De la morale
de l'Etat
Les médias ont récemment relayé la sortie
médiatique de la présidente de la Commission Informatique
et Libertés (CIL), suite au contrôle de gestion
effectuée par l'Autorité Supérieure de
Contrôle d'Etat (ASCE). Le moins que l'on puisse dire,
c'est que la situation est de nature à créer un
malaise. A notre sens, les recommandations de cette institution
ne doivent souffrir d'aucune contestation. Or, il y a manifestement
désaccord entre les parties autant sur la méthode
de travail que sur les conclusions des inspecteurs d'Etat. La
comptabilité publique impose des règles de travail
censées être la base de tout contrôle ultérieur.
Quand ces règles sont bafouées par ignorance ou
par intérêt, il faut très précisément
savoir préciser les niveaux de responsabilité.
Certes, dans notre administration, beaucoup de choses sont dévoyées.
Ministres et responsables d'institutions ont pris cette fâcheuse
habitude de proposer ceux qu'ils souhaitent voir à la
tête de leur département financier non pas en raison
de leur compétence technique, mais plutôt dans
le but d'en faire des complices pour d'éventuels arrangements
mafieux. On a vu dans ce sens, des responsables financiers suivre
leur patron dans leurs différents postes. Est-ce normal
? Cette pratique est rendue possible grâce au copinage
entretenu au sommet de l'Etat. Le ministre des Finances qui
assure la tutelle de nos gestionnaires doit comprendre qu'il
n'est pas innocent dans nombre des travers relevés en
matière de gestion financière, à la fois
dans nos départements ministériels et au sein
de nos institutions. Dans le cas qui nous intéresse,
malgré les appels au secours de la présidente
du CIL qui voyait que son institution était en train
de prendre l'eau, il n'ya pas eu la moindre réaction
du département des finances. A trois reprises, la dame
Ouattara a sollicité un appui en ressources humaines,
mais rien. Elle n'a dû son salut qu'après avoir
viré son ancien DAAF et surtout grâce à
l'arrivée du nouveau DAAF qui a travaillé à
assainir la gestion comptable, comme l'a du reste reconnu la
mission conjointe dépêchée par le ministère
des Finances.
Nous devons nous féliciter du dynamisme dont fait preuve
l'ASCE ces derniers temps qui travaille sur de nombreux dossiers
dont les échos qui nous parviennent sont plutôt
rassurants. Pour autant, nous avons le devoir de nous interroger
à chaque fois que nous aurons des raisons de le faire.
Ayant eu le privilège d'avoir examiné les différents
documents de contrôle concernant cette boîte, nous
avons effectivement des raisons de nous interroger. Pourquoi
par exemple les inspecteurs de l'ASCE ont-ils choisi de faire
foi à de simples déclarations de l'ancien DAAF
plutôt qu'à celles de la présidente, alors
même que ces déclarations n'étaient appuyées
sur aucun document comptable ? Dans le même ordre et concernant
Mahamoudou Ouédraogo, sur quelle base a-t-on fait foi
à la thèse de l'enveloppe destinée à
ses soins servie par le DAAF, plutôt qu'à celle
de Mahamoudou lui-même qui déclare avoir seulement
reçu de l'argent pour acheter un caméscope ? Que
dit-on du caméscope effectivement acquis par ses soins
et dont la facture serait disponible dans les livres comptables
de la CIL ? Nous voulons comprendre pourquoi c'est au moment
même où les recommandations pertinentes étaient
en cours d'exécution que les deux inspecteurs de l'ASCE
recommandent au Premier ministre d'écarter les deux premiers
responsables de la CIL ? En l'absence de réponses claires
et pertinentes à ces questions, on ne peut empêcher
les gens de croire qu'il y a anguille sous roche. Et il y a
tellement d'anguilles que certaines sont attribuées au
chef du gouvernement lui-même que certains voient derrière
cette machination. Ne parlons pas des inspecteurs dont un au
moins pourrait être convaincu de connivence avec l'ancien
DAAF ! Il se trouve que madame Ouattara refuse d'être
le poulet du sacrifice. C'est tant mieux si ça permet
d'éclairer quelques coins sous le voile.
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