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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

L'ivresse du pouvoir

En tant que parti au pouvoir, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) détient entre ses mains l'avenir de millions de Burkinabè. Sa responsabilité à cet égard est énorme. Ce n'est donc pas un parti comme les autres. Un ancien ministre du Faso nous interpellait dernièrement en ces termes : "J'ai maintenant la paix avec vous. Vous ne parlez plus de moi" "Vous ne nous intéressez plus ", lui avons-nous répondu sur le même ton. Si demain, grâce à Dieu et aux Burkinabè, le CDP se retrouve comme les autres dans la multitude, son intérêt pour nous ne pourra plus être le même qu'aujourd'hui. Nous ne sommes contre personne. Le Burkina est notre préoccupation.

Dans le discours d'ouverture au 3ème congrès extraordinaire de son parti, Roch Marc Christian Kaboré affirmait sur un ton péremptoire : "En aucune façon, la révision de la constitution ne pourra aboutir à l'établissement d'une 5ème république". A travers cette déclaration, le président du CDP fixait les limites du débat voulu par le chef de l'Etat sur les réformes institutionnelles. Pourtant, l'initiateur du débat avait eu au moins l'élégance de ne pas l'enfermer dans des limites quelconques. D'ailleurs, les Burkinabè qui sont préoccupés par l'avenir de la démocratie au Faso n'ont pas attendu le chef de l'Etat pour ouvrir le débat institutionnel. Société civile et partis politiques de l'opposition avaient déjà engagé la réflexion et abouti à la nécessité d'une refondation. En vain, ils avaient essayé d'associer le CDP à la réflexion. Dans sa déclaration aux allures d'injonction, Roch Marc Christian tente d'arrêter la locomotive alors même qu'il se trouve dans le dernier wagon. Habitué à la pensée unique, il veut ramener la réflexion aux propositions indigentes de son parti.

Faire croire que la vie démocratique souffre du fait que le Premier ministre a plus de pouvoir que l'Assemblée nationale et que les choses iront mieux quand l'avenir du Premier ministre pourra dépendre du vote du parlement, c'est prendre les Burkinabè pour des imbéciles. On voit mal comment des gens qui sont incapables de tenir une posture de camarade vis-à-vis de Blaise en lui tenant un langage de vérité vont subitement trouver le courage et la force de désavouer un Premier ministre que ce dernier aura choisi. On a compris que ces propositions bancales ont été faites juste pour donner du change au déverrouillage de l'article 37. Plaise au diable que l'article 37 soit déverrouillé. Pour autant, l'inquiétude de Blaise sera-t-elle de ce fait dissipée ? Rien n'est moins sûr. Blaise a besoin d'un large consensus politique autour de propositions qui pourront lui ouvrir la voie à d'autres mandats. Cette question ne peut pas être résolue par des injonctions et des invectives. Sauf à vouloir passer en force, il faudra se résoudre à négocier un modus vivendi. Blaise est d'ailleurs bien placé pour savoir que la démonstration de muscles à laquelle se livre actuellement le CDP est totalement dérisoire devant la gravité de la situation.

Pendant que Roch et ses ouailles s'activent à déverrouiller l'article 37, ils s'emploient dans le même temps à verrouiller le parti pour empêcher tout débat de fond. On connaît le sort qui a été réservé aux propositions de Salif Diallo. Celui-là a eu l'intelligence et le courage de dire que sans réforme de fond, la 4ème république ira au mur et plus personne au CDP ne pourra sauver les meubles. Juliette Bonkoungou n'aurait pas dit autre chose dans le document de 32 pages qu'elle aurait adressé à la fois au président du Faso et à Roch. Juriste de son état, elle aurait démontré l'inconsistance des propositions de réforme de la direction de son parti totalement inadaptées à la situation. Quand c'est " Julie la bosseuse " qui le dit, Roch et sa bande devraient faire preuve de plus d'ouverture et de souplesse. Tant d'aveuglement peut conduire au suicide politique.

Rompu dans la manipulation des hommes, Blaise Compaoré continue donc de tâter le terrain. Les différentes réactions et propositions de réforme sont désormais connues. Pour l'essentiel, elles ne lui sont pas favorables. Mais l'homme semble obnubilé par le désir de demeurer au pouvoir tout le temps qu'il lui plaira. Dans une interview accordée à Thierry Hot (alors présentateur à Africa 24), il a laissé entendre que le débat sur l'article 37 relevait d'une agitation citadine. Les Burkinabè, avait-il dit, ne sont préoccupés que par des questions de survie (manger, boire, se soigner). Histoire de dire qu'il peut foncer, il n'y a rien au village… C'est cela l'état d'esprit du président. A moins que…



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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 1er Septembre 2010