Agriculture
OGM: Un espoir pour les uns et des déboires
pour les autres

Les caravaniers disent non aux OGM
Par Abdoul Razac Napon
Les défenseurs et les farouches opposants
à l'utilisation des organismes génétiquement
modifiés en Afrique ont relancé le débat
sur les enjeux de cette biotechnologie. Pour les premiers, les
OGM constituent un espoir pour l'agriculture. Pour les seconds,
c'est une recolonisation du continent qui se profile à
l'horizon à travers ces OGM. Le 19 et le 20 février
chacun des camps a tenté de convaincre l'opinion publique.
Simple coïncidence ou un défi ? Au moment où
les caravaniers du Copagen battaient le pavé pour exprimer
leur opposition à l'introduction des OGM dans l'agriculture
africaine, le gouvernement annonçait le démarrage
de la culture industrielle du coton transgénique au Burkina.
Cependant, cette décision des autorités n'a pas
entamé la détermination des caravaniers venus
de plusieurs pays de l'Afrique de l'Ouest. Le sujet divise la
communauté scientifique africaine. Le professeur Jean
Didier Zongo de l'université de Ouagadougou est membre
du bureau exécutif du Copagen (la Coalition des organisations
de la société pour la protection du patrimoine
génétique). Tout comme, lui Jeanne Zoundji Hekpon
du Benin pense que les OGM ne sont pas une solution aux problèmes
de l'agriculture africaine. Ils ont clarifié cette position
au cours d'une conférence de presse tenue le 20 février
dernier. C'était au Centre national de presse Norbert
Zongo à Ouagadougou. Pour eux, les pays africains sont
entrain de prendre d'énormes risques en adoptant les
plantes transgéniques. "Ceux qui encouragent l'introduction
des OGM s'intéressent aux seuls avantages financiers
qu'ils peuvent en tirer. Ce sont des scientifiques qui courent
après les financements et ils sont malheureusement les
plus nombreux .Les autres, plus circonspects, sont peu nombreux"
avouent les conférenciers.
Les OGM au chevet du coton
Par contre, le professeur Alassane Séré
(président de Bukina Biotech Association) et le gouvernement
ont une autre perception des OGM. Lors d'une conférence
de presse tenue la veille, le ministre délégué
en charge de l'Enseignement technique et professionnel a affirmé
que les OGM permettent une augmentation des rendements et sont
un moyen de lutte contre la pauvreté. Maxime Somé
a en outre indiqué que l'avenir du coton burkinabè
réside dans la culture du coton transgénique.
Quant au professeur Alassane Séré, il a invité
l'opinion publique à ne pas écouter "les
marchands de rêves". Il pense qu'il faut faire confiance
à nos chercheurs. Les pro-OGM énumèrent
plusieurs avantages liés à l'utilisation de cette
biotechnologie : gain de temps liés à la question
de désherbage, réduction du coût de désherbage,
amélioration des rendement et des revenus des producteurs.
La COPAGEN soutient le contraire. Pour cette coalition, les
OGM n'ont jamais eu d'effet sur les rendements. Il estime qu'il
existe suffisamment de raisons pour rejeter les plantes génétiquement
modifiées. Dans leur document intitulé "les
OGM en Afrique, comprendre pour mieux agir", les anti-OGM
en Afrique ne trouvent pas de justification autres que celle
pécuniaire à la position des pro-OGM : "Le
coton Bt présente un intérêt immédiat.
Elle nécessite moins de pesticides. Ceux-ci coûtent
cher et restent un danger pour les hommes et les animaux. Après
un certain temps, les insectes ciblés résistent.
Autre conséquence, une fois que les insectes ciblés
sont tués d'autres insectes insignifiants peuvent se
multiplier et devenir des ravageurs. Le paysan est toujours
obligé de recourir aux pesticides pour contrôler
les insectes non ciblés par la toxine du coton."
indiquent-ils. De plus, souligne Jeanne Zoundji Hekpo. la culture
du coton Bt pose une question d'éthique. La modification
des gènes se faisait à l'intérieur d'une
même espèce. Mais aujourd'hui, le croisement se
fait entre des espèces différentes. Une plante
de tomate peut être améliorée par des gènes
de porc déclare la Copagen. Pour le cas du coton Bt c'est
une bactérie du sol qui a été transplanté
dans le coton.
