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Façon de voir
Par Newton Ahmed Barry

Kenya
Requiem pour la démocratie!

Pourquoi ne le ferait-il pas le brave Mwai Kibaki ? Pourquoi doit-il vraiment se donner la peine de triompher à la régulière à une présidentielle qu'il organise lui-même ? Depuis ces deux dernières années, signe éminemment important de l'enracinement de nos démocraties, ce qu'on demande au président en place, c'est d'organiser les élections. Comment ils vont faire pour les gagner, c'est leur problème. Personne ne s'en fout des moyens, seule compte la façon dont-ils s'arrangent pour garder leur fauteuil. Pourquoi donc Mwai Kibaki, lui, se gênérait-il ? Et il ne s'est pas gêné, le croulant Kibaki, à la démarche lourde, mais à l'appétit de pouvoir gargantuesque.
Oui Kibaki a volé les urnes sans autre forme de procès. Quand ses partisans ont compris que les choses étaient en train de leur échapper, ils ont sorti l'artillerie lourde. Après avoir évalué le nombre de voix qu'il faut à leur champion pour rattraper son retard et remporter les élections, ils ont programmé mécaniquement le bourrage des urnes. Dans un bureau de vote où n'étaient inscrits que 120 électeurs, on a fait voter 12 000. Et petite gâterie pour président voleur de votes, tous ces douze milles électeurs ont porté leur choix sur Mwai Kibaki. Au finish, le vieux Kibaki a remporté la présidentielle avec malgré tout, seulement une petite longueur d'avance. Il a quand même du scrupule non ? Mais une telle victoire à la Pyrrhus ne doit pas voir sa jouissance différée même d'une journée. Pourquoi attendre que les instances suprêmes de la justice examinent d'éventuels recours, si les choses ont été proprement faites ? Comme disent les Dioula : "ni te bla ka souma", littéralement traduit, "il y a des choses qui ne peuvent attendre". Il en est ainsi du butin d'un vol.
Malheureuse démocratie africaine ! Les choses vont en empirant. La notion d'"approfondissement de la démocratie" sous nos tropiques est une coquetterie qui veut dire descente dans les profondeurs de l'abîme. Ces deux dernières années, qui se souvient d'une élection présidentielle africaine conduite dans les règles de l'art ? Il n'y a que l'exception béninoise avec la victoire sans ambages de Yayi Boni. Pour se maintenir, l'inénarrable Wade n'a pas fait les choses à moitié. Au Nigeria, à défaut de renouveler son bail à la tête de l'Etat, le "respectable" Obasanjo a tout fait pour faire passer son poulain. Au Mali, ATT conduit actuellement un second et "dernier" mandat éthiquement amoindri. Blaise Compaoré règne en voguant de triomphe au premier tour en triomphe au premier tour depuis 1991. Que dire de Bongo dont les prénoms s'allongent à mesure que durent ses règnes. Il s'apprête à en briguer un autre à la tête du Gabon et probablement à s'affubler d'un autre prénom.
Paul Biya va très incessamment ordonner la révision de la constitution pour lui permettre de briguer un autre mandat à la tête du Cameroun. Il a annoncé tout récemment qu' "il n'était pas insensible" aux appels des millions de Camerounais lui demandant de renouveler son bail à la tête du pays. La révision de la Constitution au Cameroun ne serait plus qu'une question de jours. Mais rassurez-vous, il ne sera pas le seul en cette année bénie de 2008. Burkinabè ouvrez l'œil et le bon !
Dans ces conditions, qui de nos présidents peut bien jeter la pierre à Kibaki ? L'Union africaine a banni les coups d'Etat. Mais c'était pour mieux protéger les règnes interminables de ceux qui y sont déjà. L'Union africaine, toujours elle, a décrété hors-la-loi les révisions constitutionnelles qui ont pour objet de lever la limitation des mandats des présidents en exercice dans les Etats membres. Mal lui en a prit. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette mesure n'a pas porté bonheur à Alpha Konaré. Depuis l'évocation de cette mesure, inapplicable de toute façon, ses déboires ont commencé. Dans cette crise kenyane, le "braillard" Alpha Konaré est aphone, instruit sans doute par son expérience togolaise. Et puis pourquoi va-t-il continuer à se chercher noise à lui-même, alors qu'il est sur le départ ? De son poste d'observation, Konaré a compris qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer pour la démocratie africaine dont les authentiques représentants ne sont autres que Kadhafi, Blaise, Bongo, Biya et puis bientôt l'honorable Kibaki







 







© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Janvier 2008