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Dossier N°1

Dossier N°2

Controverse

 

Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Amère désillusion

Que reste-t-il de cette belle aventure qui avait uni tant de monde dans un même élan de réprobation de l'odieux assassinat du journaliste Norbert Zongo? Après l'épisode des législatives 2002 où l'alliance au sein du Collectif des organisations de masse et des partis politiques fut assez durement éprouvée, on pensa que le sursaut allait venir, un jour ou l'autre, vu que les engagements autour de la plateforme revendicative dite actualisée n'avaient pas été dénoncés, et que celle-ci restait pour l'essentiel non satisfaite. Mais c'était compter sans les rancoeurs des uns qui ne pardonnaient pas aux autres d'avoir déserté le navire pour des "aventures électoralistes" jugées sans lendemain.
On retiendra, il est vrai, de cette expérience parlementaire, le malheureux épisode des 3 millions aux députés qui, en terme d'image, a eu des effets ravageurs sur des hommes dont on a peut-être pensé à tort qu'ils auraient un rapport à l'argent radicalement nouveau. D'aucuns diront que tout ça était prévisible si tant est que l'on veuille se laisser instruire par le passé récent dont les enseignements ne doivent laisser aucun doute sur la bonne disposition de certains vis-à-vis du malheureux peuple. En admettant tout cela, on reste quand même pantois devant cette stupéfiante volonté de saper le moral des hommes et femmes de bonne volonté, inquiets devant le risque de pérennisation d'un pouvoir qui utilise tous les moyens pour cela.
En déclarant que Blaise Compaoré peut se représenter s'il le veut à la magistrature suprême et que la Constitution ne le lui interdit pas, Halidou Ouédraogo, président du Collectif sait qu'il tend une perche à Blaise qui n'en espérait pas tant. Ce qui est navrant dans cette position, c'est cette invocation de la Constitution que Blaise avait justement fait modifier afin de pouvoir briguer plus de deux mandats. Quel sens faut-il alors donner à ce rappel à l'ordre qui a consisté à replacer les choses dans leur esprit originel ? Les choses sont si claires que ceux qui veulent imposer la candidature de Blaise n'ont d'autre choix que de se réfugier dans un juridisme étroit.
Halidou devrait les laisser à leurs contorsions intellectuelles d'autant plus que de toutes façons ils finiront par imposer leur dicktat. Même s'il ne s'est pas prononcé ès qualité, Halidou doit savoir que ses propos jettent la confusion, pour ne pas dire le désarroi au sein d'une opinion publique démocratique qui attendait à tout le moins du président du Mouvement "Trop c'est trop", le silence sur une question aussi délicate que controversée. Quand il dit que la vraie question, c'est de créer les conditions pour battre Blaise, il a sans doute raison, mais les règles du jeu importent tout autant, surtout quand on est au départ dans une situation d'infortune.
Et quand d'entrée on affiche sa volonté de tricher en faisant endosser par la constitution ce qu'elle réprouve, que peut-on encore espérer d'une consultation électorale ? Il va de soi que les dés sont pipés d'avance. J'imagine de mon desk des visages réjouis de cédépistes légitimés par le président du "pays réel" dans leur tentative frauduleuse de remettre en selle leur candidat. Tout cela n'augure rien de bon et à la vérité, personne ne devrait s'en réjouir !








Concept. & Réalisation A. Diallo
Date de mise en ligne: 24 mai 2004
© L'Evénement - Décembre 2001