Une biotechnologie
au service des populations
Le Copagen appelle donc les populations à
la vigilance et les différents gouvernements au principe
de précaution. Les pays africains, pour la coalition,
ne doivent pas aller loin tant que l'absence de risque sur la
santé et sur l'environnement n'est pas clairement établie
par des études indépendantes et approfondies.
La Copagen propose également un moratoire sur la commercialisation
des cultures génétiquement modifiées :
le temps nécessaire pour maîtriser tous les enjeux
socio-économique, environnementale et agronomique. La
prudence est utile et nécessaire au regard des dangers
que présente cette biotechnologie. Les OGM constituent
une menace pour les valeurs culturelles. Il est impossible pour
les paysans de conserver et d'échanger les semences.
Les technologies Terminator et Traitor rendent toute reproduction
des plantes stérile. La tomate ou le sorgho récoltés
par exemple ne pourra plus se reproduire.
Ce qui entraîne inéluctablement une dépendance
semencière. Chaque année le paysan doit s'approvisionner
auprès des multinationales. Les grandes puissances et
les institutions internationale selon Jeanne mettent actuellement
la pression sur l'OMC pour que le moratoire sur Terminator soit
levé.

La destruction de la biodiversité, la non co-existence
entre culture OGM et culture non OGM du fait de la migration
des pollens, le recours aux produits chimiques sont des éléments
qui menacent non seulement celle-ci, mais surtout la santé
et la vie des producteurs. Accepter les OGM, c'est livrer les
producteurs mains et pieds liés aux firmes semencières
occidentales, soutiennent les opposants aux plantes transgéniques.
Ces grosses firmes ne sont pas là, selon les conférenciers,
pour rien. Si elles injectent énormément d'argent
c'est parce qu'il y'a un gros profit derrière. "Les
multinationales détiennent les 100% de brevets qui sont
utilisés pour bloquer les recherches qui ne conviendront
pas à leurs intérêts. Les agriculteurs payent
chaque année de royalties sur les semences, et en leur
rendant dépendants à jamais des intrants chimiques."
L'arme alimentaire étant la plus redoutable, la Copagen
se dit prête à empêcher la concrétisation
du rêve des puissances occidentales en Afrique.
Sa présidente Bernadette Ouattara est pour une biotechnologie
saine juste et équitable. L'organisation, indiquent ses
responsables, n'est pas contre la biotechnologie, mais il faut
savoir la choisir. Les causes de la pauvreté sont ailleurs.
La caravane qui regroupe plusieurs pays dont le Mali, le Sénégal,
le Benin, la Guinée, le Burkina et le Niger va sillonner
du 16 au 24 février plusieurs villes du Burkina. L'objectif
pour ses initiateurs est de porter aux populations, aux élus
et aux autorités des informations justes sur les OGM.
Ces caravaniers qui vont parcourir une bonne partie du Burkina
feront comprendre les dangers liés aux plantes transgéniques.
Il espèrent à travers cette campagne d'information
allier la population aux idées qu'ils défendent.
Pour le professeur Jean Didier Zongo, l'essentiel est de permettre
aux peuples africains de prendre les décisions en toute
conscience et en connaissance de cause. Les populations et la
société civile ne sont pas généralement
associées aux prises de décisions, a-t-il martelé.
Il est temps disent les caravaniers que les autorités
tiennent compte de l'opinion publique. Un caravanier dira à
ce propos que : "Si nous les avons élus, c'est pour
défendre notre cause". Le professeur est revenu
également sur les premiers essais du coton Bt au Burkina
Faso. Ces essais se seraient déroulés dans la
plus grande discrétion, n'eût été
la Ligue des consommateurs qui a interpellé les autorités
du Burkina lors d'une rencontre avec Monsanto.
A Ouagadougou, la coalition a remis une déclaration au
gouvernement. Une déclaration qui invite le gouvernement
à la prudence et à surseoir à toute idée
d'aller vers les OGM.
Mais si à Ouagadougou les organisateurs ont pu mener
leurs activités, ça n'a pas été
le cas à Bobo-Dioulasso et Houndé. Dans ces deux
villes, les autorités locales ont réclamé
une autorisation de manifestation. Une attitude que la Copagen
trouve injustifiable. Les autorisations, selon la présidente
ont été déposées depuis le mois
de décembre