Agents des ex-collectivités
territoriales
Les communes n'en veulent pas

Le Ministre Clément Sawadogo
du MATD
Par Abdoul Razac Napon
Le conseil des ministres, en sa séance du 25 décembre
2007, a autorisé une restructuration administrative et
financière des collectivités territoriales. Selon
le gouvernement, une partie du personnel provincial déjà
redéployé dans les communes rurales sera reversée
dans les structures déconcentrées de l'Etat. Une
décision qui n'est pas du goût des agents qu'elle
exclut. Cette réaction des agents concernés, le
ministre de l'administration territoriale et de la décentralisation
(MATD) la met sur le compte d'une " excitation " sans
fondement.
Avec la communalisation intégrale, le statut
des provinces a changé. Elles sont passées du
statut de collectivités territoriales à celui
de structures déconcentrées de l'Etat. Ainsi,
leur patrimoine a été systématiquement
transféré aux communes à partir de juin
2006. Les ressources de l'Etat concernent le personnel, le préscolaire,
l'enseignement primaire, la santé, la culture, les sports
et loisirs. Cette disposition a eu pour conséquence la
disparition des budgets provinciaux, précédemment
alimentés par les recettes du patrimoine des dites provinces.
La camisole de force
a son pendant
La gestion du personnel des ex-collectivités
que sont les provinces s'est posée. La logique, selon
le ministre de l'Administration territoriale e de la Décentralisation,
Clément Sawadogo, est d'envoyer ce personnel où
les ressources ont été transférées.
Des négociations ont donc été engagées
entre le ministère et les maires des communes rurales,
en particulier, pour repositionner ce personnel en fonction
des capacités de chacune. Ainsi, les agents qui émargeaient
au compte des budgets provinciaux sont envoyés dans les
communes. Certains sont affectés dans les régions
qui sont aussi des collectivités territoriales.
La décision s'explique par le fait que les agents qui
ont un contrat des collectivités soient reversés
dans les nouvelles collectivités. " Les choses ont
été ainsi dans l'histoire de notre pays. Les agents
ont toujours voyagé d'une collectivité à
une autre ", soutient le ministre. De son point de vue,
la loi ne devrait souffrir d'aucune ambiguïté. Il
estime que l'emploi est assis sur un revenu qu'il faut payer
à l'agent et ce revenu est assis sur une ressource. L'agent
migre avec celle-ci.
Mais si au niveau du MATD, la décision répond
à une logique et des objectifs bien précis, sur
le terrain, la perception est tout autre. Il est vrai que le
patrimoine qui alimentait le budget provincial a été
transféré aux communes, mais il n'y a pas eu un
apport substantiel aux budgets communaux. Au niveau de la commune
de Pô par exemple, les charges sont passées de
17 millions à 34 millions. Les frais de fonctionnement
du lycée municipal s'élève à 13
millions et l'Etat ne lui accorde qu'une subvention de 4 millions.
Certaines communes trouvent que leur ministère leur a
imposé du personnel. Elles auraient souhaité recruter
leurs propres agents en fonction de leurs besoins et de leurs
capacités budgétaires. Beaucoup d'agents (surtout
les secrétaires et comptables) envoyés par le
MATD sont sans qualification, incompétents. Ces agents
recrutés par les provinces ne répondent pas au
profil de l'emploi, selon les premiers responsables des communes.
Les mairies seraient obligées de travailler avec ce personnel
dont le niveau est remis en cause. Un choix leur permettrait
de recruter du personnel répondant au profil et à
l'expérience recherchés. Au niveau de certaines
communes urbaines, les maires dénoncent le même
problème. Ils disposent de beaucoup d'agents, mais sans
qualification. " Il ne faudrait pas recruter sur la base
d'affinité, ni de copinage, la question de la formation
est très importante. Il ne faudrait pas des figuratifs
", déclare le maire de Pô, Henri Koubizara.
Sur le sujet, les maires n'en veulent pas au MATD. Les textes
n'étaient pas respectés par certaines mairies
et provinces.
Le ministre Clément Sawadogo demande, à ce sujet,
que chaque responsable sache garder la raison. L'essentiel dans
cette affaire, selon lui, c'est l'intérêt national.
" Les maires se sont dit qu'on leur a fait une camisole
de force. Mais cette camisole de force a aussi son pendant ",
affirme le ministre. Le problème, selon lui, ne devrait
pas se poser parce que ce sont les ressources que l'Etat alloue
qui payent les agents. " S'ils ne veulent pas de ces agents,
je suis prêt à retirer tout le personnel et à
ne plus reverser la subvention de l'Etat. Je ne crois pas qu'il
y'a un maire au Burkina qui peut tenir ", soutient-il.
