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ECHOS



Bernardo Viera
Mort dans une violence inouïe


Nino B. Vierra

Par Newton Ahmed Barry

Fusillé et massacré à la machette devant sa belle-mère. Ainsi péri Bernardo Viera qui se croyait indispensable à la Guinée Bissau.
C'est horrible les conditions dans lesquelles a été tué le président Nino. Dans la nuit du 1er au 2 mars dernier, au petit matin, un groupe de militaires lourdement armé investit le domicile du président Nino après avoir décimé sa garde rapprochée. Dans sa résidence, le président Nino, seul face aux commandos assassins, entreprend dans un premier temps de se barricader dans sa chambre avec son épouse. L'avertissement du commando est sans équivoque. Si tu ne sors pas, on bousille tout. Le président Nino se ravise et pour épargner au moins son épouse, décide de se présenter aux assaillants en parlementant. Mais le commando n'était pas venu pour discuter. Sa mission était très claire : abattre le président et le massacrer pour venger la mort du chef d'Etat major de l'armée tué dans un attentat la veille.
Le commando a exécuté proprement son "job". Par la mitraillette, Nino a été abattu dans un premier temps, avant que ses exécutants n'achèvent leur sale besogne par la machette en dépiéçant ce qui restait encore de lui. Une fin atroce, mais prévisible pour ce président qui a toujours eu maille à partir avec les chefs militaires de son armée.
Au début des années 1990, alors qu'il était au pouvoir depuis presque une décennie, il s'oppose violemment au chef d'Etat major d'alors, le général Ansoumane Mané. La confrontation s'achève par un coup d'Etat qui chasse Nino du pouvoir. Mais le puissant général Mané est analphabète et est obligé de laisser le fauteuil présidentiel à quelqu'un d'autre. Le général Ansoumane Mané laisse la présidence, mais instaure de fait une sorte de bicéphalisme à la tête du pays qui le rend ingouvernable.
Une sorte d'arrangement est concoctée avec de larges complicités dont aurait pris part, le même Nino Viera. Le général analphabète est assassiné dans des conditions obscures. Sa disparition permet à Nino, jusque là réfugié au Portugal, de revenir en Guinée Bissau et de reconquérir "démocratiquement" son fauteuil.
Mais l'instabilité chronique du pays a criminalisé le fonctionnement des institutions. Le narco trafic est devenu l'activité principale des institutions qui sont encore intactes, dont l'armée et la présidence de la république. Dans ces conditions, le retour au pouvoir de Nino se réalisait dans des conditions difficiles où, en l'absence d'un réel pouvoir de redresser la situation du pays, il allait lui-même verser dans le crime organisé. Il devenait donc inévitable l'affrontement avec les militaires. Surtout que Nino en voulait au chef d'Etat major d'avoir participé au début des années 1990, à côté du général Mané, à son éviction du pouvoir. Les rapports entre les deux hommes n'ont jamais été au beau fixe et le chef d'Etat major avait échappé à plusieurs attentats par le passé. Logiquement donc, après son assassinat, ses partisans en ont attribué l'origine à Nino. Cette fois, ils n'ont pas voulu laisser passer l'affront. Ils ont fait payer à Nino.
Cette triste fin de Nino vient rappeler que les régimes de ce type finissent toujours dans l'horreur. Les présidents indispensables finissent très souvent de la sorte ou laissent leur pays dans des guerres civiles interminables. Pour l'Afrique, ce qui est arrivé en Guinée Bissau n'est pas glorifiant. Mais c'est la faute à une certaine conception du pouvoir d'Etat.

Soudan
El Béchir, le criminel danseur



L'étau de la Cour pénale internationale (CPI) se resserre
sur lui et il ne trouve rien à faire que la danse. Une sorte de baroud honneur pour une condamnation inexpugnable.

Le président soudanais avait tout mis en œuvre pour éviter ce mandat de la CPI. Il a mobilisé tous ses partenaires, chinois (en tête), arabes et africains ensuite. Il avait même réussi la prouesse de transformer notre compatriote Djibril Bassolet, pourtant représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies au Darfour, en une sorte de VRP à sa cause. La raison de cette mobilisation tous azimuts tenait en une exhortation : Pour la paix, sacrifions la justice. Pour le malheur de Omar El Béchir, cette politique n'a pas marché. Pour les centaines de milliers de victimes du Darfour, la justice sera certainement longue à venir, mais elle n'a pas été sacrifiée sur l'hôtel d'une hypothétique paix. Une sorte d'arrangement sur les cadavres et les mutilés des milices djandjawids de El Béchir. Une solution qui n'est pas sans rappeler celle concoctée, il y a quelques années à Lomé, par le génie du général Eyadema, à propos de la Sierre Leone. Cette fois, les choses semblent bien engagées et le Conseil de Sécurité de l'ONU ne peut que suspendre pour une année le mandat d'arrêt, il ne peut pas l'annuler. L'agitation actuelle de El Béchir est donc vaine. Il est désormais et pour toujours dans les fourches caudines de la justice internationale. A moins que la mort ne le délivre, il répondra de ses crimes au Darfour.
Les puissances occidentales, les Etats-Unis en tête, ne sont pas disposées en l'état actuel des choses, à sauver la tête du président soudanais. Même ses partisans, la Chine en tête, ne sont pas prêts à ruer dans les brancards pour le sauver.
L'essentiel, c'était d'éviter la confirmation de l'inculpation par les juges de la CPI. A partir du moment où cela est fait, la situation de El Béchir est devenue très compliquée.

