CDP
Le rappel du grand camarade
S'il y a une personnalité dont la position est inconfortable
sur ce qu'il convient d'appeler l'affaire Salif Diallo, c'est
bien Roch Marc Christian Kaboré, le président
du CDP. L'homme a vitupéré comme ce n'est pas
possible contre l'indiscipliné Gorba, au point que l'on
se demandait si un simple délit d'opinion pouvait justifier
une telle surchauffe d'adrénaline. Veut-on nous faire
croire qu'une autocritique, fut-elle sincère, peut-elle
expliquer un retour en grâce aussi fulgurant ? Qu'a pu
dire Salif dans son autocritique dans sa mouture de décembre
qu'il n'aurait pas dit en juillet lorsque ses frères
du Yatenga avaient entrepris une médiation ? On a compris,
les militants du CDP en premier, que quelque chose est à
la base de l'accélération de l'histoire, pour
parler comme l'autre. Mais enfin, ne remuons pas trop le couteau
dans la plaie, quand bien c'est parfois pédagogiquement
nécessaire ! Salif revient donc et il faut s'en réjouir
pour le CDP, parce qu'il en était la sève. Ce
n'est pas pour humilier quelqu'un, mais il faut le reconnaître,
Salif était le piment ou le sel du CDP. Quand ça
vient à manquer, la sauce est fade. Tenez, le premier
que l'on a pénalisé en sanctionnant Salif, c'est
Blaise lui-même. Il est vrai, Blaise a été
pris à son propre piège, parce que, quoi qu'on
dise, c'est lui qui a " gnagamé " tout ça.
Salif a certes des idées, mais jusqu'ici, il n'avait
pas démontré une autonomie de pensée vis-à-vis
du boss. Il lui a toujours fait montre, en tout cas officiellement,
d'une fidélité qui confinait au servilisme. Son
activisme politique débordant était avant tout
un activisme de service. Blaise lui paraissait être l'homme
de la situation. Non pas qu'il soit le meilleur parmi les Burkinabè,
mais plus parce que c'est lui qui détenait la carte politique
décisive du moment.
Pour les premiers responsables du CDP, Blaise a toujours compté
plus que le parti. Le CDP est même perçu comme
sa chose. Ils ont pourtant été formés à
la théorie léniniste du parti, cette entité
sacrée qui fait de la discipline, la norme supérieure
à laquelle tous doivent en principe se soumettre. Mais
c'est bien connu, la discipline, c'est pour les autres mais
jamais pour le chef. Le CDP n'a jamais fonctionné autrement.
Ce sont les clans dominants qui ont toujours manipulé
la discipline à leur profit ! Marc Yao et son groupe
qui pensaient pouvoir refonder le parti afin d'élargir
le clan des " sénateurs " ont essuyé
un refus sec et brutal de la part des gourous du CDP. Ceux qui
les ont poussé dehors ont pour noms : Roch, Salif, Simon
L'opération n'avait pour seul but que de renforcer le
verrouillage du parti à leur profit. Mais le grand et
premier manipulateur n'est autre que Blaise lui-même.
C'est en son nom qu'agissent les seconds couteaux. C'est également
lui qui a laissé croire à Roch et à Simon
qu'ils pouvaient agir contre Salif. Connaissant certaines rivalités
entre ses collaborateurs, il était assuré que
le manège allait prendre. Mais voilà, les pions
ne se sont pas montrés à la hauteur de ses attentes.
Blaise a une obsession : s'assurer l'impunité dans l'après
pouvoir. C'est cette obsession qui est à la base de la
tentation de dévolution monarchique du pouvoir ; c'est
encore elle qui explique le branle-bas des gardiens du temple
autour de l'article 37. En faisant le rappel de Salif, Blaise
donne l'impression de tâtonner. Il est aujourd'hui dans
la posture d'un homme essoufflé qui attend le salut d'ailleurs.
Mais il gagnerait à abandonner définitivement
cette idée de pouvoir à vie qui ne pourrait que
lui apporter des ennuis. La solution à son problème
ne saurait non plus être familiale parce que celle-ci
serait congénitalement frappée d'un soupçon
d'illégitimité. Reste à négocier
avec les forces vives de la nation une bonne sortie de scène.
Et Gorba n'a pas dit autre chose. Mais le tort de Gorba, si
tort il y a, aura été d'avoir mis à son
crédit, la seule proposition sensée qui pourrait,
le moment venu, se révéler comme un précieux
atout personnel. S'il se confirme que le sondage dont a fait
état Newton Ahmed Barry dans son article "Pourquoi
Salif Diallo revient ?", publié dans la présente
édition, a existé, on pourrait assister les jours
et mois prochains à des développements politiques
inattendus. Pourvu qu'ils s'inscrivent dans le sens de l'histoire.
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