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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Déluge dans le Kadiogo
La main de Dieu n'explique pas tout !

Ouagadougou s'est réveillé ce 1er septembre sous les eaux d'une pluie diluvienne aux conséquences tragiques. Il a suffit de quelques heures pour que cette fière capitale du pays des hommes intègres qui aspirait au rang de ville métropolitaine se transforme en une cité aquatique. De mémoire historique, on n'avait jamais vu pareil phénomène au Burkina. Cela rappelle le récit biblique à propos de l'Arche de Noé construit pour sauver l'espèce humaine d'une crue qui allait lui être fatale. L'histoire dit que cette crue a été envoyée par Dieu pour punir les hommes de leur corruption.

Les Burkinabè croyants et fatalistes voient dans ce qui leur arrive, la main de Dieu. La pluie est en elle-même un don de Dieu et pour beaucoup ses conséquences relèvent également de sa volonté. Devant le spectacle désolant de compatriotes qui s'affairaient pour sauver quelques biens des eaux, Madame Tamini la madone des Affaires sociales a déclaré au micro de la télévision nationale que le Ciel nous avait gratifié d'une pluie bienfaisante. On l'a compris, nous sommes dans une ambiance totalement superstitieuse et il n'est pas permis de croire un instant que ce que Dieu a voulu peut être mauvais.

Nous touchons là naturellement aux limites de notre tendance à vouloir tout ramener à Dieu quand nous sommes dans le désarroi, occultant la part de responsabilité humaine dans les choses de ce monde. Du reste, même dans cet ordonnancement divin, l'homme est un maillon essentiel, à qui il est donné le pouvoir d'appropriation des lois inhérentes à la nature, justement pour ne pas être condamné à les subir. De cela nous en sommes tous conscients, ce qui n'empêche pas qu'à des moments exceptionnels comme celui que nous vivons, nous ayons tendance à l'oublier.

Mais de quoi sommes nous responsables dans ces inondations aux conséquences catastrophiques ? Nos plus hautes autorités ont elles-mêmes fait le constat que là ou les dégâts ont été les plus importants, c'est précisément dans les zones ou il était notoirement dangereux d'y bâtir des ouvrages d'habitation ou à usage de bureau. C'est le cas en ce qui concerne les bas-fonds et c'est aussi le cas dans les zones proches des grandes canalisations. Des textes semble t- il ont été pris interdisant d'y construire. Malgré cela, le constat est que dans ces zones à risques, les établissements humains y poussent comme des champignons. Des mises en garde n'ont pas manqué. Des expulsions ont même été opérées. Mais les populations qui ont appris à connaître leurs dirigeants attendent que les choses se calment pour réoccuper les lieux. C'est le jeu du chat et de la souris. Mais à dire vrai, les autorités elles-mêmes ne croient en rien. Elles ont pris des textes auxquels elles n'y croient pas. Quelques exemples le confirment. Le Stade Monory, le FESPACO, l'immeuble administratif de Baongo sont des exemples flagrants de l'irresponsabilité de l'Etat lui-même. On peut en citer d'autres ! On comprend donc pourquoi nos autorités font preuve de laxisme envers ceux qui n'appliquent pas les textes. Pourquoi le feraient-elles, alors qu'elles peuvent aussi en tirer un bénéfice politique ? Même Simon, le bourgmestre de la capitale connu pour sa fermeté légendaire n'a pas toujours su se mettre au dessus de ces considérations électoralistes. L'incendie de Rood Wooko n'est pas de la seule responsabilité de commerçants désordonnés. L'esprit clientéliste des autorités municipales en est une des causes.

Il faut enfin souligner le manque d'anticipation de ceux qui ont en charge le développement de nos villes. On a bien entendu les explications élitistes du ministre Dabilgou sur l'inadéquation du système de canalisations de la ville de Ouagadougou. Mais ce n'est pas d'explication dont on a besoin mais de solutions. Qu'avez-vous fait monsieur le ministre depuis que vous êtes en place pour résoudre cette inadéquation ? Un ministre, ce n'est pas pour gérer le quotidien des Burkinabè. Cela relève d'autres instances. Dans un Etat responsable, on aurait mis sur votre dos les dégâts causés par les inondations faute de politique adéquate. Quand on tire des avantages de sa position sociale, on doit aussi comprendre que les obligations de résultats devront en être la contrepartie.

La catastrophe ne doit pas entamer notre lucidité. Il n'y a pas de fatalité pour celui qui sait prévoir.

Aujourd'hui l'heure est à la solidarité avec toutes les victimes du sinistre. Les Burkinabè se sont montrés solidaires par le passé dans des périodes difficiles. Nul doute qu'ils en feront encore de même aujourd'hui. Mais attention à la tentation partisane de vouloir récupérer l'élan de générosité des compatriotes


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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 17 septembre 2009