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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Crise au CDP
L'arbre qui cache la forêt

Quelle mouche a bien pu piquer Roch Marc Christian Kaboré pour qu'il rentre à ce point dans tous ses états ? Depuis la fameuse interview polémique de Salif Diallo publiée dans les colonnes de notre confrère L'Observateur Paalga, on dit que le président du CDP ne décolère pas contre celui qui était il y a peu le camarade sincère dont le départ du gouvernement avait donné lieu à un hommage appuyé de l'ensemble du Bureau Exécutif National. Est-ce de ce même homme dont Roch parlait dans sa récente sortie médiatique lorsqu'il déclarait que "plus nous nous délestons des oiseaux de mauvais augure, plus le parti s'en portera mieux" ?

Nous aurions applaudi au spectacle de la querelle fratricide entre caïmans d'un même marigot, s'il ne s'agissait d'une question grave qui préoccupe les Burkinabè que nous sommes. De quoi s'agit-il ? Salif Diallo dont le compagnonnage avec Blaise Compaoré est inscrit dans notre récente histoire politique nationale tire la sonnette d'alarme. Le message est prioritairement destiné à ses camarades. C'est eux qu'il invite d'abord à la réflexion, car la gestion du pouvoir d'Etat peut être cause d'apathie, voire de refus obstiné de tout changement, dès lors qu'ils sont bénéficiaires de l'ordre ancien. C'est ensuite vers les autres partis politiques et organisations de la société civile qu'il invite ses camarades à se tourner en vue de rechercher un consensus large autour des fondements d'une vie politique nouvelle. Les raisons d'une telle démarche sont claires et précises, même si on ne les partage pas : le cours de la vie nationale nous mène droit vers la patrimonialisation de l'Etat, une grave menace contre l'option démocratique de notre peuple. Mais alors, la question est la suivante : Est-il légitime d'inviter à la réflexion autour d'un mal réel ou supposé que l'on croit être une menace qui pèse sur le destin de son pays ? Salif Diallo, responsable à l'Orientation et aux Questions politiques est-il dans son rôle quand il engage le débat sur ce terrain ?
Ces questions ont besoin de réponses claires que Roch Marc Christian Kaboré n'apporte pas. Sa fuite en avant sur les considérations de forme cache mal le refus de débattre de questions considérées comme tabou.

Comprenons-nous bien. Le président du CDP n'a nullement tort de rappeler l'impérieuse nécessité de respecter la discipline du parti qui recommande que des questions qui touchent à la tactique et à la stratégie du parti soient tranchées à l'interne avant d'être étalées sur la place publique. Mais il ne dit pas pourquoi un camarade dont le background idéologique est réputé être au-dessus de la moyenne en est venu à enfreindre la discipline du parti. Et si tant est que la réflexion engagée par Salif Diallo soulève des questions certes délicates, mais importantes, pourquoi se précipiter pour le suspendre à la veille d'un congrès qui aurait pu apprécier tous les aspects de sa démarche et prendre au besoin des sanctions appropriées ? Y avait-il mieux que Salif lui-même pour répondre de ses déclarations devant une si auguste assemblée au pouvoir décisionnel reconnu et étendu ? L'empressement du Bureau Exécutif National à museler le vice-président ne plaide pas en faveur de sa bonne foi, lorsqu'il prétend que ce dernier n'a pas été sanctionné en raison de ses déclarations, alors qu'il tranche dans le même temps sur le fond du débat : le Bureau Exécutif national, est-il écrit dans le communiqué de presse, " saisit cette opportunité pour réaffirmer l'attachement du CDP aux institutions de la République et sa détermination à poursuivre l'approfondissement de la démocratie par des réformes politiques et institutionnelles dans le cadre de la IVème République". Autrement dit, le statu quo est maintenu et point n'est besoin de donner la parole aux militants.

Il est clair que dans ces conditions, Salif Diallo n'avait pas d'autre choix que de passer par-dessus la tête du BEN pour s'adresser directement aux militants et à la Nation.
Et pour bien montrer que Salif est un subversif dangereux, le Bureau Exécutif National "réaffirme son soutien indéfectible au Président du Faso, le Camarade Blaise Compaoré".

Alors on est fondé à se demander pourquoi la direction du CDP, sous la houlette de Roch et de Simon, pratique-t-elle la politique de l'autruche, alors qu'elle sait fort bien que la patrimonialisation est une menace réelle, dont les promoteurs avancent pour le moment masqués. A-t-on tétanisé à ce point nos braves responsables CDP au point que certains considèrent qu'il faut être fou pour violer le tabou du fauteuil présidentiel ? La fébrilité débilitante dont ils font montre sur le débat institutionnel montre à quel point notre démocratie est malade. Il faut savoir gré à Salif Diallo qui, en se démarquant de cette meute beuglante, complètement aveuglée par des intérêts personnels, justifie les craintes de tous ceux qui dénoncent les graves menaces qui pèsent sur le caractère républicain de l'Etat. Les démocrates burkinabè sont désormais bien fixés sur les cibles qui devront faire l'objet d'une mobilisation populaire. Il leur revient d'engager des initiatives idoines pour renforcer le combat contre la monarchisation rampante du régime Compaoré.




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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 31 juillet 2009