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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Le monde plus sûr sans Bush

Les Américains ont reconduit le 2 novembre dernier, Georges W. Bush à la tête du plus puissant pays du monde. Ils nous donnent ainsi une bien singulière leçon : un président américain doit pouvoir défier le monde entier quand il estime que les intérêts fondamentaux de son pays sont en cause. Le propos peut paraître excessif, il n'en traduit pas moins le sentiment des Américains, à la lumière des récents résultats électoraux que l'Amérique vient de livrer au monde.
En décidant de mener sa guerre préventive contre l'Irak, Bush a montré le peu de cas qu'il fait des relations internationales, pourtant largement favorables aux intérêts des grandes puissances. Il a décidé que ce pays était un Etat terroriste appartenant à un axe géopolitique dit du mal, qu'il faut à tout prix abattre, afin que le monde s'en porte mieux. Devant une assemblée générale des Nations Unies incrédule, le très respectable Colin Powell n'a pas hésité à brandir les " preuves " qui devaient servir à justifier l'invasion d'un pays souverain.
Pourtant, il n' y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. C'est la conclusion formelle à laquelle est parvenu le groupe des inspecteurs américains en Irak (Iraq Survey Group), dont le rapport a été rendu public en Octobre. " Je croyais que nous trouverions des armes de destruction massive. Beaucoup, ici aux Etats Unis, beaucoup dans le monde, les Nations Unies pensaient que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive… " devait déclarer le président américain à la chaîne de télévision ABC à la suite de cette révélation. Etait-il raisonnable d'engager une guerre préventive sur la base de simples soupçons ? L'histoire vient de répondre à cette question, mais Bush pour sa part n'a aucun regret. Pour lui," Saddam était dangereux et le monde est un endroit plus sûr maintenant qu'il n'est plus au pouvoir. " La réalité est évidemment différente. Le monde n'a jamais connu autant la menace terroriste que maintenant. A tel point que toutes les ambassades américaines dans le monde sont devenues des camps retranchés, les sites touristiques les plus prisés sont militarisés tandis que les menaces terroristes sont devenues plus importantes que jamais sur les aéronefs civils. Dans le même temps, Bush attise le feu au Proche- Orient par son soutien ouvert à Sharon1qui n'a qu'une seule idée: réduire toute résistance véritable à sa politique sioniste. C'est la politique du pire quand on sait que la répression, fût-elle féroce, ne peut suffire à réduire une lutte de libération nationale. Les droits nationaux du peuple palestinien demeurent une équation incontournable qu'il faudra de toute façon résoudre. Par ailleurs, Bush aura été, le président américain qui se serait le plus négativement illustré en matière de droits humains ; notamment par son refus de conférer aux prisonniers de Guantanamo le statut de prisonniers de guerre mais aussi par ses menées liquidatrices à l'égard du Tribunal pénal international etc…
Ainsi donc, par son unilatéralisme belliciste, il a détruit le fragile équilibre de la paix dans le monde, d'où cette réflexion de l'universitaire américaine Elaine Kamarack2 : "Les Etats-Unis sont entrés au XXIe siècle forts d'une grande richesse, d'une grande puissance et d'une grande autorité dans le monde. Mais en un rien de temps, Bush a fait virer notre budget au rouge, réduit nos redoutables forces militaires à une armée exsangue proche du point de rupture et transformé une puissance capable de mener le monde en un pays qui inspire la méfiance.. . "
En croyant garantir la toute puissance de l'Amérique, Bush et son clan en ont paradoxalement préparé le déclin. Un pays est puissant par sa force morale et sa capacité à assurer le triomphe de la justice et non par la crainte et la terreur qu'inspire son pouvoir d'extermination. Le monde est peut-être plus sûr sans Saddam, mais il l'aura été davantage sans Bush.
1 Premier ministre d'Israël
2 Extrait in " un déclin assuré pour la puissance américaine ", Courrier International du 28 octobre au 4 novembre.









© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 janvier 2005