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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Chafi, le problématique conseiller de l'ombre


Il n'aurait jamais dû sortir de l'ombre. Seulement voilà, Moustapha Chafi, l'ami mauritanien de Blaise, ne se contente pas d'être un homme de service. En rupture de ban avec les autorités politiques de son pays, Chafi est un exilé qui rêve d'un autre avenir pour son pays. Cet opposant dit radical a été une des causes de la brouille entre le Burkina et la Mauritanie du temps de Maouiya Ould Taya. Soupçonné d'avoir exfiltré des opposants à la suite du coup de force manqué de 2003 en Mauritanie, Chafi n'a cessé dès lors de hanter l'esprit des responsables politiques au pouvoir à Nouatchot. Après Taya, c'est aujourd'hui Abdelaziz qui réclame sa peau, n'hésitant pas à lancer contre lui un mandat d'arrêt international. Et revoilà l'homme de l'ombre, une fois de plus, sous les feux des projecteurs des médias internationaux. L'ennui, c'est que Moustapha Liman Chafi fait partie des effectifs de Kosyam. Il est même une des pièces maitresses de la diplomatie souterraine de Blaise. Ses contacts au sein de la branche d'Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) animée par l'émir Mokhtar Belmokhtar ont permis la libération d'otages occidentaux, notamment canadiens et espagnols. Blaise Compaoré s'est en effet employé à construire une image de négociateur et d'homme de paix. On se plait à souligner son rôle dans le règlement du conflit touareg tant au Niger qu'au Mali, dans les crises au Togo et au Libéria et tout dernièrement en Côte d'Ivoire et en Guinée. Dans nombre de ces conflits, Moustafa Chafi se serait illustré comme un pion particulièrement efficace. C'est donc contre cet homme que les autorités mauritaniennes viennent de lancer un mandat d'arrêt. Un acte inamical pour ne pas dire franchement hostile à l'endroit du locataire de Kosyam, un coup dur pour celui qui a construit un certain leadership par le biais de la facilitation.

Mais à voir de près, le geste des autorités mauritaniennes était prévisible. Abdelaziz a deux raisons pour se fâcher contre Blaise. Primo, le protégé de Blaise ne manque pas l'occasion pour manifester son opposition à Abdelaziz qu'il accuse d'avoir mis fin à une expérience démocratique dans son pays. De plus, son activisme au sein de l'opposition mauritanienne en exil inquiète d'autant que son statut auprès du président du Faso lui donne un certain relief et sans doute aussi les moyens de se faire redouter. Secundo, pour les autorités mauritaniennes, Chafi est pour quelque chose dans l'implication de Blaise Compaoré dans le dossier des otages d'Aqmi. Certes, Blaise y a un intérêt personnel mais pour Abdelaziz, Chafi trouverait là l'occasion de mettre en échec l'approche mauritanienne de la résolution de la question Aqmi. Pour le gouvernement mauritanien, il n'est pas question de payer des rançons qui sont un véritable ferment du terrorisme. Cette option ne semble pas exclue de la stratégie de Blaise. Conjugués, ces deux facteurs sont des sources potentielles de conflits entre les deux Etats. Certes, Abdelaziz contrairement à Taya a eu l'élégance et la finesse de ne pas mettre directement en cause les autorités burkinabè. Néanmoins, tout le monde a compris que le mandat d'arrêt les vise au premier chef. Cette fois, Djibrill Bassolet est pris au dépourvu. Impossible de réagir face à cette mise en cause subtile.

Toutefois, le gouvernement mauritanien s'est lui aussi enfermé dans une logique risquée. Ce n'est pas tout de lancer un mandat d'arrêt, encore faudrait-il démontrer qu'il ne s'agit pas d'un subterfuge destiné à neutraliser des opposants politiques. C'est tout l'enjeu de l'épreuve de force qui se joue actuellement en Mauritanie où des forces politiques et sociales sont montées au créneau pour dénoncer ce qui apparait à leurs yeux comme une manipulation de la justice par le gouvernement. Pour sa part, Blaise Compaoré devrait songer à se débarrasser des ambiguïtés de sa diplomatie qui doit prendre davantage en compte les aspirations de ses voisins à vivre en paix. Dans la question Aqmi, il y a comme un unilatéralisme diplomatique du Burkina qui, à terme, pourrait se révéler dangereux pour la paix et la sécurité des Etats du sahel



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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 18 janvier 2012