Amère désillusion
Que reste-t-il de cette belle aventure qui avait
uni tant de monde dans un même élan de réprobation
de l'odieux assassinat du journaliste Norbert Zongo? Après
l'épisode des législatives 2002 où l'alliance
au sein du Collectif des organisations de masse et des partis
politiques fut assez durement éprouvée, on pensa
que le sursaut allait venir, un jour ou l'autre, vu que les
engagements autour de la plateforme revendicative dite actualisée
n'avaient pas été dénoncés, et que
celle-ci restait pour l'essentiel non satisfaite. Mais c'était
compter sans les rancoeurs des uns qui ne pardonnaient pas aux
autres d'avoir déserté le navire pour des "aventures
électoralistes" jugées sans lendemain.
On retiendra, il est vrai, de cette expérience parlementaire,
le malheureux épisode des 3 millions aux députés
qui, en terme d'image, a eu des effets ravageurs sur des hommes
dont on a peut-être pensé à tort qu'ils
auraient un rapport à l'argent radicalement nouveau.
D'aucuns diront que tout ça était prévisible
si tant est que l'on veuille se laisser instruire par le passé
récent dont les enseignements ne doivent laisser aucun
doute sur la bonne disposition de certains vis-à-vis
du malheureux peuple. En admettant tout cela, on reste quand
même pantois devant cette stupéfiante volonté
de saper le moral des hommes et femmes de bonne volonté,
inquiets devant le risque de pérennisation d'un pouvoir
qui utilise tous les moyens pour cela.
En déclarant que Blaise Compaoré peut se représenter
s'il le veut à la magistrature suprême et que la
Constitution ne le lui interdit pas, Halidou Ouédraogo,
président du Collectif sait qu'il tend une perche à
Blaise qui n'en espérait pas tant. Ce qui est navrant
dans cette position, c'est cette invocation de la Constitution
que Blaise avait justement fait modifier afin de pouvoir briguer
plus de deux mandats. Quel sens faut-il alors donner à
ce rappel à l'ordre qui a consisté à replacer
les choses dans leur esprit originel ? Les choses sont si claires
que ceux qui veulent imposer la candidature de Blaise n'ont
d'autre choix que de se réfugier dans un juridisme étroit.
Halidou devrait les laisser à leurs contorsions intellectuelles
d'autant plus que de toutes façons ils finiront par imposer
leur dicktat. Même s'il ne s'est pas prononcé ès
qualité, Halidou doit savoir que ses propos jettent la
confusion, pour ne pas dire le désarroi au sein d'une
opinion publique démocratique qui attendait à
tout le moins du président du Mouvement "Trop c'est
trop", le silence sur une question aussi délicate
que controversée. Quand il dit que la vraie question,
c'est de créer les conditions pour battre Blaise, il
a sans doute raison, mais les règles du jeu importent
tout autant, surtout quand on est au départ dans une
situation d'infortune.
Et quand d'entrée on affiche sa volonté de tricher
en faisant endosser par la constitution ce qu'elle réprouve,
que peut-on encore espérer d'une consultation électorale
? Il va de soi que les dés sont pipés d'avance.
J'imagine de mon desk des visages réjouis de cédépistes
légitimés par le président du "pays
réel" dans leur tentative frauduleuse de remettre
en selle leur candidat. Tout cela n'augure rien de bon et à
la vérité, personne ne devrait s'en réjouir
!