Savoir
tirer le meilleur parti
L'essentiel n'est pas dans les parades ou les
esquives du gouvernement face à une opinion publique
hagarde et frondeuse. Une expérience surtout quand elle
est malheureuse et amère doit pouvoir instruire pour
l'avenir. Une route est faite pour durer, surtout quand elle
a englouti plusieurs milliards. Il est normal qu'on reste songeur
quand celle-ci à peine construite tombe en ruine. On
a bien évidemment flairé un mauvais coup.
L'affairisme des hommes au pouvoir aidant, comment regarder
ailleurs que dans la corruption. Le secteur du bâtiment
et des travaux publics (BTP) est par excellence un domaine où
sévit la grande corruption, une chasse gardée
de la mafia. Si l'exemple du tronçon Boromo-Bobo est
aujourd'hui sous les feux de la rampe, il n'est sans doute pas
le seul. Les travaux d'envergure en génie civil ont généralement
des dessous inavouables. Les tribunaux populaires de la révolution
avaient mis à nu des pratiques de concussion dans le
bâtiment, les ponts et autres digues.
Le procédé consiste à réaliser l'ouvrage
à moindre coût et à le facturer au prix
coûtant. Un tel prodige n'est possible qu'en trichant
sur différents paramètres (ciment, fer à
béton, agrégats
) et en usant de passe-droits
pour minorer les coûts réels de la mise en uvre.
Les bureaux de contrôle rencontrent généralement
beaucoup de problèmes avec les entreprises en ce qui
concerne le respect des spécifications et normes requises.
Le climat de travail comme on le sait maintenant n'était
pas des plus sereins entre la mission de contrôle Diwi
et les responsables des chantiers Razel. Le non respect des
normes techniques et l'impunité qui s'en suit constituent
véritablement l'équation posée et à
résoudre.
On ne le sait que trop, des fonctionnaires à scrupuleux
se sont souvent heurtés à des responsables d'entreprise
sûrs d'eux et méprisants. Ces gens n'ont peur de
rien puisqu'ils se savent adossés à un baobab.
Alors, ce qui est reproché aujourd'hui à Razel
a été encouragé, sinon couvert ailleurs
par des responsables administratifs ou politiques intéressés.
Ainsi, l'Etat burkinabè a été souvent dépouillé
au profit de personnes censées le servir. Les éléphants
blancs ont aussi leur printemps au Burkina.
Que faire ? Là est toute la question. Certains proposent
que le Laboratoire national soit plus présent dans la
chaîne de contrôle. Soit ! Mais cela peut-il nous
prémunir de toute dérive, vu que les fonctionnaires
qui y sont, ne sont pas hors de portée des trafics d'influence,
dont on connaît les effets ravageurs. C'est du reste,
croyons-nous, ce qui explique la préférence des
bailleurs de fonds pour des bureaux de contrôle étrangers.
Toutefois, si l'Etat juge la proposition intéressante,
il peut s'en donner les moyens. Personne ne contestera un double
contrôle si celui-ci est fait dans l'intérêt
bien compris de tous.
D'autres se demandent s'il ne faut pas une structure ad hoc
pour les grands travaux, citant en cela l'exemple du voisin
ivoirien où le président Houphouët avait
mis en place une direction des grands travaux directement rattachée
à la présidence. Cet exemple peut-il constituer
une assurance tous risques ? Rien n'est moins sûr. Mais
le débat est de toute façon lancé et il
faut souhaiter qu'il soit porteur de propositions novatrices
et efficaces.
Dans un pays pauvre comme le Burkina, il est impensable que
des personnes ou groupes de personnes s'amusent à brûler
impunément des milliards, alors que plus de la moitié
de la population est en proie à la maladie et à
la faim. Dans cette affaire se trouve interpellé tout
ce que le Burkina compte d'ingénieurs et de techniciens
dans le domaine du génie ; mais aussi toute la grande
masse de ceux dont l'expérience en cette matière
peut faire avancer la réflexion. Cependant, puisque les
structures ne sont rien sans les hommes qui les animent, c'est
en définitive du côté de la bonne gouvernance
que le levier doit être actionné.