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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Le choc au sommet

Disons le franchement, le départ de Sambaré Palguim de la Direction Générale de la Police Nationale nous a surpris. Nous étions loin de penser qu'entre lui et le ministre Bassolet, il y avait bien plus que des nuances dans la conception de la gestion des hommes. A la lumière de ce qui vient de se passer, on peut désormais se convaincre que c'est un gouffre qui sépare les deux hommes. Sambaré s'en va et avec lui, Serge Halidou Ouédraogo, le commandant de la Compagnie républicaine de sécurité, ce corps d'élite dont les jeunes recrues avaient choisi la rue comme lieu d'expression. Que leur reproche t-on ? De n'avoir pas su prévenir et tuer dans l'œuf la fronde du 18 février ? Probablement. On ne saurait cependant en rester à ce jugement, au risque de s'emmêler dans une difficulté d'ordre logique. En effet, si l'on doit rechercher des coupables, on ne voit pas comment on peut contourner le ministre Bassolet, qui depuis six ans qu'il est aux affaires, n'a pas permis à la police de retrouver ses marques. Sous d'autres cieux, ce monsieur aurait tout simplement remis sa démission au chef de l'Etat. Si l'on n'est pas allé jusqu'au bout de cette logique, il doit y avoir d'autres considérations. Sous ce rapport, un constat s'impose. Les revendications des policiers sont très populaires. Même si la méthode choisie peut paraître déplorable pour certains, la radiation pure et simple des manifestants l'est tout autant, pour ne pas dire plus et on sait que la mesure suscite une sourde réprobation dans les casernes.
A partir de là, risquons une interrogation. Et si Palguim Sambaré ne s'est pas trouvé en phase avec son ministre sur la question ? L'hypothèse ne relève pas d'une simple vue de l'esprit. En effet, les deux hommes n'ont pas la même conception de l'autorité. Sans doute cela tient-il de leur formation dans leur corps d'origine plus ou moins perméable aux principes de l'état de droit, mais il est possible aussi que des considérations d'ordre sécuritaire aient prévalu, au regard d'un environnement préélectoral aisément volatile. La mesure revêt donc à cet égard un double objectif : aux élèves, il est adressé un signal de fermeté, " aux pêcheurs en eau trouble ", une dissuasion. Reste que l'efficacité d'un tel manège ne se mesure que dans la durée, ses effets boomerangs étant rarement immédiats.
Autre scénario probable. Le pouvoir envisage de revenir sur la mesure en raison de son impopularité. Quelqu'un doit payer afin que d'autres puissent en sortir la tête haute. Alors si le politique a sévi aussi durement, c'est peut-être parce qu'il a été mal instruit. C'est Nicolas Machiavel qui nous l'enseigne : " la fin justifie les moyens." Quelle que soit l'épreuve, le pouvoir doit en sortir indemne. Il faut s'y employer, absolument. A quelques encablures des échéances électorales, il faut s'attendre à ce que se multiplient les actions d'éclat en matière de gouvernance. Il faut montrer qu'on tient la baraque. Il est important que le citoyen se sente gouverné. Peu importe comment. Il faut être présent. Nos gouvernants le savent si bien qu'ils sont tous devenus des experts en cynisme. Le nouveau locataire de la DGPN, le commissaire Thomas Dakouré est donc prévenu. On attend de lui qu'il reprenne les choses en main, par tous les moyens. Il se trouve devant un choix parfois cornélien: servir fidèlement les puissants du jour en échange d'une bonne carrière ou travailler avec abnégation pour faire émerger la Police nationale. Ces deux axes d'actions peuvent se chevaucher, mais ils ont souvent tendance à se séparer. Le génie de tout responsable consciencieux consiste à tenir la bonne mesure.













© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 03 avril 2005