Médias
Non-lieu du dossier Norbert Zongo
Un coup de force indécent

Abdoulaye Barry a réussi son coup de force mais
jusqu'à quand?
Par Abdoul Razac Napon
Le 18 juillet prochain, le dossier Norbert Zongo aura passé
deux ans dans les tiroirs du procureur Abdoulaye Barry. A quelques
jours de ce funeste anniversaire, Mes Halidou Ouédraogo,
ancien président du collectif contre l'impunité
et Bénéwendé Sankara, avocat de la famille
Zongo reviennent sur le dossier pour en souligner son caractère
imprescriptible.
" Il n' y aura pas de lumière sur
cet odieux assassinat sans une volonté politique. Les
mobiles de ce crime étant politiques", soutient
Me Benewendé Sankara avocat de la famille Norbert Zongo.
L'inféodation de la justice burkinabé au pouvoir,
avec tous ces juges acquis, ne laisse aucune chance pour l'aboutissement
du dossier. L'attitude des juges Adama Sagnon et Abdoulaye Barry
durant tout le parcours du dossier ont convaincu les Burkinabè
d'une volonté réelle d'enterrer le dossier. Les
procureurs ont pour mission traditionnelle de défendre
la partie civile en recherchant les coupables estime Benewendé
Sankara. Les deux patrons de la justice ont choisi le contraire,
ce qui est absurde et révoltant fait remarquer l'avocat.
Le dossier se trouve selon les juges au greffe du parquet. Il
sera ouvert en cas de charges nouvelles. Pour l'avocat de la
défense il n'est pas certain que le dossier soit au parquet,
mais plutôt dans un tiroir. On laisse un dossier au parquet
quand on a envie de l'ouvrir. Mais pour le cas de ce dossier,
l'intention est de l'enterrer. Me Halidou Ouédraogo reconnaît
que le juge d'instruction, à un niveau d'une enquête,
peut déclarer un non lieu. Le non lieu intervient quand
le juge n'a pas trouvé d'éléments d'inculpation.
C'est ce qui s'est passé dans le cas du dossier Norbert
Zongo. Le juge d'instruction Wencelas Ilboudo à un moment
donné a estimé qu'il ne pouvait plus poursuivre
l'instruction. Dans ce cas il n'y a que des charges nouvelles
qui peuvent faire rouvrir le dossier. Mais pour un dossier comme
celui -ci, les choses sont plus complexes. C'est pourquoi l'ex
président du collectif invite les Burkinabè à
témoigner. Tous ceux qui ont des éléments
qui peuvent concourir à la réouverture de ce dossier
doivent parler. Il est important d'ôter cette peur qui
hante depuis les Burkinabè pour apporter des éléments
suffisants et confondre tous ceux qui n'ont pas intérêt
à la vérité.
Les charges nouvelles, un alibi pour enterrer
le dossier
Me Benewendé ne voit pas les choses de
la même façon. Les charges nouvelles estime t-il,
il y'en a eu, avec les témoignages après le non
lieu. Moïse Ouédraogo et d'autres personnes ont
témoigné dans les médias. La justice n'a
pas tenu compte de tous ces éléments. En fait
de charges nouvelles elle n'en veut pas. Tous les indices conduisant
aux assassins sont connus a-t-il souligné. Lesquels indices
ont été écartés. Les deux procureurs
ont même refusé de poursuivre X. Ce sont des comportements
qui ne trompent pas sur les intentions cachées.
La partie civile a fait appel du non lieu, mais la cour d'appel
a confirmé l'ordonnance sans mener des enquêtes
indique Halidou Ouédraogo. La justice n'a pas voulu explorer
toutes ces pistes préférant botter en touche,
avec des explications fallacieuses. La volonté du régime
Compaoré d'empêcher que la lumière soit
faite sur l'assassinat du 13 décembre est évidente
dès les premiers moments du crime. Le procureur Dramane
Yaméogo, qui s'est déplacé sur les lieux
avait autorisé l'enlèvement du véhicule
et n'a rien fait pour protéger les lieux. Ce qui s'apparente
à une volonté réelle d'effacer tous les
indices. La commission d'enquête indépendante mise
en place a eu des difficultés pour travailler. Malgré
tous ces blocages, elle a produit des résultats tangibles.
Six suspect sérieux tous du régiment de sécurité
présidentielle furent identifiés. En plus, la
commission d'enquête liait la mort du journaliste à
son travail d'investigation sur la mort de David Ouédraogo,
chauffeur du petit frère du président du Faso.
Ce qui fait dire à l'avocat de la famille de Norbert
Zongo que la commission d'enquête indépendante
a fait un travail laborieux. Tous les éléments
sont là. La justice refuse simplement de les utiliser.
La complexité du dossier Norbert Zongo est à rechercher
selon lui dans les raisons du crime. Le pouvoir n'a pas intérêt
à ce que toute la vérité soit dite conclut
Me Sankara.
