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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

El Béchir face à la CPI
Ces " africaneries " qui affectent l'image des Noirs

Depuis l'inculpation d'Omar el Béchir, l'Union africaine est entrée dans une agitation schizophrénique qui dénote un parti pris ouvert en faveur du président soudanais. On a bien compris que dans la balance, les 300 000 soudanais qui ont perdu la vie ne pèsent pas bien lourd dans un conflit où seul compte la survie d'un régime. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la réaction du pouvoir soudanais après l'inculpation d'El Béchir. En effet, ce dernier n'a pas trouvé mieux que de se venger sur les institutions humanitaires, accusées d'être les informateurs de la Cour pénale internationale. En prenant la décision de les expulser, le président soudanais condamne du même coup les millions de populations déplacées, dont la survie dépend exclusivement des activités humanitaires de ces institutions à mourir de faim. Un président qui est capable d'aller à une telle extrémité perd incontestablement toute légitimité car la raison d'être d'un chef d'Etat, c'est d'abord d'être le garant de la vie de ses concitoyens. Or, cet homme s'est illustré comme le principal bourreau du peuple darfourien. Son armée et ses milices n'ont cessé de cracher du feu sur des villages entiers du Darfour provoquant des déplacements massifs de populations. Elles détruisent les villages, brûlent les récoltes et empoisonnent même les puits d'eau, avec l'intention affichée de donner la mort.

Devant cette déferlante criminelle, la communauté internationale n'a cessé d'appeler les différents belligérants à la retenue. Or, les autorités soudanaises, qui au regard de leurs responsabilités, devaient œuvrer plus que quiconque à créer les conditions de la paix, sont celles-là mêmes qui se sont jusque là montré les plus implacables dans l'exercice de la violence aveugle et les plus fourbes vis-à-vis de la communauté internationale dont les recommandations n'ont jamais compté à leurs yeux. Il faut le dire sans détour, le régime soudanais est mille fois condamnable. Et on ne peut se contenter de regarder un pouvoir criminel donner la mort à des populations innocentes. Le concept de non assistance à populations en danger de mort existe bel et bien et c'est pour donner de la vie à ce concept juridique que la Cour pénale internationale a été créée. Mais voilà que l'Union africaine qui, au lieu de se saisir de l'occasion qu'offre l'inculpation venue de cette cour pour inciter véritablement le président soudanais à faire montre de sa bonne disposition à la paix, se met à pousser des cris d'orfraie, allant même jusqu'à accuser la CPI de travailler contre la paix ! Allez y comprendre. Quel bilan l'Union africaine peut-elle faire de son action au Darfour en faveur de la paix ? Que dit-elle de la quasi impossibilité de mener des actions humanitaires, par la faute des autorités soudanaises ? La guerre, comme on le sait, a des règles et Béchir ne respecte même pas les règles humanitaires. A la vérité, l'Union africaine joue dans cette affaire, un très mauvais rôle. Si comme dit Jean Ping, l'institution ne défend pas l'impunité, il gagnerait plutôt à faire comprendre à M. Béchir, qu'une inculpation n'est pas une preuve irréfragable de culpabilité. Si tant est que ce dernier est innocent, qu'il apporte la preuve que les accusations de la CPI ne sont pas fondées, au lieu d'offrir le spectacle ridicule d'un président qui danse devant les caméras pour prouver qu'il n'a peur de rien ! Ce type d'africanerie est humiliant pour les Africains ! D'ailleurs, loin d'être une marque de sérénité, l'image donne plutôt l'impression d'un homme tourmenté qui a du mal à retenir ses pulsions. Or, le bon challenge ne consiste pas à défier la CPI, mais bien plutôt à relever le défi de la justice : Vous m'accusez de crimes divers, eh bien, vous vous trompez Messieurs de la CPI, voici la preuve de ce que j'ai toujours oeuvré pour la paix !

Mais il ne faut pas rêver. Béchir n'est pas capable d'une telle grandeur d'esprit. Pas plus d'ailleurs que ses autres pairs d'Afrique.

Il faut du reste lire dans les gesticulations de l'Union africaine les craintes de la jurisprudence El Béchir qui pèse désormais sur les présidents dictateurs, comme une épée de Damoclès. Mais le vin étant déjà tiré, il faut le boire. Et il convient de voir le meilleur parti qu'on pourrait en tirer. Béchir ne sera peut-être pas président à vie. Et dans cette hypothèse, le meilleur pour lui serait de composer ici et maintenant avec la CPI, au lieu d'attendre les mauvais moments où les choses s'avèreront infiniment plus difficiles. Le vent tourne M. le président et la décision de la CPI sera toujours là. Même en l'absence d'O. Campo, le procureur. Il faut vite y penser.



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© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mars 2009