Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Reportage

Dossier N°1

Dossier N°2

Dossier N°3

Société

Sport

 

Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Savoir tirer le meilleur parti

L'essentiel n'est pas dans les parades ou les esquives du gouvernement face à une opinion publique hagarde et frondeuse. Une expérience surtout quand elle est malheureuse et amère doit pouvoir instruire pour l'avenir. Une route est faite pour durer, surtout quand elle a englouti plusieurs milliards. Il est normal qu'on reste songeur quand celle-ci à peine construite tombe en ruine. On a bien évidemment flairé un mauvais coup.
L'affairisme des hommes au pouvoir aidant, comment regarder ailleurs que dans la corruption. Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) est par excellence un domaine où sévit la grande corruption, une chasse gardée de la mafia. Si l'exemple du tronçon Boromo-Bobo est aujourd'hui sous les feux de la rampe, il n'est sans doute pas le seul. Les travaux d'envergure en génie civil ont généralement des dessous inavouables. Les tribunaux populaires de la révolution avaient mis à nu des pratiques de concussion dans le bâtiment, les ponts et autres digues.
Le procédé consiste à réaliser l'ouvrage à moindre coût et à le facturer au prix coûtant. Un tel prodige n'est possible qu'en trichant sur différents paramètres (ciment, fer à béton, agrégats…) et en usant de passe-droits pour minorer les coûts réels de la mise en œuvre. Les bureaux de contrôle rencontrent généralement beaucoup de problèmes avec les entreprises en ce qui concerne le respect des spécifications et normes requises.
Le climat de travail comme on le sait maintenant n'était pas des plus sereins entre la mission de contrôle Diwi et les responsables des chantiers Razel. Le non respect des normes techniques et l'impunité qui s'en suit constituent véritablement l'équation posée et à résoudre.
On ne le sait que trop, des fonctionnaires à scrupuleux se sont souvent heurtés à des responsables d'entreprise sûrs d'eux et méprisants. Ces gens n'ont peur de rien puisqu'ils se savent adossés à un baobab. Alors, ce qui est reproché aujourd'hui à Razel a été encouragé, sinon couvert ailleurs par des responsables administratifs ou politiques intéressés. Ainsi, l'Etat burkinabè a été souvent dépouillé au profit de personnes censées le servir. Les éléphants blancs ont aussi leur printemps au Burkina.
Que faire ? Là est toute la question. Certains proposent que le Laboratoire national soit plus présent dans la chaîne de contrôle. Soit ! Mais cela peut-il nous prémunir de toute dérive, vu que les fonctionnaires qui y sont, ne sont pas hors de portée des trafics d'influence, dont on connaît les effets ravageurs. C'est du reste, croyons-nous, ce qui explique la préférence des bailleurs de fonds pour des bureaux de contrôle étrangers. Toutefois, si l'Etat juge la proposition intéressante, il peut s'en donner les moyens. Personne ne contestera un double contrôle si celui-ci est fait dans l'intérêt bien compris de tous.
D'autres se demandent s'il ne faut pas une structure ad hoc pour les grands travaux, citant en cela l'exemple du voisin ivoirien où le président Houphouët avait mis en place une direction des grands travaux directement rattachée à la présidence. Cet exemple peut-il constituer une assurance tous risques ? Rien n'est moins sûr. Mais le débat est de toute façon lancé et il faut souhaiter qu'il soit porteur de propositions novatrices et efficaces.
Dans un pays pauvre comme le Burkina, il est impensable que des personnes ou groupes de personnes s'amusent à brûler impunément des milliards, alors que plus de la moitié de la population est en proie à la maladie et à la faim. Dans cette affaire se trouve interpellé tout ce que le Burkina compte d'ingénieurs et de techniciens dans le domaine du génie ; mais aussi toute la grande masse de ceux dont l'expérience en cette matière peut faire avancer la réflexion. Cependant, puisque les structures ne sont rien sans les hommes qui les animent, c'est en définitive du côté de la bonne gouvernance que le levier doit être actionné.






© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 26 décembre 2003