Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Dossier1

Dossier 2

Dossier 3

 

 


 

 

 

 

Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

La vie chère, que peut bien faire le gouvernement ?

Depuis les PAS, les gouvernements africains sont devenus totalement irresponsables. La Banque mondiale et le fonds monétaire international sont devenus progressivement les véritables dirigeants des pays, puisqu'ils veillent sur les budgets et font l'arbitrage des dépenses. Dans cette mise sous tutelle, il y a eu deux aspects importants. D'un côté les institutions de Bretton Woods se sont arrangées pour que les princes africains ne manquent de rien. On leur a même enseigné de nouvelles façons de voler en toute légalité. Les processus de privatisation-bradage ont été les grands moments d'enrichissements illicites. Les gouvernants avaient le choix entre racheter pour eux-mêmes les entreprises étatiques pour une bouchée de pain ou transiger avec les éventuels repreneurs pour faire monter les commissions qui leur reviennent de droit. Ce fut la période des grandes braderies et aussi celle de constitution de nouvelles fortunes. Les fortunes, dont Norbert Zongo disait qu'elles "n'avaient pas d'histoire". A l'opposé, ce fut très dur pour les populations. La mise en coupe réglée des budgets sociaux a abouti à plus de précarité. L'école publique, la santé et l'ensemble des services sociaux de base ont été abandonnés. C'est la période de la doctrine de "l'Etat ne peut pas tout faire" qui insidieusement se conclura par "l'Etat ne peut rien faire". La déresponsabilisation des gouvernants est allée donc progressivement du service minimum à pas de service du tout. A contrario les institutions de sauvegarde des intérêts des nouveaux maîtres ont été décuplées et suréquipées. C'est en ce moment que sont nées les forces spéciales de police de maintien de l'ordre. Chez nous ce fut d'abord la DCIR, pour ceux qui s'en souviennent encore et plus tard quand la république a définitivement pris le pas sur "le Faso" c'est devenu la CRS. La compagnie chargée de mater les manifestants à main nue. Emportée dans son élan et aveugle des jalousies envieuses, la CRS est allée se fracasser sur les jeunes bidasses, un certain 19 décembre et depuis n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Bref ! Avec les PAS nos gouvernants ont appris à ne rien faire. A ne rien devoir. Seulement à se remplir les poches, le ventre et le bas ventre. Cette irresponsabilité a institué progressivement des voies de fait. L'Etat ne croit plus qu'il reste redevable aux citoyens. Le gouvernant a oublié qu'il n'est pas à la tête de l'Etat juste pour faire le possible. Une économie libérale n'est pas une économie sauvage. Le marché n'est pas laissé à lui-même, il se régule. Surtout pour les produits vitaux. Dans une économie libérale quand le libre jeu de la concurrence ne permet pas de réguler le marché normalement et d'offrir au consommateur le meilleur produit au moindre coût, l'Etat ne reste pas les bras croisés. Il prend d'abord des mesures conservatoires et œuvre ensuite à rétablir les saines règles de la concurrence.
Evidemment que l'Etat ne peut pas agir sur les prix directement. Mais il peut actionner des leviers qui contraignent les prix à rester à un niveau compatible avec le pouvoir d'achat des populations. Si le pétrole continue à coûter toujours moins cher aux Etats-Unis, c'est parce que l'Etat utilise toute sa puissance pour garantir l'approvisionnement dans des conditions qui permettent de maintenir les prix à un niveau compatible avec le pouvoir d'achat. Toute la politique des gouvernants d'aujourd'hui c'est d'avoir les yeux rivés sur le taux de l'inflation. Plus le niveau de l'inflation est bas, mieux le marché de la consommation se porte.
Dans notre pays et selon les chiffres du gouvernement même, les prix ont flambé dans une fourchette de 10 à 67%. Une estimation qui ne rend pas totalement compte de l'ampleur de l'augmentation des prix. Ici on ne peut pas tricher, puisque chacun vit la chose au quotidien. Le litre d'huile coûte à présent le double de son prix d'il y a un an. Le prix du lait a évolué dans les mêmes proportions.
Il faut craindre que le truculent Thibaut Nana n'ait raison quand il affirme que : "le pouvoir de la IVe République abuse de la tolérance légendaire des Burkinabè". Autrement soutient-il on ne "peut pas comprendre la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité".
Thibaut n'a pas totalement tort. La responsabilité du gouvernement est engagée dans la situation que nous vivons présentement. Plutôt il en prendra conscience, mieux cela vaudra pour le pays. La violence des manifestations à Bobo, sur de simples rumeurs, montre que la situation est désespérée. Maintenant chacun est son propre " Collectif "1.

1 En référence au mouvement né des événements de Sapouy et que le gouvernement avait l'habitude de désigner comme l'instigateur des troubles sociaux dans le pays.






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 2 mars 2008