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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Menace réelle ou opération intox ?

Dans une interview accordée à notre confrère Le Pays et publiée dans l'édition du jeudi 14 juillet, le ministre de la Sécurité, M. Djibrill Bassolet a fait une déclaration qui ne peut laisser le landerneau politique indifférent. Répondant à une question qui lui demandait s'il confirme les menaces de mort qui pèseraient sur les quatre opposants politiques reçus le 6 juillet dernier, il déclarait : " les éléments d'information que moi je détenais font état de ce que certains groupes extérieurs, en complicité avec Me Hermann Yaméogo lui-même, avaient l'intention de rééditer un 13 décembre 1998 (et vous voyez parfaitement de quoi je voulais faire allusion) au Burkina. J'ai effectivement dit que des personnalités politiques étaient visées dans ce plan élaboré depuis l'extérieur. Je n'ai pas spécifié et je n'ai pas donné de nom. Nous avons évidemment reçu des informations par rapport à des noms, mais il ne s'agit pas des noms dont vous venez de faire cas. "

Premier responsable de la Sécurité des Burkinabè, M. Bassolet sait pertinemment de quoi il parle. C'est pourquoi ses déclarations sur les plans criminels en préparation avec la complicité de Me Hermann Yaméogo méritent d'être traitées avec sérieux. Certes, nous avons personnellement déjà entendu ce type de propos en privé et de la bouche du même Bassolet, mais nous pensions qu'il s'agissait là de manipulation politicienne. C'est de bonne guerre, Hermann est réputé être l'adversaire politique le plus redouté du pouvoir et dans ces conditions, tout est bon pour le déstabiliser. Ne dit-on pas que c'est Bassolet le principal artisan du retournement de Salvador, frère cadet d'Hermann ? Dans cette opération, ces informations sécuritaires de première main comme on dit ont dû peser très lourd dans la balance.

Mais à présent, un pas vient d'être franchi avec cette interview à la presse. Nous sommes en Etat de droit et on ne peut porter des accusations aussi gravissimes si on ne s'est pas assuré par avance de leur véracité et de la fiabilité des preuves pour les étayer. Maintenant qu'il semble acquis pour le ministre que Me Hermann Yaméogo est un criminel, il faut qu'il prenne publiquement le peuple burkinabè à témoin. Si c'est lui le commanditaire des tueries du 13 décembre 1998, et qu'il s'apprête à rééditer un carnage pour en rendre Blaise Compaoré et son pouvoir responsables afin d'en profiter pour se hisser à son tour au sommet de l'Etat, nous aimerions le savoir. Pour deux raisons au moins : premièrement, parce qu'un criminel d'un tel acabit ne peut-être laissé en liberté, ce serait faire courir un grave danger aux Burkinabè. Deuxièmement, Me Hermann brigue les suffrages des électeurs à l'occasion de la présidentielle de novembre 2005. Ces derniers ont le droit de savoir à qui ils ont à faire réellement en toute bonne foi et sans manipulation. Et comme en Etat de droit, l'institution chargée des faits criminels, c'est la justice, il faut donc que M. Bassolet la saisisse en bonne et due forme. S'il tient vraiment son criminel, il faut qu'il le traîne devant les tribunaux. Dans le cas contraire, nous serons obligé de croire à une odieuse diffamation, à une opération intox dont l'auteur commence malheureusement à en devenir coutumier.

Et s'il se trouve que M. Bassolet et ses services préparent un coup fumant contre Hermann et ses amis et chercheraient à le justifier d'avance ? L'hypothèse n'est pas saugrenue d'autant que selon Bassolet lui-même, la base objective d'une telle entreprise criminelle serait le pacte " diabolique " que Me Yaméogo aurait passé avec Laurent Gbagbo, le " bourreau " de nos compatriotes. Il est urgent de clarifier ces choses. La charge de la preuve appartient à ceux qui sous l'autorité de leur fonction invoquent avec assurance des complots en préparation derrière lesquels il y aurait des mains étrangères. Un ministre de la Sécurité ne peut être un vulgaire harangueur. C'est à l'aune de faits tangibles et attentatoires à la sécurité des Burkinabè, susceptibles d'être exhibés, que l'on juge du sérieux des déclarations et non pas à travers d'obscures spéculations aux fondements laborieux. Assurément, le débat politique mérite quelque élévation.

















© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 27 juillet 2005