Si l'Etat met des ressources à la disposition des communes,
c'est parce que celles-ci ont des charges obligatoires.
Les maires n'auront plus de soucis à se faire par rapport
au recrutement de personnel. Le gouvernement a décidé
de ne plus leur envoyer des agents. " C'est fini ",
martèle le ministre. Désormais, chaque commune
peut recruter son personnel. Ce recrutement est tenu néanmoins
de respecter les textes en vigueur, le code du travail et sa
capacité budgétaire. Du côté du ministère,
on sent de l'ingratitude même si on reconnaît qu'il
se trouve du personnel peu qualifié dans les communes.
Ces agents que certains maires jugent incompétents ont
beaucoup apporté aux jeunes communes. Ce sont eux qui
ont assuré des tâches que personne d'autre ne pouvait
assurer, souligne le MATD.
Le redéploiement du personnel des ex-collectivités
a posé également deux problèmes. Il s'agit
des agents qui sont strictement indispensables aux hauts commissariats,
devenus des structures déconcentrées de l'Etat.
Ce sont par exemple le chauffeur, la secrétaire. "
Le mécanisme ne permet pas de recrutement immédiatement
pour remplacer ceux qui sont partis ", indique le ministre.
Certains agents envoyés aux communes n'y ont pas leur
emploi. Ils ne peuvent servir qu'au haut commissariat. Ces deux
problèmes,, selon lui, ont conduit le gouvernement à
autoriser le reversement aux hauts commissariats de ces agents
inadéquats aux communes. Leur salaire sera pris en charge
par l'Etat.
A titre provisoire, il y a eu des arrangements avec les maires.
Un arrangement pour le ministre qui ne pouvait pas durer. La
recherche d'une solution définitive pouvait régler
la question. Ce qui a abouti à la décision du
conseil des ministres.
Reverser ne signifie
pas fonctionnariser
Le
maire de Pô veut un prsonnel qualifié
Mais si cette décision du conseil est venue soulager
les communes et aplanir certaines divergences, elle ne fait
pas l'unanimité. Les agents exclus par la mesure expriment
déjà leur mécontentement. "Autant
un agent de liaison et manoeuvre peuvent être reversés
dans la fonction publique, autant un comptable, un secrétaire
utiles à une commune peuvent être reversés
dans la fonction publique ", fait savoir un ex-comptable
provincial. Les agents ont vite vu dans la décision gouvernementale
une intégration à la Fonction publique. Pour le
ministère de l'administration, ces agents n'ont rien
compris à la mesure et n'ont pas cherché à
comprendre. "Il s'agit dans le cas d'espèce d'incompréhension
et de sous information", déplore le ministre clément
Sawadogo.
Le conseil des ministres a parlé pour sa part d'un reversement
dans les structures déconcentrées de l'Etat, les
agents mécontents parlent en revanche de reversement
dans la Fonction publique. Pour le gouvernement, le reversement
de certains agents dans les structures déconcentrées
de l'Etat ne signifie pas qu'ils seront intégrés
à la Fonction publique. " Nous n'avons jamais dit
que nous allons fonctionnariser ces agents ", avertit le
ministre en charge de l'Administration. Il ne s'agit pas d'une
reconversion de contrat des agents concernés par la mesure.
Selon le premier responsable du MATD, le gouvernement ne s'est
pas encore prononcé sur leur statut. L'objectif, c'est
l'utilité de l'employé. Le changement se trouve
uniquement au niveau de la destination de l'agent. Ce n'est
qu'un simple retour dans leur service d'origine pour se rendre
utiles et alléger les efforts budgétaires des
communes. La formule de gestion de ce personnel à reverser
n'est pas encore à l'ordre du jour au niveau du gouvernement.
Toutefois, si ces agents devraient être intégrés
dans la Fonction publique, le ministre ne voit pas d'avantages
particuliers. La seule différence est au niveau des régimes
de sécurité sociale. Des travailleurs des collectivités
territoriales n'avaient pas accès à la caisse.
Un fait qu'il met sur le compte d'un héritage ancien
de mode de gestion. "Ces problèmes seront bientôt
résolus avec les textes qui ont été adoptés
portant régime juridique des emplois et des agents des
collectivités ", fera-t-il remarquer. S'il y a des
avantages particuliers, c'est du côté des collectivités
qu'il faut voir.
Le MATD regrette cette réaction de la part des gens qui
connaissent la notion d'administré. Il estime que la
sagesse voudrait qu'ils cherchent à comprendre le contenu
de la décision au lieu de l'apprécier sur la base
des rumeurs.