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La vie chère,
que peut bien faire le gouvernement ?
Depuis les PAS, les gouvernements africains sont devenus totalement
irresponsables. La Banque mondiale et le fonds monétaire
international sont devenus progressivement les véritables
dirigeants des pays, puisqu'ils veillent sur les budgets et font
l'arbitrage des dépenses. Dans cette mise sous tutelle,
il y a eu deux aspects importants. D'un côté les
institutions de Bretton Woods se sont arrangées pour que
les princes africains ne manquent de rien. On leur a même
enseigné de nouvelles façons de voler en toute légalité.
Les processus de privatisation-bradage ont été les
grands moments d'enrichissements illicites. Les gouvernants avaient
le choix entre racheter pour eux-mêmes les entreprises étatiques
pour une bouchée de pain ou transiger avec les éventuels
repreneurs pour faire monter les commissions qui leur reviennent
de droit. Ce fut la période des grandes braderies et aussi
celle de constitution de nouvelles fortunes. Les fortunes, dont
Norbert Zongo disait qu'elles "n'avaient pas d'histoire".
A l'opposé, ce fut très dur pour les populations.
La mise en coupe réglée des budgets sociaux a abouti
à plus de précarité. L'école publique,
la santé et l'ensemble des services sociaux de base ont
été abandonnés. C'est la période de
la doctrine de "l'Etat ne peut pas tout faire" qui insidieusement
se conclura par "l'Etat ne peut rien faire". La déresponsabilisation
des gouvernants est allée donc progressivement du service
minimum à pas de service du tout. A contrario les institutions
de sauvegarde des intérêts des nouveaux maîtres
ont été décuplées et suréquipées.
C'est en ce moment que sont nées les forces spéciales
de police de maintien de l'ordre. Chez nous ce fut d'abord la
DCIR, pour ceux qui s'en souviennent encore et plus tard quand
la république a définitivement pris le pas sur "le
Faso" c'est devenu la CRS. La compagnie chargée de
mater les manifestants à main nue. Emportée dans
son élan et aveugle des jalousies envieuses, la CRS est
allée se fracasser sur les jeunes bidasses, un certain
19 décembre et depuis n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Bref ! Avec les PAS nos gouvernants ont appris à ne rien
faire. A ne rien devoir. Seulement à se remplir les poches,
le ventre et le bas ventre. Cette irresponsabilité a institué
progressivement des voies de fait. L'Etat ne croit plus qu'il
reste redevable aux citoyens. Le gouvernant a oublié qu'il
n'est pas à la tête de l'Etat juste pour faire le
possible. Une économie libérale n'est pas une économie
sauvage. Le marché n'est pas laissé à lui-même,
il se régule. Surtout pour les produits vitaux. Dans une
économie libérale quand le libre jeu de la concurrence
ne permet pas de réguler le marché normalement et
d'offrir au consommateur le meilleur produit au moindre coût,
l'Etat ne reste pas les bras croisés. Il prend d'abord
des mesures conservatoires et uvre ensuite à rétablir
les saines règles de la concurrence.
Evidemment que l'Etat ne peut pas agir sur les prix directement.
Mais il peut actionner des leviers qui contraignent les prix à
rester à un niveau compatible avec le pouvoir d'achat des
populations. Si le pétrole continue à coûter
toujours moins cher aux Etats-Unis, c'est parce que l'Etat utilise
toute sa puissance pour garantir l'approvisionnement dans des
conditions qui permettent de maintenir les prix à un niveau
compatible avec le pouvoir d'achat. Toute la politique des gouvernants
d'aujourd'hui c'est d'avoir les yeux rivés sur le taux
de l'inflation. Plus le niveau de l'inflation est bas, mieux le
marché de la consommation se porte.
Dans notre pays et selon les chiffres du gouvernement même,
les prix ont flambé dans une fourchette de 10 à
67%. Une estimation qui ne rend pas totalement compte de l'ampleur
de l'augmentation des prix. Ici on ne peut pas tricher, puisque
chacun vit la chose au quotidien. Le litre d'huile coûte
à présent le double de son prix d'il y a un an.
Le prix du lait a évolué dans les mêmes proportions.
Il faut craindre que le truculent Thibaut Nana n'ait raison quand
il affirme que : "le pouvoir de la IVe République
abuse de la tolérance légendaire des Burkinabè".
Autrement soutient-il on ne "peut pas comprendre la hausse
vertigineuse des prix des produits de première nécessité".
Thibaut n'a pas totalement tort. La responsabilité du gouvernement
est engagée dans la situation que nous vivons présentement.
Plutôt il en prendra conscience, mieux cela vaudra pour
le pays. La violence des manifestations à Bobo, sur de
simples rumeurs, montre que la situation est désespérée.
Maintenant chacun est son propre " Collectif "1.
1 En référence au mouvement né des événements
de Sapouy et que le gouvernement avait l'habitude de désigner
comme l'instigateur des troubles sociaux dans le pays.
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