Coup d'Etat
au Niger
Des coups de feu qui interpellent les
Burkinabè
D'un point de vue strictement moral, porter la main sur autrui
est une chose répréhensible. Mais il y a des gifles
qui font singulièrement du bien, en raison de leur portée
éducative et pédagogique. Le coup d'Etat au Niger
n'a pas seulement soulagé les Nigériens qui n'en
pouvaient plus de supporter un président vieillissant
qui s'accroche par tous les moyens au pouvoir. On ne trouvait
pas assez de mots pour qualifier l'attitude du président
nigérien brusquement saisi de convulsions messianiques,
depuis la découverte de nouveaux gisements d'uranium
dans ce pays classé comme un des plus pauvres du monde.
La perspective que cette nouvelle manne change radicalement
le cours jusque là misérable de la vie au Niger
a rendu fou cet homme qui s'était pourtant forgé
une image de militaire moderne. L'homme a eu certes un passé
putschiste, mais il n'a pas hésité à descendre
dans la mêlée pour se forger dans le combat politique
partisan. Elu président après le putsch sanglant
qui a mis fin au régime de Baré Mainassara en
1999, il avait réussi à instaurer une gouvernance
assez dynamique, ce qui lui avait valu le soutien d'une importante
frange de l'opposition. Mais comme on le voit, la popularité
a ses effets pervers. Au lieu de surfer sur ce capital de popularité
pour conduire avec brio sa sortie de scène, il a laissé
les nuages obscurcir sa vision au point de se laisser enfermer
dans une bulle. La suite n'a été que la conséquence
logique de cet isolement : dissolution de l'Assemblée
nationale et de la Cour constitutionnelle, révision unilatérale
de la constitution et organisation d'un référendum
contesté. Il était d'autant plus sûr de
lui dans sa folle escapade qu'il avait autour de lui des intellectuels
de service qui ont complètement troqué leur âme
contre des privilèges. Avec les capacités nouvelles
de la trésorerie nationale, Mamadou Tandja avait perdu
le sens des valeurs. Pour entraîner l'armée dans
son aventure, il a joué abondamment sur le clavier de
la corruption vis-à-vis de tous ceux qui pouvaient menacer
son pouvoir. Tout cela avait fini par l'endormir, convaincu
qu'il avait acheté tout le monde et que plus rien ne
pouvait se passer. Il ne pouvait plus hélas voir ni comprendre
que ces actes avaient des revers. En recourant de manière
aussi ostentatoire à la corruption, Tandja était
loin de penser qu'il compromettait tous ceux qu'il arrosait
de ses billets de banque. Dans l'armée nigérienne,
tout le monde n'a pas perdu le sens de l'honneur. Les militaires
qui ont marché sur le palais présidentiel le jeudi
18 février étaient sûrs de leur fait. Ils
ont appréhendé le margoulin en plein jour, au
milieu de ses thuriféraires soudainement muets et apeurés.
Adieu les honneurs et les lambris ! Mamadou Tandja qui avait
tout pour entrer dans l'histoire par la grande porte se retrouve
chassé comme un malfrat. Il pourra désormais méditer
sur les limites de la corruption et la vanité de ses
ambitions.
Mais la leçon nigérienne vaut pour tous les tripatouilleurs
de constitution. Blaise Compaoré qui a lancé son
ballon d'essai à propos de l'article 37 a dans le cas
nigérien l'occasion de tirer des enseignements utiles.
Il a atteint un niveau de reconnaissance et de respectabilité
internationales tel qu'il ne doit pas écouter les vaines
sirènes qui l'encouragent à changer les textes
pour rester. On connaît la rengaine : Il est le meilleur,
et le Burkina ne peut s'offrir le luxe de le perdre. Mais qui
a dit qu'il faut jeter Blaise ? Quand on ne peut pas répondre
de façon pertinente à une question, on la déplace.
Ceux qui s'échinent à faire croire que c'est Blaise
ou rien sont ceux-là même qui le poussent à
sa perte. Nos intellectuels de service doivent comprendre que
le meilleur moyen de protéger leurs biens pour lesquels
ils ont perdu leur âme, c'est de ne pas encourager leur
mentor à s'éterniser au pouvoir. Dans cette affaire,
il n'y a presque pas de surprise. A force de vouloir trop gagner,
on perd tout ! Que c'est grave et triste de tout perdre quand
on n'a plus la force de se relever. Voyons ! Il ne faut pas
que certains pensent que sans l'opulence dans laquelle ils baignent,
il n'y a pas de vie décente et digne. On a seulement
besoin de réapprendre à vivre en gardant les pieds
sur terre. Il faut y penser et très vite afin de donner
la chance à notre pays de demeurer une terre d'humanité.
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