Que peuvent faire les Africains ?

Les chefs d'Etat africains sont évidemment très contrariés devant ce précédent que constitue l'inculpation d'un président en exercice. Pour nombre d'entre eux qui ont des casseroles, ce n'est pas une perspective rassurante. Jusque-là, le fait d'être en fonction semblait les protéger. Avec le précédent de El Béchir, cette immunité aussi est tombée. On peut donc comprendre que l'Union africaine se démène comme elle peut pour retarder l'échéance à El Béchir. Mais jusqu'où ces Africains et la Ligue arabe sont- ils prêts à aller ? A notre avis, pas très loin. Le Colonel Kadhafi est bien placé pour le savoir. Pendant ses longues années de mise en quarantaine, ils n'étaient pas nombreux ses pairs africains à avoir bravé les sanctions onusiennes. Cette fois-ci, il est peu probable qu'il en soit autrement. On peut penser que les Africains n'iront pas jusqu'à livrer El Béchir pendant une visite dans un quelconque pays du continent. Mais ce ne sera pas plus.
La situation du président soudanais devrait donc aller en se compliquant surtout si Obama maintient son hostilité contre lui. Le nouveau président américain qui semble fléchir la politique de son pays envers certains pays, jusque-là classés infréquentables, ne montre pas la même bienveillance envers les mauvais Africains. Mugabé qui attendait de lire les sentiments de Obama à son égard est désormais bien fixé. Le nouvel occupant de la Maison blanche veut serrer encore plus fort le corset contre son régime.
Les dernières révélations de la presse sur les dépenses somptueuses du couple Mugabé, alors que son peuple meurt de choléra et de famine, ne sont pas pour ramener Mugabé dans l'estime de l'homme de "Yes we can". Alors avec le mandat d'arrêt contre El Béchir, tous les présidents africains, dans la situation de Mugabé, devraient sentir passer le boulet.

Les fuites en avant de El Béchir

Aussitôt le mandat d'arrêt contre lui confirmé par les juges de la CPI, le président soudanais s'est lancé dans des actes de surenchère. Il s'en est d'abord pris aux ONG, dont il a ordonné l'expulsion de treize d'entre elles, dont la besogneuse MSF. Au même moment, il a réactivé les milices qui s'opposent au président Déby, son ennemi traditionnel. On a pu remarquer depuis quelques jours un mouvement des troupes rebelles à la frontière entre le Tchad et le Soudan. S'il va tomber, El Béchir ne voudrait pas que son ennemi intime lui survive. S'il réussissait cette prouesse, ce serait certainement la seule chose non totalement répréhensible qu'il aura fait.
En revanche, sa croisade contre les ONG ne fera que compliquer sa situation. Médecins Sans Frontière vient d'expliquer que son départ devrait laisser des milliers de personnes, enfants et femmes sans prise en charge sanitaire, dans une région en proue à un début d'épidémie de méningite. Le gouvernement soudanais n'a pas les moyens de se substituer à cette ONG. El Béchir, en agissant de la sorte, va incontestablement alourdir son passif humain.
Or, il lui est possible, en écoutant les conseils d'un de ses amis comme Blaise Compaoré, de faire le profil bas en attendant d'obtenir un sursis hypothétique au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU. Et même si ce sursis ne lui était pas accordé dans l'immédiat, en faisant montre de discernement en favorisant de toutes ses forces la résolution de la crise au Darfour, il devrait accumuler des circonstances atténuantes pour le cas où il se présenterait devant les juges de la CPI. Cette éventualité n'est plus à écarter pour lui, même s'il lui est possible de travailler à retarder au maximum sa survenue et accumuler d'ici là des circonstances atténuantes. Le chemin actuel de la bravade est sans issue.
Globalement, certains Africains semblent considérer que la CPI fait de l'acharnement contre eux. Mais ce mandat d'arrêt contre El Béchir est, à bien réfléchir, un excellent précédent pour les Africains. Devant la faiblesse ou l'inexistence de nos justices, le fait de savoir que l'exercice du pouvoir au plus haut niveau n'est plus totalement une immunité marque un tournant dans la gouvernance africaine. La CPI vient de susciter, comme l'avait fait la Baule, un nouvel espoir pour les Africains. Ceux qui croient que El Béchir ira dans la surenchère, jusqu'à alourdir son passif humain, se trompent. Il y a des seuils à toute chose. S'il s'avisait à franchir ce seuil, la communauté internationale qui l'a obligé à accepter la présence onusienne au Darfour trouvera les moyens de le mettre hors d'état de nuire. El Béchir ne dispose pas quand même du droit de vie ou de mort sur les Soudanais. En tout cas, pour l'immédiat, c'est sa crédibilité qui a foutu le camp.

Par Newton Ahmed Barry

 


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 mars 2009