Le Collectif des organisations de la société civile
et partis politiques avaient demandé la constitution
d'un collège de juges pour instruire le dossier. La requête
a été rejetée. On a laissé le dossier
entre les mains du seul Wencelas qui a conduit le dossier au
greffe du parquet avec le non lieu constate Benewendé
Sankara. Nous avons demandé le concours du FBI, et du
deuxième Bureau français et même de la commission
internationale des droits de l'homme. Nos propositions ont été
toutes rejetées par le pouvoir souligne Halidou Ouédraogo.
Autant d'éléments qui confirment que le pouvoir
ne veut pas la vérité sur ce dossier.
Me Halidou Ouédraogo ex président du collectif
rejoint son confrère sur les mobiles du crime. C'est
un crime d'Etat, un crime contre l'humanité ont-ils affirmé.
Le journaliste assassiné a été réduit
en seulement 10 kilogrammes de cendres. Ce qui fait dire à
l'ancien président du Collectif que l'acte posé
sur Norbert Zongo s'apparente à un acte génocidaire.
On tue et on élimine toutes les preuves souligne amèrement
Me Halidou Ouédraogo.
Pour l'avocat de la famille, Blaise Compaoré est actuellement
le seul qui peut faire rouvrir le dossier Norbert Zongo en sa
qualité de premier magistrat.
Le dossier n'est pas prescriptible.
Le non lieu, les blocages et les entorses aux
règles du droit constatés ne désarment
cependant pas Halidou Ouédraogo et son confrère.
Ils ont la conviction que le dossier Norbert Zongo sera un jour
jugé : "Le dossier est imprescriptible. Ce n'est
pas le genre de dossier qu'on peut enterrer facilement, il y
a le tribunal pénal international. Le droit à
la vie est le plus important de la charte des droits de l'homme"
avertit Halidou Ouédraogo. "Le dossier Norbert Zongo
sera résolu tôt ou tard à l'échelle
mondiale", ajoute t-il. Benewendé Sankara partage
le même optimisme. "Je travaille toujours sur le
dossier et j'ai espoir que justice sera faite un jour, ce n'est
pas un dossier prescriptible" déclare t-il. Les
commanditaires et les assassins attendent certainement 2016
pour la prescription du dossier, mais ils se trompent. "Le
pouvoir de Blaise Compaoré n'est pas éternel"
fait t-il savoir. Pour le président du pays réel
il y a eu plusieurs républiques et certainement il en
aura encore. Blaise Compaoré ne pourra plus se représenter
en 2015. Il faut donc croire au changement et à l'aboutissement
de ce dossier.
Halidou Ouédraogo n'est pas du tout content du travail
de la presse burkinabè. La presse s'est divisée
sur la question et ceux qui se sont investis ont connu des problèmes.
La recherche de la lumière sur l'assassinat du journaliste
Norbert Zongo est d'abord l'affaire de la presse estime t-il.
"C'est votre confrère qui a été assassiné.
Aujourd'hui c'est Norbert Zongo, demain ça pourrait être
le tour de quelqu'un d'autre", Lâche t-il. "Moi
j'attends le point de la presse" Il attend des journalistes
des investigations sérieuses sur le crime. Son constat
est que la presse internationale s'intéresse plus à
ce dossier que la presse nationale.
Le collectif des organisations de la société civile
et des partis politiques de son avis a conquis des espaces de
liberté au prix de multiples sacrifices. S'il n'existait
pas, il fallait le créer souligne-t-il. Par rapport à
la situation que vit actuellement le collectif, son ancien patron
l'explique par les multiples actions entreprises par le pouvoir
pour le réduire au silence. Les arrestations, les enlèvements,
les intimidations, les lynchages médiatiques, les humiliations
de ses leaders sont entre autres les méthodes utilisées
par le pouvoir. En plus de la machine répressive du pouvoir,
celui-ci a entreprise des actions diplomatiques. Ce qui a permis
au Burkina d'être élu par 180 voix sur 193, membre
du Comité international des droits de l'homme. "On
fait comme s' il n' y avait rien eu" constate Halidou Ouédraogo.
Il n'est pas d'avis avec tous ceux qui chantent cette paix dans
le pays des hommes intègres. Beaucoup d'éléments
le confortent dans sa position. Tout le monde parle de paix
pendant ce temps l'armée tire à balles réelles
sur des étudiants. Le gouvernement n'a pas tiré
leçon des massacres de Sowéto de 1976. Le parlement
adopte des lois anticonstitutionnelles, la loi anti-casseurs.
Le droit à la désobéissance civile est
pourtant inscrit dans la constitution.
Pour Me Sankara, l'essoufflement du collectif se justifie également
par le fait que la lutte n'est plus citoyenne. Il est d'avis
avec ceux qui pensent que le Collectif ne doit pas se résumer
au 13 décembre. Heureusement, constate t-il, partout
des voix s'élèvent chaque fois pour interpeller
les autorités Burkinabè. L'attribution du prix
Galliléo à Blaise Compaoré en Italie, de
même que la décoration du chef d'Etat major particulier
de la sécurité présidentielle ont suscité
de vives protestations en Europe. Ce qui manque, c'est une synergie
d'actions de tous ces mouvements indique t-il