L'ivresse
du pouvoir
En tant que parti au pouvoir, le Congrès pour la Démocratie
et le Progrès (CDP) détient entre ses mains l'avenir
de millions de Burkinabè. Sa responsabilité à
cet égard est énorme. Ce n'est donc pas un parti
comme les autres. Un ancien ministre du Faso nous interpellait
dernièrement en ces termes : "J'ai maintenant la
paix avec vous. Vous ne parlez plus de moi" "Vous
ne nous intéressez plus ", lui avons-nous répondu
sur le même ton. Si demain, grâce à Dieu
et aux Burkinabè, le CDP se retrouve comme les autres
dans la multitude, son intérêt pour nous ne pourra
plus être le même qu'aujourd'hui. Nous ne sommes
contre personne. Le Burkina est notre préoccupation.
Dans le discours d'ouverture au 3ème congrès
extraordinaire de son parti, Roch Marc Christian Kaboré
affirmait sur un ton péremptoire : "En aucune façon,
la révision de la constitution ne pourra aboutir à
l'établissement d'une 5ème république".
A travers cette déclaration, le président du CDP
fixait les limites du débat voulu par le chef de l'Etat
sur les réformes institutionnelles. Pourtant, l'initiateur
du débat avait eu au moins l'élégance de
ne pas l'enfermer dans des limites quelconques. D'ailleurs,
les Burkinabè qui sont préoccupés par l'avenir
de la démocratie au Faso n'ont pas attendu le chef de
l'Etat pour ouvrir le débat institutionnel. Société
civile et partis politiques de l'opposition avaient déjà
engagé la réflexion et abouti à la nécessité
d'une refondation. En vain, ils avaient essayé d'associer
le CDP à la réflexion. Dans sa déclaration
aux allures d'injonction, Roch Marc Christian tente d'arrêter
la locomotive alors même qu'il se trouve dans le dernier
wagon. Habitué à la pensée unique, il veut
ramener la réflexion aux propositions indigentes de son
parti.
Faire croire que la vie démocratique souffre du fait
que le Premier ministre a plus de pouvoir que l'Assemblée
nationale et que les choses iront mieux quand l'avenir du Premier
ministre pourra dépendre du vote du parlement, c'est
prendre les Burkinabè pour des imbéciles. On voit
mal comment des gens qui sont incapables de tenir une posture
de camarade vis-à-vis de Blaise en lui tenant un langage
de vérité vont subitement trouver le courage et
la force de désavouer un Premier ministre que ce dernier
aura choisi. On a compris que ces propositions bancales ont
été faites juste pour donner du change au déverrouillage
de l'article 37. Plaise au diable que l'article 37 soit déverrouillé.
Pour autant, l'inquiétude de Blaise sera-t-elle de ce
fait dissipée ? Rien n'est moins sûr. Blaise a
besoin d'un large consensus politique autour de propositions
qui pourront lui ouvrir la voie à d'autres mandats. Cette
question ne peut pas être résolue par des injonctions
et des invectives. Sauf à vouloir passer en force, il
faudra se résoudre à négocier un modus
vivendi. Blaise est d'ailleurs bien placé pour savoir
que la démonstration de muscles à laquelle se
livre actuellement le CDP est totalement dérisoire devant
la gravité de la situation.
Pendant que Roch et ses ouailles s'activent à déverrouiller
l'article 37, ils s'emploient dans le même temps à
verrouiller le parti pour empêcher tout débat de
fond. On connaît le sort qui a été réservé
aux propositions de Salif Diallo. Celui-là a eu l'intelligence
et le courage de dire que sans réforme de fond, la 4ème
république ira au mur et plus personne au CDP ne pourra
sauver les meubles. Juliette Bonkoungou n'aurait pas dit autre
chose dans le document de 32 pages qu'elle aurait adressé
à la fois au président du Faso et à Roch.
Juriste de son état, elle aurait démontré
l'inconsistance des propositions de réforme de la direction
de son parti totalement inadaptées à la situation.
Quand c'est " Julie la bosseuse " qui le dit, Roch
et sa bande devraient faire preuve de plus d'ouverture et de
souplesse. Tant d'aveuglement peut conduire au suicide politique.
Rompu dans la manipulation des hommes, Blaise Compaoré
continue donc de tâter le terrain. Les différentes
réactions et propositions de réforme sont désormais
connues. Pour l'essentiel, elles ne lui sont pas favorables.
Mais l'homme semble obnubilé par le désir de demeurer
au pouvoir tout le temps qu'il lui plaira. Dans une interview
accordée à Thierry Hot (alors présentateur
à Africa 24), il a laissé entendre que le débat
sur l'article 37 relevait d'une agitation citadine. Les Burkinabè,
avait-il dit, ne sont préoccupés que par des questions
de survie (manger, boire, se soigner). Histoire de dire qu'il
peut foncer, il n'y a rien au village
C'est cela l'état
d'esprit du président. A moins que
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