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ECHOS
Togo
A chaque fois, c'est même chose pareille :
L'UFC gagne les voix et le RPT la victoire

les mamies BENZ de l'UFC
Newton Ahmed Barry envoyé spécial à Lomé
La présidentielle de 2010 au Togo n'aura pas dérogé
à la bonne vieille règle des élections togolaises.
Les voix, c'est toujours pour l'UFC de Gilchrist Olympio et la victoire
pour le RPT. Seule grande différence cette année, il y
a eu moins ou pas du tout de violence.
Lomé, la capitale, a voté comme d'habitude
massivement pour l'Union des Forces du Changement (UFC) de Gilchrist
Olympio même si le souvenir de la peur des violentes répressions
de 2005, la capitale s'est vidée de la moitié de ses habitants.
Avant la fermeture des frontières le 3 mars à 18 heures,
ils sont nombreux à avoir traversé les frontières
avec le Ghana et le Bénin. Dans le quartier d'Ablogamé,
dans un des bureaux de vote, sur 300 inscrits, seulement une bonne centaine
ont voté. Explication unanime dans le quartier, les gens ont
fui, parce qu'en 2005, c'est là où il y avait eu la plus
féroce des répressions. C'est dans l'un des bureaux de
vote de ce quartier, notamment celui situé au centre de formation
féminine, tenu par les bonnes surs, que les soldats avaient
été filmés, s'enfuyant avec les urnes. Mais ceux
des habitants qui sont restés ont voté comme d'habitude.
Sur les 150 votants du bureau en question, le candidat Faure Gnassingbé
a eu seulement 30 voix et tout le reste pour l'UFC. Les autres candidats
n'ont pas eu de voix. Pas même Agboyibor du CAR, dont on dit à
Lomé que c'est le scrutin de ses obsèques politiques.
Après la mort politique de Edem Kodjo, pour s'être accoquiné
avec le RPT, c'est vraisemblablement le tour de Agboyibor, pour les
mêmes raisons. Les Togolais visiblement ne lui pardonneraient
pas d'avoir composé avec Faure Gnassingbé, en devenant
le Premier ministre du gouvernement d'union nationale issu des Accords
politiques de Ouagadougou. Malgré la mystérieuse disqualification
de Gilchrist, (Adrien Amorin, un des leaders de l'UFC, parle de sortilège),
l'UFC reste la première force politique du Togo. Le 2 mars, dernier
jour de campagne, il a mobilisé plus de 50 000 personnes au stade
de Lomé. Au même moment, dans ce qui est considéré
comme son fief, Faure Gnassingbé, malgré les moyens colossaux
déployés, en mobilisait un peu moins. Réflexion
d'un jeune militant de l'UFC, nos militants à Kara sont allés
prendre l'argent de Faure et sont repartis à notre meeting dans
la même ville. Une chose est certaine, avec ce scrutin de 2010,
l'échiquier politique se clarifie encore davantage et évolue
vers une bipolarisation UFC/RPT. Les autres formations de l'opposition
vont mourir de leur belle mort, comme le parti de Edem Kodjo, avant
eux.
L'UFC aura réussi la mue
Pour cette fois encore, L'UFC n'aura pas la victoire des
urnes. Ce que sans doute son candidat ayant compris s'est dépêché
de se proclamer vainqueur dans une déclaration lue à la
presse le 5 mars dans la soirée. Selon Jean Pierre Fabre, le
candidat de l'UFC, il aurait remporté largement le scrutin dans
la préfecture du Golfe et dans la commune de Lomé qui
regroupent le tiers du corps électoral national, estimé
à environ 3 millions de personnes. Il affirme en outre être
arrivé en tête dans les préfectures du Zio, des
Lacs, de l'Avé, du Vo, d'Afagnan, de Kloto, de l'Akébou.
Il admet avoir été battu par son rival Faure Gnassingbé
dans les préfectures de Haho, de Yoto, d'Agou et de Danyi.
Les partisans de Faure ont violemment réagi à cette annonce.
Le ministre Bawara, un des extrémistes du RPT, n'a pas craint
de traiter Fabre de " bandit " qui devra être traité
comme tel. Au même moment, la centralisation se poursuivait à
la Commission électorale nationale indépendante (CENI)
et selon les informations qui filtraient, l'avance était plutôt
pour Faure Gnassingbé, qui sur 57% des bulletins dépouillés,
recueillait environ 60% des suffrages. Logiquement donc, il devrait
s'acheminer vers une seconde victoire, moins calamiteuse que celle de
2005.
Les observateurs pensent que le processus électoral togolais
est relativement fiable. Les cartes d'électeurs sont infalsifiables,
les listes affichées comportent les photos des inscrits et la
centralisation des résultats se fait par des moyens électroniques
difficilement "traficotables". Il y a trois moyens de transmission
des résultats des CELI (commissions électorales locales
indépendantes) vers la CENI à Lomé. Premier moyen,
le Fax, ensuite le SMS scripté et par le satellite par le moyen
du Vsat. Les résultats envoyés par les trois moyens en
même temps sont reçus et comparés. S'il y a des
divergences, c'est la copie envoyée par le satellite, en format
PDF, qui fait foi. Les fraudes devraient être dans ces conditions
presque impossibles. Jean Pierre Fabre, le candidat de l'UFC, affirme
pourtant qu'il y a eu des fraudes et des bourrages d'urnes dans les
préfectures du nord, le fief du candidat Faure. Il évoque
notamment des " résultats fantaisistes " dans la préfecture
de la Kozah où dans un bureau de vote, les représentants
de l'UFC ont relevé 500 inscrits pour 900 votants. Dans la même
préfecture, poursuit-il, " dans certains centres de vote,
les votants constitueraient le double des inscrits. Dans d'autres, il
a été relevé un vote massif de mineurs, tout comme
un nombre anormalement élevé de votes par procuration
".
