De l'ajustement
structurel aux cadres stratégiques de lutte contre la
pauvreté
Les chefs d'Etat de la toute nouvelle Union africaine viennent
de se réunir à Ouagadougou autour de la question
de l'emploi. Il faut se féliciter que l'emploi soit aujourd'hui
au cur des préoccupations après la grande
mode des ajustements structurels. On peut s'étonner de
ce revirement de position car la promotion de l'emploi comme
moyen de lutte contre la pauvreté et la vision de l'ajustement
structurel prônée par les experts du Fonds monétaire
international (FMI) et de la Banque mondiale sont radicalement
antinomiques. Certes, l'Etat providence a montré ses
limites dans sa prétention à créer et à
gérer seul l'outil de production économique. Mais
l'expérience a aussi montré que cette question
complexe ne peut se résoudre par de simples mesures techniques.
On l'a bien vu, les thérapies simplistes préconisées
par les grandes institutions financières internationales
ont détruit les forces productives nationales sans pour
autant moderniser l'outil productif, préalable à
la relance de la production. Le désengagement de l'Etat
n'a pas entraîné les capitaux attendus de la part
d'un secteur privé supposé plus dynamique et en
lieu et place de la croissance, on a assisté ici et là
à une terrible récession économique, conséquence
d'un chômage massif. Les quelques cas cités comme
des réussites des politiques d'ajustement s'expliquent
davantage par certains facteurs assez favorables et surtout
par la résistance de ces pays à appliquer à
la lettre les mesures édictées. (lire La grande
désillusion de Joseph Stiglitz, ancien membre du directoire
de la Banque mondiale)
L'avènement des cadres stratégiques de lutte contre
la pauvreté signe la faillite des programmes d'ajustement
structurel. C'est la preuve patente que la croissance ne peut
se faire sur la base d'un chômage massif. Le fondement
de la richesse, c'est justement le travail et celui-ci n'est
rien d'autre que l'uvre des hommes. Que l'emploi revienne
au cur des préoccupations est tout simplement un
juste retour des choses. L'Afrique ne peut aller de l'avant
avec une jeunesse sans emploi et vouée au chômage.
Il faut en finir avec cette aberration qui fait de nos pays,
ces immenses terrains en friche où paradoxalement des
jeunes cherchent en vain du travail. Le problème n'est
assurément pas l'absence de travail mais l'absence d'une
politique appropriée du travail. Il y aura du travail
pour tous en Afrique quand celle-ci aura accompli sa révolution
culturelle. Pas avant.
Ce n'est pas un hasard si on parle aujourd'hui de lutte contre
la pauvreté. C'est le nouveau slogan à la mode.
Hier, c'était les Programme d'ajustement structurel (PAS)
et son cortège de privatisations. Que nous réserve-t-on
demain quand la formule à la mode dans son application
contrôlée se serait usée sans qu'on en voit
les effets positifs ? C'est ce mal dont souffrent nos pays.
Celui de ne penser que par les autres, ces experts savants que
l'on nous prête " gracieusement " et qui nous
assistent infiniment. C'est le sort de tous ceux qui n'ont pas
de racines que d'être assistés. L'Afrique devrait
donc d'abord retrouver ses racines, c'est la condition première
à son décollage. On attend donc du sommet de Ouagadougou
un résultat majeur: une réelle prise de conscience.
Les plus hauts responsables politiques de l'Afrique doivent
prendre au mot nos donneurs de leçon et placer l'emploi
au cur des politiques nationales. Il faut refuser ce confinement
de l'emploi dans des programmes et fonds dits d'appui qui sont
loin d'être la solution appropriée à la
problématique de l'emploi. C'est au mieux, de mini espaces
de sécurité (pour ne pas parler de filets) destinés
à nourrir l'illusion du développement, en même
temps qu'ils renforcent la logique de l'assistanat. Si en 40
ans d'indépendance, l'Afrique est encore incapable de
penser son propre développement, c'est qu'il faut désespérer
d'elle. Mais nous n'en sommes peut-être pas là.
Il y a comme une lente maturation des conditions qui préparent
à ce bouleversement nécessaire. Le récent
sommet en est une des illustrations.