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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

C'est donc le peuple
qui décide de l'alternance !

Un tantinet agacé, Blaise Compaoré a balayé d'un revers de la main les travaux du forum républicain convoqué par Zéphirin Diabré. Comment l'alternance peut-elle être un problème si des consultations électorales se tiennent régulièrement auxquelles le peuple participe tout aussi régulièrement ? C'est donc un faux problème, semble dire notre bon président. Mais pour quoi un tel agacement devant un problème qui relève de l'évidence ? Dans sa réponse au journaliste, il y a des indices qui permettent d'esquisser au moins un début de réponse. Le peuple décide de l'alternance en fonction du bilan de ses dirigeants. Vérité de Lapalisse est-on tenté de répondre à monsieur le président. Cette vérité là, les organisateurs du forum la connaissent par cœur. Les consultations électorales sont organisées dans le cadre de la loi fondamentale qui est la traduction la plus élevée de la volonté populaire. La tenue du forum républicain s'explique par le désir des organisateurs de voir cette vérité coulée dans la conscience de chaque Burkinabè, y compris dans celle de nos dirigeants. Petit rappel historique pour montrer que l'évidence n'est pas toujours la chose la mieux partagée sous le ciel du Faso. La constitution de la 4ème République avait limité le mandat présidentiel à deux. Ainsi Blaise Compaoré a pu bénéficier d'un premier mandat de 7 ans. En 1998, Blaise a postulé à un deuxième mandat de 7 ans. Il a été donc réélu conformément à la Constitution. Au terme de cette même constitution, Blaise Compaoré ne pouvait pas prétendre à un troisième mandat. Mais il y avait problème. Blaise qui estimait qu'il était encore jeune et en forme pour partir de sitôt, entreprit alors de faire sauter le verrou constitutionnel. La société civile et les partis politiques de l'opposition protestèrent en vain en son temps, le président disposait au parlement d'une majorité qualifiée pour changer la constitution. Et ce fut chose faite. Mais le mouvement populaire qui contesta violemment son pouvoir à la suite de l'assassinat de Norbert Zongo obtint l'établissement de la limitation du mandat présidentiel. Il n'empêche que violant l'esprit de la loi fondamentale, Blaise considéra que la loi ne lui était pas applicable rétroactivement. C'est dans cette fraude à la constitution que nous vivons depuis. Il s'apprête d'ailleurs à remettre ça à partir de 2010 pour 5 années supplémentaires. Evidemment, quand le forum républicain parle d'alternance, ce n'est pas pour lui contester le "droit" de se re-présenter en 2010. Cette pilule a été digérée depuis pensons-nous. Où est donc le problème ?

Le problème se trouve dans les signes qui s'accumulent et qui sont en effet inquiétants. Quand Blaise dit que c'est le peuple qui décide de l'alternance, en fonction du bilan de ses dirigeants, on croît entendre une vieille antienne. Son très grand ami Tandja ne disait-il pas: "Je n'ai pas l'intention de changer la constitution, à moins que le peuple ne le demande" ? Eh bien, comme pour lui répondre, sa horde de partisans a commencé à donner de la voix pour lui permettre, disent-ils, de parachever son œuvre. Au Burkina, les mêmes signes se dessinent. Le "peuple" s'organise déjà à travers la FEDAP/BC pour demander à Blaise de ne pas abandonner ce peuple prêt à le plébisciter. La FEDAP/BC est en train de se positionner comme le fer de lance d'une prochaine campagne massive qui vise à faire sauter à nouveau, le verrou de la limitation du mandat présidentiel. Et cette campagne pourrait commencer plus tôt qu'on ne le pense. C'est cette perspective qui est en train de se dérouler sous nos yeux que le forum des républicains entend conjurer. Naturellement, c'est pour cela aussi que monsieur Blaise a du mal à dissimuler son agacement.

Comprenant parfaitement la situation, le CDP n'a pas osé honorer l'invitation à participer au forum. Il a préféré, à la manière de l'autruche, se voiler la face alors que ce qui se prépare annonce sa propre déconfiture. Il saute aux yeux que la lune de miel entre Blaise et le CDP appartient au passé. Le nouveau cheval de Blaise s'appelle la FEDAP/BC, repaire de tous les milliardaires. Malheureusement, tétanisés par le passif militaire de Blaise, les responsables du parti préfèrent se tapir pour ne pas faire les frais du courroux ravageur du boss. Ils s'accrochent encore à l'espoir combien mince qu'il daignera revenir à de meilleurs sentiments. Mon œil ! Il faut être atteint de cécité incurable pour ne pas voir dans le non interventionnisme de Blaise dans la querelle avec les refondateurs, son désir encore secret de voir le parti se désintégrer. L'histoire du Burkina est en train de se construire ailleurs. Il faut souhaiter que l'intervention du forum républicain dans l'espace politique apporte une donne nouvelle en vue d'un renouveau de la vie politique au Faso





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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mai 2009