Pour cette fois encore donc, la victoire aura échappé
à l'UFC. Mais le parti a montré qu'il est un vrai parti
et qu'il peut survivre à son créateur. Dans un scrutin
relativement apaisé et si son électorat est confiant,
la victoire ne peut pas lui échapper. L'UFC est plus que jamais
le sérieux rival du RPT qui doit affronter des lendemains qui
ne chantent pas forcément. La rivalité entre frères
Gnassingbé devrait se poursuivre et même s'intensifier.
Kpatcha est toujours en prison, mais pendant cette présidentielle,
des sources affirment avoir vu son épouse battre campagne dans
le nord avec l'UFC. Info ou intox ? Ce qui est sûr, le divorce
Kpatcha / Faure a une répercussion négative sur le RPT,
au point que pour la campagne présidentielle, le dernier a évité
de trop s'appuyer sur le parti. On lui attribue même l'intention
de se créer un parti après la présidentielle. L'objectif
serait de s'émanciper des apparatchiks du RPT et aussi siphonner
un peu l'UFC. Il semble que certains militants ufcistes seraient prêts
à rejoindre Faure, mais dans une nouvelle formation politique
moins connotée.
Au regard de la bipolarisation accentuée de l'échiquier
politique togolais, par la présente présidentielle, la
solution du siphonage est bien improbable. Quelques individus pourraient
se laisser tenter, mais pour une formation politique de militants, l'effet
pourrait être de moindre importance. A l'UFC, les militants cotisent
et achètent eux-mêmes les tee shorts et les casquettes
du parti. Les gadgets ne sont pas distribués gratuitement. Il
y a donc une vraie conviction qui ne peut pas être achetée.
Par contre, un vrai partage du pouvoir dans le respect de l'autre pourrait
conduire à un apaisement de la vie politique et préparer
le changement inéluctable qui surviendra tôt ou tard. Depuis
l'instauration de la démocratie, le RPT n'a jamais battu l'UFC
dans une élection. Même pour cette présidentielle,
des doutes persistent. La solution consiste donc à préparer
les conditions d'une alternance apaisée. Dans ces conditions,
Faure Gnssingbé serait bien inspiré d'introduire dans
les révisions constitutionnelles à venir le principe de
la limitation des mandats présidentiels.
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L'UFC en a après les observateurs
internationaux
L'Union africaine a accrédité pour diriger sa mission
des observateurs l'ancien président nigérian Olusegun
Obasanjo, que l'UFC considère comme le parrain de Faure
Gnassingbé. Il est accusé d'avoir en 2005 pesé
de tout son poids, alors qu'il était en exercice, pour
sauver la tête de Faure contre un Oumar Konaré, alors
président de la Commission de l'Union africaine, qui s'était
insurgé contre les conditions de succession à Lomé.
A la mort du général Eyadema, l'armée, en
l'absence du président de l'Assemblée nationale,
successeur constitutionnel, avait intronisé Faure Gnassingbé.
Le président de la Commission de l'Union africaine avait
jugé cela inadmissible. Obosanjo s'était dressé
contre lui, pour défendre Faure. Pour l'UFC donc, Obasanjo
est disqualifié pour conduire une mission d'observateurs.
Le représentant de l'Union européenne, Louis Michel,
ne trouve pas non plus grâce aux yeux des dirigeants de
l'UFC. Ils n'ont pas de mots assez durs pour lui. C'est "une
vraie ordure", fulmine un des leaders du parti, quand il
le voit dans le hall de l'hôtel Sarakawa. En plus, semble-t-il,
un des fils de Louis Michel a été celui qui a eu
le marché de fourniture en matériels informatiques
de la CENI, pour la présente élection. Ce qui serait
aux yeux des responsables de l'UFC, un conflit d'intérêt.
Jean Pierre Fabre parle d'une "acquisition et installation
par le gouvernement, sans l'accord de la CENI, d'un système
de transmission opaque des résultats par une société
inconnue de la CENI". Interrogé, Louis Michel a dit
qu'il s'agissait d'un "mensonge grossier". Il a menacé
de recourir à la justice pour laver son honneur si cette
accusation devait persister. Il dit que ces deux fils sont dans
la politique et non dans les affaires.
NAB
Faure Gnassingbé
Vainqueur !
La Commission électorale indépendante a proclamé
les résultats provisoires de la présidentielle du
04 mars 2010, dans la soirée du 06 mars. Le président
sortant a été proclamé largement vainqueur
avec plus de 61% des suffrages. L'opposant Jean Pierre Fabre aurait
recueilli, selon la CENI, environ 34% des suffrages. Aucun des
six challengers de Faure Gnassingbé n'a reconnu sa victoire.
Jean Pierre Fabre a même décidé de contester
ces résultats devant la Cour constitutionnelle. Maître
Agboyibor, arrivé troisième, devrait lui emboîter
le pas.
L'objet de la discorde entre Faure et Fabre, le mode de centralisation
des résultats. Fabre soupçonne des fraudes opérées
au moment de la centralisation des résultats dans les CELI
et des bourrages d'urne dans le nord du pays, notamment dans les
régions reculées sous la férule des préfets
et des responsables des forces de l'ordre. Le constat que l'on
peut faire, c'est que dans les régions où l'encadrement
est plus serré, les résultats globaux ne sont pas
favorables à Faure Gnassinbé. Par contre, dans les
régions plus éloignées, il fait des scores
fleuves.
Ce qui est certain, Faure Gnassingbé règne sur une
capitale qui ne l'aime pas comme en attestent les résultats
dans les cinq communes de Lomé (voir tableau).

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