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Trop de problèmes
en même temps
ne tuent pas forcément les problèmes
Ah cette vie chère nous fera voir de toutes les couleurs.
Mais pas forcément les couleurs auxquelles nous nous attendons.
Non ! Comme disent nos anciens, quand la bagarre éclate
un jour de marché, chacun se dirige tout droit vers celui
contre qui il nourrissait des ressentiments refoulés et
dont il est sûr qu'il peut terrasser. Quand il n'est pas
sûr de sa victoire, il lui suffira de diriger contre ce
dernier, la vindicte populaire en l'accusant de tous les pêchés
du village.
Depuis le déclenchement des manifestations contre la vie
chère, chacun cherche son bouc émissaire. Et les
forts en anathème ont déjà commencé
leur travail avec dans leur viseur des individus précis,
coupables de s'être taillés (frauduleusement, tient
!) une place de " gourous " dans le système.
Des gourous devenus mafieux qui oeuvreraient aujourd'hui à
faire tomber le régime. Ce sont ces gens-là qui
seraient les véritables instigateurs des troubles dans
le pays et qui s'adosseraient sur une communauté précise
du pays dont les relents de fraudeurs sont nationalement connus.
Pour documenter cette démonstration, on a trouvé
des cas concrets à Bobo-Dioulasso où les commerces
appartenant à cette communauté ont été
épargnés, miraculeusement, par les casseurs.
Si on voulait vraiment allumer de terribles contre feux et nous
éloigner des préoccupations du moment, on ne pouvait
pas trouver mieux. Disons qu'on ne pouvait pas trouver pire. Dans
cette affaire, il y a deux choses.
La première, c'est que les prix ont renchéri. Le
gouvernement lui-même donne le niveau de l'inflation qui
varie entre 10 et 67%. C'est-à-dire qu'entre septembre
2007 et février 2008, sur une période de 6 mois,
les prix des denrées de première nécessité
: huile, riz, lait, savon
ont été multipliés
par deux. Ces faits sont constants, comme disent les juristes,
et le gouvernement ne le nie pas.
Deuxième aspect, les manifestations de protestation et
leur caractère particulièrement violent. Dans cette
affaire, pour dire vrai, ce qui a surpris, ce n'est pas la survenue
des manifestations. A Bobo-Dioulasso, cela se savait depuis des
semaines que les commerçants projetaient de protester contre
les taxes et les impôts, qu'ils disaient avoir été
nouvellement institués par le Premier ministre Tertius
Zongo. En revanche, la violence de la manifestation a surpris.
Il n'est pas évident que les initiateurs, pour la plupart
des commerçants, s'attendaient à cela. Sauf à
considérer là également, comme le montre
l'exemple de la destruction de la mairie de Do, que certains ont
profité de la mêlée générale
pour régler des comptes politiques particuliers, mais toujours
au sein de la même famille politique. Les mêmes partisans
de Blaise Compaoré. En ce qui concerne Ouagadougou, la
manifestation n'a pas non plus surpris. Il était prévu
qu'elle se tienne le 28 février. Les autorités savaient
que les initiateurs étaient déterminés. Elles
se doutaient également qu'il y aurait de la violence, c'est
pourquoi, Simon Compaoré a sorti ses agents pour ramasser
tous les pneus usagers qui traînaient dans la ville. Le
maire de Nongr Massom avait, lui aussi, pris les devants en organisant
ses partisans pour protéger les feux tricolores et ses
biens propres à lui. Et à Ouagadougou aussi, l'allure
des casses empruntait curieusement la démarche du règlement
de comptes personnels. Le maire de Nongr Massom, qui a fait, il
n'y a pas longtemps, la Une de l'actualité pour ses pratiques
inqualifiables, a été celui contre qui, les manifestants
en voulaient visiblement. Pour ceux qui ont emprunté Kwamé
Nkrumah ce 28 février, ils auront remarqué qu'un
seul immeuble de cette avenue était gardé par les
bérets rouges. Et cet immeuble à qui appartient-il
réellement ? A celui dont-il porte le nom, Inoussa Kanazoé
ou à celui dont tout le monde pense fortement. Celui qui
après le chef de l'Etat a une garde constituée de
bérets rouges ?
Dans cette affaire, on l'aura donc remarqué, les problèmes
sont faussement posés, mais habilement orientés
vers des objectifs précis. Les Anglais diront que les objectifs
sont " targeted ".
Si non au fond, il y a quoi comme véritable problème
?
D'abord, le régime paye la collusion délibérément
entretenue entre le monde des affaires et celui des politiques.
Il y a une telle imbrication que le chef de l'Etat lui-même
se retrouve régulièrement à réveillonner
chez un des richissimes nouveaux commerçants, qui à
l'occasion, pend la crémaillère de son château
construit à coût de milliards de francs cfa. Un commerçant
dont l'histoire des affaires n'a pas plus d'une décennie
d'âge. Sans rien connaître des affaires, on peut se
demander, comment fait-on pour prospérer en si peu de temps,
dans un secteur réputé impitoyable ?
Deuxièmement, tous les gourous de ce régime se sont
achetés leur propre cour de commerçants. Dans le
milieu, cela n'est un secret pour personne. Et chacun s'arrange
pour octroyer les passe-droits à ses protégés.
La décision de Tertius, qui ne devait sûrement pas
être ignorant de la réalité, a frappé
de plein fouet ces intérêts imbriqués. Les
nouveaux riches le sont devenus très rapidement, parce
qu'ils n'ont jamais payé les impôts. Or la décision
de Tertius, en imposant la vérification systématique
des chargements, créait une nouvelle donne inconnue jusque-là,
et du même coup, amenuisait les énormes profits qui
permettaient que ces gens aillent, comme l'a si bien écrit
Jonas Hien, soigner leur maux de tête au Etats-Unis1. Cette
situation artificielle créée par le seul fait de
la fraude fiscale instituée et imposée avait, c'est
vrai, créé "des droits acquis", dont la
remise en cause ne pouvait se faire sans grincements de dents.
Faut-il greffer à cette situation réelle d'autres
desseins inavoués ? C'est ce à quoi on voudrait
habilement nous inviter. La guerre François Compaoré
et Salif Diallo, dont L'Evénement a été parmi
les premiers à en parler ( cela nous a valu et continue
de valoir tous les anathèmes possibles) est plus que jamais
exacerbée. Les résultats dans les jours à
venir n
1 In L'Observateur Paalga n° 7085 du 05/03/08
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