L'Oubli
des questions cardinales
Vous avez été très nombreux
à nous dire tout le bien que vous pensez de votre journal,
tout en priant le Maître du Temps afin qu'il répande
sa grâce sur les modestes créatures que nous sommes.
L'Evénement saisit cette occasion pour présenter
à ses lecteurs et au peuple burkinabè tout entier,
ses vux de bonne santé et de prospérité.
Nous avons tous souhaité que 2003 s'en aille avec ses
turpitudes et ses malheurs. Mais afin que ce ne soit des vux
pieux que nous répétons inlassablement à
chaque nouvel an, tel un rite incantatoire, nous devons prendre
conscience que seul notre engagement peut transformer l'espoir
d'un monde convivial en réalité. Le Burkina Faso,
notre cher pays, revient de loin.
Il a manqué de peu de renouer avec ses vieux démons.
Fort heureusement, la sagesse semble avoir prévalu. Toutefois,
il faut encourager les acteurs politiques à privilégier
le cours actuel qui s'inscrit dans l'option démocratique
que nous avons choisie pour notre pays. Les événements
d'octobre dernier montrent à l'évidence que le
choix démocratique n'est pas définitif dans l'esprit
de tous. Mais il faut se garder de cette vision manichéenne
qui oppose dans un face à face haineux et irréductible
des anti et des pro. Il n' y a pas d'un côté des
démocrates qui se retrouveraient dans une mouvance dite
présidentielle et de l'autre des anti-démocrates
putschistes agglutinés dans une opposition groggy.
La démocratie ne sera jamais à l'abri d'embuscades
meurtrières tant que les bonnes règles de la gouvernance
démocratique ne seront pas acceptées et intégrées
dans la République. Certes, il est admis que la démocratie
n'est pas un état, mais un processus dans lequel tous
les acteurs entrent en apprentissage permanent. C'est une épreuve
dont le dépassement exige la foi et une détermination
sans cesse renouvelée. Une telle disposition est tout
le contraire de la vision ambiante qui veut qu'il y ait des
gardiens de veaux et des convives à la table qui n'ont
d'autre choix que de boire du lait. La République est
ainsi faite qu'elle baigne dans un paternalisme condescendant,
insouciant et désuet. Constater cela, ce n'est pas prendre
le parti de quelques aventuriers qui jurent d'en finir avec
la régime ici et maintenant. Les désordres ont
aussi leurs causes et seule leur identification peut permettre
d'y remédier. Le recours à la justice dans le
traitement du dossier du putsch est sans aucun doute une bonne
chose, mais on l'a compris, cela ne suffit pas à résoudre,
loin s'en faut, tous les problèmes. Dans cette affaire
où l'on avance comme sur des ufs, le moindre faux
pas peut nous conduire à la catastrophe. Il faut donc
souhaiter que l'on en prenne toute la mesure afin que ce pays
puisse conserver les chances d'un développement dans
la paix civile.
Il ne faut pas se leurrer, nos institutions démocratiques
en trompe l'il n'ont pas les ressources nécessaires
pour remplir leur fonction de locomotive en vue d'un développement
harmonieux et solidaire. Le fossé qui se creuse chaque
jour un peu plus entre gouvernants et gouvernés sur des
questions stratégiques telles que : la démocratie
politique, le droit au travail, la gestion des ressources publiques
peut conduire à la rupture si l'on ne revoit pas les
fondements même de la gouvernance. Les hommes politiques
doivent comprendre que le peuple attend des réponses
concrètes à ces lancinantes questions dont dépend
sa survie. Il importe donc de rappeler ces choses simples à
l'orée de la grande bataille électorale de 2005
afin que les uns et les autres ne perdent pas de vue l'essentiel.
La précarité des pouvoirs en place à travers
le monde a souvent pour fondement cet oubli permanent qui les
caractérise. Que l'année 2004 nous apporte des
moments intenses de citoyenneté autour de ces questions
cardinales. Dans le processus historique, le pari consiste pour
le peuple à garder constamment l'initiative. Encore une
fois bonne année 2004 !