CDP
Des sanctions qui ne règlent rien
Le débat sur la refondation du CDP aura finalement tourné
court. Roch Marc Christian et ses affidés ont choisi
de ne pas prendre le risque d'organiser un débat national
au sein du parti sur les griefs formulés contre lui par
les refondateurs. Pour éviter des "métastases",
les chirurgiens du CDP ont procédé par ablation,
en attendant que la base entérine à la fois le
procédé et les mobiles. Dommage pour tous ceux
qui espéraient pouvoir assister à un moment démocratique
excitant. Ce ne serait pas pour ce coup-ci, à moins que
Blaise Compaoré qui est le recours suprême de tous
n'instruise un cours différent au dossier qui devrait,
sauf imprévu, voir son sort définitivement scellé
au prochain congrès. A moins d'une intervention expresse
du chef de l'Etat, on ne voit pas comment les refondateurs vont
pouvoir éviter l'exclusion définitive. Des sources
proches de la direction du CDP, cette évolution fatale
pourrait être évitée en cas d'autocritique
"sincère". Mais cette éventualité
est pour le moins aléatoire dans l'ambiance actuelle.
Pour comprendre cet emballement soudain de la machine CDP, il
faut retourner aux dernières évolutions de la
vie nationale qui ont vu le départ de Salif Diallo du
gouvernement. Malgré les non-dits qui ont entouré
cette éviction, on est à peu près certain
que cet événement annonce un virage d'importance
stratégique dans la vie politique nationale. Si le CDP
dans sa mouture actuelle continue d'être la force politique
principale du pays, l'horizon ne semble plus tout à fait
dégagé pour ce parti. Avec les nouvelles ambitions
qui hantent l'esprit du grand sachem, le CDP de toute évidence
ne fait plus l'affaire, en raison essentiellement de son histoire
et de ses habitudes de travail. C'est une chose qui paraît
désormais claire dans l'esprit des principaux responsables
de ce parti qui sont de plus en plus gagnés par la fébrilité.
Il faut croire que tous les événements d'importance
qui se déroulent dans le landernau politique sont perçus
par les responsables du CDP à l'aune de leur situation
d'infortune. De ce point de vue, les refondateurs internes et
externes mènent tous le même combat : celui en
faveur d'une recomposition du paysage politique national dans
lequel les responsables du CDP ne voient que des menaces pour
leur parti. L'idée que les Marc Yao d'un côté
et les Hermann Yaméogo de l'autre sont discrètement
actionnés par le " petit président"
est aujourd'hui de plus en plus évoquée par des
cercles proches du triumvirat qui dirige actuellement le CDP.
On comprend pourquoi, on ne fait pas dans la dentelle quand
il s'agit de poser des actes qui participent de la lutte pour
la survie. Seulement les méthodes utilisées peuvent
provoquer un effet boomerang. Le principal grief formulé
contre les " bannis "du CDP, c'est d'avoir externalisé
des problèmes qui auraient dû rester entre camarades
de parti. Mais l'argument a été vite converti
en fatwa avant même l'instruction du dossier. Au-delà
des passions du moment, chaque partie devra cependant revisiter
ses arguments si elle veut convaincre de sa bonne foi. Pour
une partie de l'opinion publique, le CDP et ses refondateurs,
"c'est bonnet blanc, blanc bonnet ". Si le CDP ne
veut pas débattre de ses problèmes, c'est son
affaire. Il vient en tout cas de confirmer par sa fatwa, l'image
que l'on se fait généralement de lui. Et cette
image là est celle qui a été largement
restituée par ses refondateurs internes qui en cela n'ont
pas révélé grand-chose. A l'opposé,
les refondateurs du CDP découvrent bien tard que leur
parti est resté ODP. Tant que ça leur profitait
il n'y avait rien à dire. Mais la défense des
principes doit-elle être tributaire des contingences de
la vie politique ? Le blanc ne peut pas se transformer en noir
en fonction de fortunes personnelles. C'est ce que les refondateurs
sont en train de payer cash. En revanche, Roch et ses camarades
ont fait la preuve qu'au jeu de la carotte et du bâton,
ils sont assurément de bons élèves de Machiavel.
Mais passée cette séquence, il va falloir faire
face à d'autres réalités.
Blaise Compaoré peut se frotter les mains. Rien de ce
qui est en train de se passer n'entrave sa stratégie.
Le CDP peut faire ce qu'il veut de ses refondateurs, il pourra
le moment venu prendre l'opinion publique largement conditionnée
à témoin. Qui pourra nier que le CDP est un carcan
"stalinien", allergique à tout débat
démocratique ? Roch Marc Christian et ses camarades devront
donc se préparer à d'autres batailles pour assurer
leur survie. La plus dure et la plus décisive sera celle
pour l'unité du groupe. Tant qu'il sera soudé,
il sera difficile de ne pas compter avec lui. En attendant,
le piège est ouvert et l'appareil du parti ne semble
pas y faire face avec intelligence. Il a bien sûr fait
appel à ses vieux guerriers rompus à la dialectique
"kroutchevienne" pour réduire les refondateurs,
mais cette victoire à la pyrrhus est loin de lui garantir
un avenir sans souci