Hommage
aux femmes burkinabè
Est-ce vraiment pertinent de célébrer
une Journée de la femme ? Voilà une question qui
peut paraître provocatrice aux yeux de quelques féministes
invétérés. Et pourtant, elle mérite
d'être posée si l'on veut mettre fin au scepticisme
qui s'exprime ici et là à propos de cette journée.
En dépit de l'effort médiatique qui est fait pour
promouvoir la condition de la femme, des entraves subsistent
comme pour démontrer la nécessité d'ouvrir
largement le débat afin qu'aucune question ne demeure
dans l'ombre. La Journée internationale de la femme célébrée
tous les 8 mars n'est pas une trouvaille de la révolution
burkinabè. Elle est intimement liée à l'histoire
des mouvements marxistes européens, avant de connaître
plus tard une consécration internationale. Au Burkina
cependant, la révolution avait choisi de l'inscrire comme
un événement emblématique dans la mobilisation
des femmes en faveur de leurs droits. Et depuis, le 8 Mars apparaît
comme l'une des plus grandes fêtes nationales célébrées
chaque année avec beaucoup d'engouement à travers
le pays. Mais que vaut à la femme burkinabè tant
de considération discriminatoire alors que, à
y voir de près, la condition masculine n'a rien d'enviable
? En effet, l'homme et la femme ne partagent-ils pas la même
misère sociale que leur impose un environnement particulièrement
hostile ? Dans le duel qu'ils livrent contre la pauvreté,
n'y a-t-il pas lieu de célébrer leur mérite
commun au lieu de vouloir les distinguer artificiellement ?
Ce sont là quelques arguments de Burkinabè qui
pensent que si malgré tout, il faut une journée
de la femme, il faut aussi, parallélisme des formes oblige,
une journée de l'homme, tant ce dernier mérite
une égale considération.
Contre de tels arguments, il y a aujourd'hui une abondante
littérature qui en montre les limites. Pour autant, celle-ci
n'abaisse nullement le rôle éminent que l'homme
burkinabè a pu jouer en tant qu'époux, mais aussi
en tant qu'agent économique. Il faut le dire, l'image
que l'on a tendance à véhiculer de l'homme, infligeant
constamment de mauvais traitements à sa conjointe et
traînant sa carcasse dans les cabarets, tandis que la
femme est celle qui est commise à la tâche pour
assurer la survie de la famille est une caricature. L'homme
ne saurait être le mal personnifié et la femme
l'incarnation du bien. Aucun d'entre eux n'est ni ange ni démon.
Mais il faut reconnaître que dans la position sociale
de chacun, il y a un qui est privilégié et c'est
l'homme et un autre qui l'est moins et c'est la femme. L'Etat
moderne l'a du reste reconnu et c'est pourquoi dans le code
des personnes et de la famille, la loi tend à instituer
plus d'équilibre en faveur de la femme. Que ce soit en
matière de mariage, de filiation ou de succession, les
avancées sont notables. La femme n'est plus aujourd'hui
dans la posture du mineur assujetti à un tuteur. Les
associations civiques militant pour les droits des femmes reconnaissent
des avancées juridiques certaines, mais c'est pour tout
de suite en souligner les faiblesses sur le registre de leur
effectivité. La société burkinabè,
c'est bien connu, est marquée par des pesanteurs qui
limitent l'application du droit. Les femmes vivent ces réalités
au quotidien et rien que pour cela, il n'est pas de trop de
leur consacrer une journée.
La Journée de la femme est donc un moment privilégié,
une apothéose dans la campagne de promotion des droits
de la femme et de la famille. C'est ce sens que l'Association
des femmes juristes du Burkina entend donner à l'événement
à travers les activités qu'elle a programmées
ce 8 Mars. Des consultations juridiques gratuites sont en effet
organisées au siège de l'association à
Ouaga, histoire de bien faire voir que la lutte continue. Et
la victoire passe nécessairement par le renforcement
des capacités en vue d'un lobbying efficace. En ce 8
Mars 2008, il me revient à l'esprit la silhouette d'une
femme : Adissa de Mouna. Toujours au four et au moulin, afin
que ses enfants n'aient jamais faim. Tantôt au champ d'où
elle revient le soir avec du bois mort, tantôt au puits
pour assurer à la famille l'eau nécessaire à
la vie. A la cuisine où elle excellait à la manière
des artistes (ces gens qui ne font jamais les choses comme tout
le monde), afin que la nourriture soit plus qu'un moyen de subsistance,
mais un plaisir. Comment ne pas avoir une pensée pour
elle, en ce jour dédié à la gloire de la
femme ! Elle n'est certes plus aujourd'hui de ce monde, mais
son exemple comme tant d'autres donnent un sens au combat des
femmes burkinabè.
Bonne fête à toutes les femmes du Burkina !