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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

CDP
Des sanctions qui ne règlent rien


Le débat sur la refondation du CDP aura finalement tourné court. Roch Marc Christian et ses affidés ont choisi de ne pas prendre le risque d'organiser un débat national au sein du parti sur les griefs formulés contre lui par les refondateurs. Pour éviter des "métastases", les chirurgiens du CDP ont procédé par ablation, en attendant que la base entérine à la fois le procédé et les mobiles. Dommage pour tous ceux qui espéraient pouvoir assister à un moment démocratique excitant. Ce ne serait pas pour ce coup-ci, à moins que Blaise Compaoré qui est le recours suprême de tous n'instruise un cours différent au dossier qui devrait, sauf imprévu, voir son sort définitivement scellé au prochain congrès. A moins d'une intervention expresse du chef de l'Etat, on ne voit pas comment les refondateurs vont pouvoir éviter l'exclusion définitive. Des sources proches de la direction du CDP, cette évolution fatale pourrait être évitée en cas d'autocritique "sincère". Mais cette éventualité est pour le moins aléatoire dans l'ambiance actuelle. Pour comprendre cet emballement soudain de la machine CDP, il faut retourner aux dernières évolutions de la vie nationale qui ont vu le départ de Salif Diallo du gouvernement. Malgré les non-dits qui ont entouré cette éviction, on est à peu près certain que cet événement annonce un virage d'importance stratégique dans la vie politique nationale. Si le CDP dans sa mouture actuelle continue d'être la force politique principale du pays, l'horizon ne semble plus tout à fait dégagé pour ce parti. Avec les nouvelles ambitions qui hantent l'esprit du grand sachem, le CDP de toute évidence ne fait plus l'affaire, en raison essentiellement de son histoire et de ses habitudes de travail. C'est une chose qui paraît désormais claire dans l'esprit des principaux responsables de ce parti qui sont de plus en plus gagnés par la fébrilité. Il faut croire que tous les événements d'importance qui se déroulent dans le landernau politique sont perçus par les responsables du CDP à l'aune de leur situation d'infortune. De ce point de vue, les refondateurs internes et externes mènent tous le même combat : celui en faveur d'une recomposition du paysage politique national dans lequel les responsables du CDP ne voient que des menaces pour leur parti. L'idée que les Marc Yao d'un côté et les Hermann Yaméogo de l'autre sont discrètement actionnés par le " petit président" est aujourd'hui de plus en plus évoquée par des cercles proches du triumvirat qui dirige actuellement le CDP.
On comprend pourquoi, on ne fait pas dans la dentelle quand il s'agit de poser des actes qui participent de la lutte pour la survie. Seulement les méthodes utilisées peuvent provoquer un effet boomerang. Le principal grief formulé contre les " bannis "du CDP, c'est d'avoir externalisé des problèmes qui auraient dû rester entre camarades de parti. Mais l'argument a été vite converti en fatwa avant même l'instruction du dossier. Au-delà des passions du moment, chaque partie devra cependant revisiter ses arguments si elle veut convaincre de sa bonne foi. Pour une partie de l'opinion publique, le CDP et ses refondateurs, "c'est bonnet blanc, blanc bonnet ". Si le CDP ne veut pas débattre de ses problèmes, c'est son affaire. Il vient en tout cas de confirmer par sa fatwa, l'image que l'on se fait généralement de lui. Et cette image là est celle qui a été largement restituée par ses refondateurs internes qui en cela n'ont pas révélé grand-chose. A l'opposé, les refondateurs du CDP découvrent bien tard que leur parti est resté ODP. Tant que ça leur profitait il n'y avait rien à dire. Mais la défense des principes doit-elle être tributaire des contingences de la vie politique ? Le blanc ne peut pas se transformer en noir en fonction de fortunes personnelles. C'est ce que les refondateurs sont en train de payer cash. En revanche, Roch et ses camarades ont fait la preuve qu'au jeu de la carotte et du bâton, ils sont assurément de bons élèves de Machiavel. Mais passée cette séquence, il va falloir faire face à d'autres réalités.
Blaise Compaoré peut se frotter les mains. Rien de ce qui est en train de se passer n'entrave sa stratégie. Le CDP peut faire ce qu'il veut de ses refondateurs, il pourra le moment venu prendre l'opinion publique largement conditionnée à témoin. Qui pourra nier que le CDP est un carcan "stalinien", allergique à tout débat démocratique ? Roch Marc Christian et ses camarades devront donc se préparer à d'autres batailles pour assurer leur survie. La plus dure et la plus décisive sera celle pour l'unité du groupe. Tant qu'il sera soudé, il sera difficile de ne pas compter avec lui. En attendant, le piège est ouvert et l'appareil du parti ne semble pas y faire face avec intelligence. Il a bien sûr fait appel à ses vieux guerriers rompus à la dialectique "kroutchevienne" pour réduire les refondateurs, mais cette victoire à la pyrrhus est loin de lui garantir un avenir sans souci













© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 30 juin 2008