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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

Présidentielle 2010
Blaise, l'heureux béni de l'oracle de Kaya

Il était singulièrement à l'aise, le président, ce 25 mai, Journée nationale consacrée à la lutte contre les mutilations génitales féminines. Devant une gent féminine visiblement acquise, le discours était celui des grandes joutes électorales, l'excitation en moins. L'on a eu droit à la revue des résultats de sa politique visionnaire et résolument active, dans les domaines suivants : l'expertise féminine, la scolarisation de la jeune fille, le droit de la personne et de la famille, la santé de la reproduction, la lutte contre la pauvreté des femmes, sans compter les sphères de décision ou la présence de la femme est de plus en plus remarquable. Quant aux quotas, même s'ils n'ont pas encore produit des résultats probants, leur importance ne manque pas d'être soulignée sous l'angle politique et statistique. Bref, rien n'a été négligé pour donner à l'événement sa dimension nationale : autorités coutumières et religieuses, organisations de la société civile, leaders d'opinion étaient présents. L'engagement communautaire doit être suffisamment représentatif pour traduire une adhésion sans équivoque à cette grande vision du chef. Devant ce gigantesque parterre de personnalités, tout était prêt pour le sermon, un sermon décliné sous les accents d'un hymne à la femme burkinabè: les mutilations génitales féminines, une grave violation des droits fondamentaux de la femme garantis pourtant par la constitution. Leur suppression est donc réclamée par l'orateur sous la forme d'un impératif, surtout que ni la science ni la religion ne justifient cette pratique odieuse. A Kaya, Blaise surfait donc sur du velours. Et il peut d'autant mieux s'exprimer que de généreux partenaires soutiennent déjà et s'apprêteraient même à accroître davantage l'effort financier pour l'éradication des mutilations génitales féminines.

Les observateurs s'étonnent cependant que l'événement ait suscité cette année, tant de ramdam. Au Burkina, les veilles d'élection sont généralement l'occasion pour de grandes démonstrations à fort relents politiques. Mais Blaise, dira-t-on, n'a pas de souci à se faire. Ses concurrents sont tous perçus comme des nains qu'il n'aura aucun mal à vaincre, le moment venu. Mais attention ! En politique, l'adversaire le plus redoutable, et Blaise le sait, n'est pas toujours le concurrent direct. Nombre de facteurs, en apparence exogènes, pèsent lourdement dans la balance. A commencer par la vie chère qui n'en finit pas d'étreindre le Burkinabè moyen de plus en plus limité dans sa capacité à inventer des formules de survie. Le grain de sable pourrait donc venir d'une accumulation de facteurs sociaux aux effets imprévisibles. Même le front politique que l'on a tendance à tenir pour acquis à Blaise comporte cependant des signes qui pourraient se révéler inquiétants. Le parti du président n'est pas à l'abri d'une implosion. Il s'y développe des tensions, pour le moment sourdes, mais qui pourraient s'étaler bien vite au grand jour. Tout dépendra de Blaise et de la place qu'il entend donner à chacune des organisations qui le soutiennent. La détérioration de la situation au sein du camp présidentiel pourrait faire l'affaire de la dynamique citoyenne en gestation autour de Zéphirin Diabré.

Blaise n'est donc pas allé à Kaya le 25 mai dernier, en politicien sans souci. Il connaît bien les impondérables de la vie politique nationale, même si ses succès politiques constituent un de ses handicaps majeurs. Il ne soufflait pas sur Kaya seulement un air de campagne. Pour sûr, le président y est allé en campagne, même si les nécessités du calendrier électoral lui imposaient plus de discrétion. Un oracle aurait prédit le meilleur pour lui, s'il accomplissait le pèlerinage de Kaya. C'est chose faite désormais et de fort belle manière. Chantal était à ses côtés. Il paraît que c'est meilleur. Mais concernant les oracles, seules comptent les fins. Les péripéties du parcours sont une autre histoire. Que Dieu nous donne de vivre pour voir la suite.



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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009