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Soudan
El Béchir, le criminel danseur

L'étau de la Cour pénale internationale
(CPI) se resserre
sur lui et il ne trouve rien à faire que la danse.
Une sorte de baroud honneur pour une condamnation inexpugnable.
Le président soudanais avait tout mis en uvre
pour éviter ce mandat de la CPI. Il a mobilisé
tous ses partenaires, chinois (en tête), arabes
et africains ensuite. Il avait même réussi
la prouesse de transformer notre compatriote Djibril Bassolet,
pourtant représentant spécial du secrétaire
général des Nations Unies au Darfour, en
une sorte de VRP à sa cause. La raison de cette
mobilisation tous azimuts tenait en une exhortation :
Pour la paix, sacrifions la justice. Pour le malheur de
Omar El Béchir, cette politique n'a pas marché.
Pour les centaines de milliers de victimes du Darfour,
la justice sera certainement longue à venir, mais
elle n'a pas été sacrifiée sur l'hôtel
d'une hypothétique paix. Une sorte d'arrangement
sur les cadavres et les mutilés des milices djandjawids
de El Béchir. Une solution qui n'est pas sans rappeler
celle concoctée, il y a quelques années
à Lomé, par le génie du général
Eyadema, à propos de la Sierre Leone. Cette fois,
les choses semblent bien engagées et le Conseil
de Sécurité de l'ONU ne peut que suspendre
pour une année le mandat d'arrêt, il ne peut
pas l'annuler. L'agitation actuelle de El Béchir
est donc vaine. Il est désormais et pour toujours
dans les fourches caudines de la justice internationale.
A moins que la mort ne le délivre, il répondra
de ses crimes au Darfour.
Les puissances occidentales, les Etats-Unis en tête,
ne sont pas disposées en l'état actuel des
choses, à sauver la tête du président
soudanais. Même ses partisans, la Chine en tête,
ne sont pas prêts à ruer dans les brancards
pour le sauver.
L'essentiel, c'était d'éviter la confirmation
de l'inculpation par les juges de la CPI. A partir du
moment où cela est fait, la situation de El Béchir
est devenue très compliquée.
Que peuvent faire les Africains ?
Les chefs d'Etat africains sont évidemment très
contrariés devant ce précédent que
constitue l'inculpation d'un président en exercice.
Pour nombre d'entre eux qui ont des casseroles, ce n'est
pas une perspective rassurante. Jusque-là, le fait
d'être en fonction semblait les protéger.
Avec le précédent de El Béchir, cette
immunité aussi est tombée. On peut donc
comprendre que l'Union africaine se démène
comme elle peut pour retarder l'échéance
à El Béchir. Mais jusqu'où ces Africains
et la Ligue arabe sont- ils prêts à aller
? A notre avis, pas très loin. Le Colonel Kadhafi
est bien placé pour le savoir. Pendant ses longues
années de mise en quarantaine, ils n'étaient
pas nombreux ses pairs africains à avoir bravé
les sanctions onusiennes. Cette fois-ci, il est peu probable
qu'il en soit autrement. On peut penser que les Africains
n'iront pas jusqu'à livrer El Béchir pendant
une visite dans un quelconque pays du continent. Mais
ce ne sera pas plus.
La situation du président soudanais devrait donc
aller en se compliquant surtout si Obama maintient son
hostilité contre lui. Le nouveau président
américain qui semble fléchir la politique
de son pays envers certains pays, jusque-là classés
infréquentables, ne montre pas la même bienveillance
envers les mauvais Africains. Mugabé qui attendait
de lire les sentiments de Obama à son égard
est désormais bien fixé. Le nouvel occupant
de la Maison blanche veut serrer encore plus fort le corset
contre son régime.
Les dernières révélations de la presse
sur les dépenses somptueuses du couple Mugabé,
alors que son peuple meurt de choléra et de famine,
ne sont pas pour ramener Mugabé dans l'estime de
l'homme de "Yes we can". Alors avec le mandat
d'arrêt contre El Béchir, tous les présidents
africains, dans la situation de Mugabé, devraient
sentir passer le boulet.
Les fuites en avant de El Béchir
Aussitôt le mandat d'arrêt contre lui confirmé
par les juges de la CPI, le président soudanais
s'est lancé dans des actes de surenchère.
Il s'en est d'abord pris aux ONG, dont il a ordonné
l'expulsion de treize d'entre elles, dont la besogneuse
MSF. Au même moment, il a réactivé
les milices qui s'opposent au président Déby,
son ennemi traditionnel. On a pu remarquer depuis quelques
jours un mouvement des troupes rebelles à la frontière
entre le Tchad et le Soudan. S'il va tomber, El Béchir
ne voudrait pas que son ennemi intime lui survive. S'il
réussissait cette prouesse, ce serait certainement
la seule chose non totalement répréhensible
qu'il aura fait.
En revanche, sa croisade contre les ONG ne fera que compliquer
sa situation. Médecins Sans Frontière vient
d'expliquer que son départ devrait laisser des
milliers de personnes, enfants et femmes sans prise en
charge sanitaire, dans une région en proue à
un début d'épidémie de méningite.
Le gouvernement soudanais n'a pas les moyens de se substituer
à cette ONG. El Béchir, en agissant de la
sorte, va incontestablement alourdir son passif humain.
Or, il lui est possible, en écoutant les conseils
d'un de ses amis comme Blaise Compaoré, de faire
le profil bas en attendant d'obtenir un sursis hypothétique
au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU.
Et même si ce sursis ne lui était pas accordé
dans l'immédiat, en faisant montre de discernement
en favorisant de toutes ses forces la résolution
de la crise au Darfour, il devrait accumuler des circonstances
atténuantes pour le cas où il se présenterait
devant les juges de la CPI. Cette éventualité
n'est plus à écarter pour lui, même
s'il lui est possible de travailler à retarder
au maximum sa survenue et accumuler d'ici là des
circonstances atténuantes. Le chemin actuel de
la bravade est sans issue.
Globalement, certains Africains semblent considérer
que la CPI fait de l'acharnement contre eux. Mais ce mandat
d'arrêt contre El Béchir est, à bien
réfléchir, un excellent précédent
pour les Africains. Devant la faiblesse ou l'inexistence
de nos justices, le fait de savoir que l'exercice du pouvoir
au plus haut niveau n'est plus totalement une immunité
marque un tournant dans la gouvernance africaine. La CPI
vient de susciter, comme l'avait fait la Baule, un nouvel
espoir pour les Africains. Ceux qui croient que El Béchir
ira dans la surenchère, jusqu'à alourdir
son passif humain, se trompent. Il y a des seuils à
toute chose. S'il s'avisait à franchir ce seuil,
la communauté internationale qui l'a obligé
à accepter la présence onusienne au Darfour
trouvera les moyens de le mettre hors d'état de
nuire. El Béchir ne dispose pas quand même
du droit de vie ou de mort sur les Soudanais. En tout
cas, pour l'immédiat, c'est sa crédibilité
qui a foutu le camp.
Par Newton Ahmed Barry
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