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Editorial
Par Germain Bitiou NAMA
Germain Nama, Directeur de Publication

JNP 2008
L'adieu probable de Salif Diallo

Va-t-on vers une sortie de Salif Diallo du gouvernement ? Voilà une question qui peut paraître saugrenue si l'on pense que l'équipe actuelle n'a à peine six mois. Pas assez pour évaluer et donc pour tirer les conséquences du devoir de rendre compte, principe dont le Premier ministre veut faire son cheval de bataille. Et pourtant, le tout Ouaga bruit d'un remaniement prochain que d'aucuns situent au lendemain de la Journée nationale du paysan (JNP). Le choix de cette journée n'est pas fortuit car si Salif doit partir, mieux vaut après qu'avant la JNP. Le faire avant serait courir le risque de gâcher la fête. Les paysans paraissent attachés à Salif Diallo qui est, à leurs yeux, l'homme qui a su plaider leur cause auprès du président du Faso. On a pu en avoir une idée lorsque ce dernier est rentré de Paris après un séjour maladie qui avait fait planer des inquiétudes sur ses jours. Ce fut par cars entiers que les paysans s'étaient organisés pour rallier Ouaga ou Ouahigouya afin de le voir et le saluer. Et ce n'était pas que cela. De son lit d'hôpital, le ministre d'Etat recevait aussi un abondant courrier de paysans qui, selon ses proches, l'aurait beaucoup marqué. Quand du fond du Burkina rural, des gens se mobilisent pour réunir 1000F, (une broutille certes, mais d'une charge symbolique très forte) afin que vous puissiez recouvrer la santé, il faut le vivre pour comprendre.

Par delà ces gestes socialement respectables, mais néanmoins folkloriques à bien des égards, l'opinion s'interroge sur les raisons de ce départ qui, à ce qu'on dit, ne fait plus l'objet d'aucun mystère. Que cela se passe au lendemain de son retour de Paris aurait été non seulement lisible, mais parfaitement digeste. Au lieu de cela, on a fait comme si l'homme était irremplaçable, malgré sa baisse apparente de forme. Seuls Blaise et Salif peuvent vraiment nous dire le jeu auquel ils se sont livrés en public, en ce moment-là, alors même que le bon sens aurait voulu que l'on trouve à Salif un poste beaucoup moins contraignant. En le reconduisant dans l'équipe de Tertius Zongo, quel message avait-on donc voulu faire passer ? A notre avis, si l'on a cru devoir reconduire Salif, c'est parce qu'on estimait qu'il était le bon cheval au poste qui lui a été confié. Nous n'osons croire qu'il a été mis là comme cela, seulement pour lui faire plaisir. C'est vrai, Blaise est le seul faiseur de ministres, mais pour autant, cela ne lui donne pas le droit de faire n'importe quoi ! Alors comment explique-t-on le départ de Salif, l'une des personnalités, sinon la personnalité la plus emblématique du gouvernement ?

On entend en effet dire que l'infortune de Salif Diallo serait liée à ses mauvais rapports avec François Compaoré. Interrogé sur ces démêlés, Blaise Compaoré avait préféré botter en touche, renvoyant les " belligérants " dos à dos. Une chose est sûre cependant. Les rapports entre Blaise et Salif, jusqu'alors considéré comme son alter ego, ne sont plus au beau fixe. L'ambiance entre les deux hommes serait devenue froidement courtoise. De fait, les dés paraissaient déjà jetés depuis le dernier voyage de Taiwan où nombre d'observateurs avaient vu un ministre d'Etat totalement déconnecté de la délégation présidentielle, alors même que le profil de son ministère faisait de lui un des personnages clés de cette délégation.

Selon donc toute évidence, Blaise Compaoré a pris fait et cause pour son frère dans cette querelle sans visage qui l'opposerait à son ministre d'Etat. C'est le constat qui s'impose d'ores et déjà. Même si par extraordinaire, le processus de sortie de Salif que certains disent déjà en marche ne se déroule pas comme annoncé, ce dernier ne semble plus en mesure de jouer un rôle efficace au sein de l'équipe Tertius, où d'aucuns estiment que tout a été mis en œuvre pour l'affaiblir. Dans tous les cas, si l'objectif consiste à réfréner les ardeurs d'un Salif dont " l'impatience à vouloir se positionner " agace, dans la perspective d'une lutte de succession, on peut considérer que pour l'heure, celui-ci semble atteint. Mais au sein du méga-parti, le message vaut pour tous les autres qui seraient tentés par les mêmes rêves. Nous sommes dans un scénario à la sénégalaise où les ambitions des sujets sont définies par le roi et par lui seul. C'est bien triste pour ceux qui, au sein du méga parti, croyaient pouvoir s'affranchir du sacro-saint principe "mange et tais-toi". Ils ont là l'occasion de jauger les actions du monstre auquel ils ont contribué à donner vie. Les fausses démocraties finissent souvent par des tragédies et cela n'arrive pas qu'aux autres. Hier c'était la Côte d'Ivoire (pas sûr qu'on en est sorti), aujourd'hui c'est le Kenya. Demain pourrait être le tour du Burkina. En attendant, Samandéni 2008 ne sera pas une JNP comme les autres. En particulier pour Salif Diallo dont ce pourrait être une rencontre d'adieu à ses chers paysans








© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Janvier 2008