourront rien. Ils s'y sont déjà préparés du reste.
Voilà sans risque de se tromper comment les choses vont se passer. Certains de nos opérateurs en vue sont tellement habitués à spéculer sur tout, qu'ils ne vont pas se priver sur une si bonne aubaine. Nos richissimes spéculent surtout. Sur les parcelles à usage d'habitation par exemple, quand il y a lotissement, ils constituent une liste avec des pièces d'identité prises dans leur entourage, proche et lointain. Une fois les attributions faites, les terrains reviennent de droit au gourou qui a initié l'opération. S'il vient à l'esprit à l'impertinent dont la pièce d'identité a servi à acquérir la parcelle de revendiquer quoique ce soit, très rapidement, avec la complicité des maires, le terrain est ré attribuer à quelqu'un d'autre. Il peut monter et descendre, rien n'y fera.
Quand on est habitué à spéculer sur si peu, est-ce qu'on peut laisser passer une telle opportunité ? Non évidemment.
Ce sont donc les consommateurs qui en paieront le prix fort. Les plus nantis seront de toute façon épargnés. Déjà, faire ses courses dans les grandes surfaces de Ouaga et de Bobo revient moins cher que d'aller dans la boutique du quartier. Or, les pauvres ne vont pas dans les grandes surfaces. La vie chère, c'est donc pour eux et pour longtemps. Même les mesures qui, d'apparence, doivent leur profiter, ne leur profitent pas dans la réalité.
C'est dur d'être pauvre dans un pays qui n'a d'yeux que pour ses riches.

 






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 mars 2008