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Pour la deuxième fois en moins de six mois,
les pensionnaires de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (
MACO), ont tenté de s'évader. Si le projet avait surpris les autorités
pénitentiaires en septembre dernier, lors de la première tentative,
il semble que pour cette deuxième fois, elles n'étaient pas totalement
ignorantes du projet. Pourquoi n'ont-elles rien fait ? Par
Newton A. Barry | Les riverains de la Maison
d'arrêt ont été réveillés très tôt
ce matin du mercredi 19 janvier 2005 par des tirs nourris de mitraillettes et
les cris de supplication de personnes qui, vraisemblablement, étaient mises
en joue. Une riveraine dit avoir entendu quelqu'un crier, en mooré : "Ne
me tuez pas ! ne me tuez pas
", puis une détonation d'une arme
automatique. Après, elle n'a plus entendu l'homme crier. Ce qui lui fait
dire que le nombre de tués dans cette tentative d'évasion est probablement
supérieur aux deux morts annoncés officiellement. Une autre version
recueillie au sein même de la MACO affirme que les deux victimes sont tombées
à l'intérieur de la prison suite aux tirs par mitraillette d'un
garde pénitencier, qui se nommerait Alassane Djipo. Le chef de poste du
jour s'appellerait Boureima Nikiema. Elles ne sont pas mortes sur le coup : "
On aurait pu les sauver, si les gardes avaient écouté les demandes
pressantes en ce sens et les avaient fait transporter à l'infirmerie ",
ajoute par ailleurs notre source. Nos premières informations parlaient
d'un certain Diéndéré, un garde pénitencier. Nous
avons demandé au service pénitencier, s'il existait un garde de
ce nom. Il nous a été répondu non. Nos investigations ultérieures
nous ont permis d'identifier l'agent et son chef de poste. Il s'agirait donc de
Alassane Djipo. L'évasion par le menu Selon notre source,
la présente tentative d'évasion serait l'uvre d'un groupe
des évadés et repris de septembre dernier. Assez déterminé,
ce groupe avait l'intention au départ de provoquer un grand incendie qui
aurait pu détruire complètement le bâtiment central à
niveaux de la MACO. Le groupe envisageait de mettre le feu au magasin de la prison,
situé au niveau inférieur du bâtiment. L'information bien
gardée aurait été trahie par un des conspirateurs effrayé
par l'ampleur des destructions prévisibles. Pris de remords, mais ne
voulant pas vendre ses compagnons, il chercha parmi les détenus quelqu'un
qui pouvait s'opposer au projet criminel sans dire mot à l'administration.
Il chercha et finit par trouver un. Ce dernier, dont nous taisons volontiers le
nom, est à la MACO, il y a moins d'un an. Informé, celui-ci se met
immédiatement à l'uvre. L'entreprise projetée est extrêmement
grave. Si le feu est mis au magasin, c'est tout l'édifice qui va s'écrouler.
Il entreprend donc de dissuader les conspirateurs. Ceux-ci l'écoutent mais
ne renoncent pas complètement. Au lieu de l'incendie du magasin, ils provoqueront
des courts-circuits dans les étages supérieurs. C'est ce qu'ils
ont fait effectivement. Interrogé, le service pénitencier, "sous
réserve d'une vérification approfondie", a reconnu que c'est
au troisième étage que les courts-circuits ont été
provoqués à divers endroits " là où les fils
électriques se croisent ". L'administration qui attend les résultats
d'une investigation en cours croit savoir qu' " ils ont glissé des
bidons de pétrole, en ces endroits pour provoquer les incendies ".
Pour en revenir à notre récit, le prisonnier, personne ressource,
ne réussit pas donc à faire abandonner totalement le projet. Devant
la gravité de la situation, il décida d'informer l'administration
de la prison. Le jour et l'heure étant connus, il s'attendait à
ce qu'un dispositif soit mis en place pour dissuader tout passage à l'acte.
A son grand étonnement, confiera-t-il, rien n'a été fait
: " Toute la nuit, ce jour-là, je suis descendu fréquemment
pour voir si le dispositif de dissuasion était en place. Je n'ai rien vu.
Et puis, un moment, je me suis assoupi. C'est le bruit de l'explosion qui m'a
réveillé ". Réveillé en sursaut, il court vers
la grille d'entrée où l'avait précédé une foule
de détenus qui voulait la faire céder. En face, les gardes pénitenciers
avaient déjà commencé à ouvrir le feu pour contenir
la foule. Le prisonnier, personne ressource, crie le nom d'un d'entre eux, notamment
le Alassane Djipo et à force d'insister, obtient de lui qu'il aille couper
le compteur d'électricité. Après quoi, avec les moyens de
bord, ils réussiront à maîtriser les incendies. Nous avons
joint l'administration pour vérifier ces informations. Elle nous a dit
ne pas connaître l'identité du garde pénitencier qui est allé
couper le courant. Elle dit aussi n'avoir pas été informé
du projet, même si en de semblables situations, les informations de ce genre
dite " informations périphériques " sont recoupées. Y
aurait-il un mobile caché ? L'administration dit n'avoir pas
été tenue au courant du projet. C'est possible. A moins qu'il n'y
ait eu rétention de l'information quelque part. Ce qui n'est pas à
exclure, tant la MACO, depuis ces dernières années est devenue objet
de convoitises des hautes instances du pouvoir politique en raison de la qualité
de certains détenus. La fréquence avec laquelle les évasions
se réalisent en ce lieu commence à inquiéter sérieusement.
En moins de six mois, deux tentatives. C'est un peu trop pour ne pas dire inhabituel,
pour un service pénitencier, certes surpeuplé, mais qui jusque-là,
était relativement sous contrôle. Alors, y aurait-il un dessein
inavoué que l'on voudrait assouvir en profitant d'une évasion tolérée,
pour ne pas dire suscitée ? Certains ne sont pas loin de le penser. Et
de faire remarquer que ces actes se produisent au moment où les Naon et
autre Ouali sont enfermés là- bas. Ces détenus politiques
embarrassent à bien des égards le pouvoir, comme on le sait. Surtout
quand un Naon avait annoncé au cours de son procès que " demain,
s'il y avait un coup d'Etat contre ce régime, je serais partant ".
Faire le rapprochement entre cette déclaration et les desseins que nous
avons décrits plus haut est peut-être un raccourci malsain. C'est
possible. Mais comment ne pas y penser ? Surtout après cette rumeur que
l'on avait fait courir auprès des familles des détenus du procès
du putsch, que la volonté du pouvoir était d'amnistier les condamnés
en 2005. Seulement, il y avait le cas Naon à régler avant. L'intéressé
lui-même commence à y croire d'autant plus que ces derniers temps,
malgré son état de santé défaillant, certains parlent
même d'un empoisonnement raté, il a du mal à aller se soigner
et à voir son médecin. Comme nous l'annoncions dans notre numéro
précédent, Naon a été admis d'urgence à la
veille de la Saint Sylvestre à Yalgado, pour des problèmes gastriques.
C'est le Dr Bidima, son médecin traitant, qui l'avait consulté.
Depuis lors, les deux ne se seraient plus revus, malgré l'insistance du
médecin à revoir son patient. Grâce
ou pas grâce ? A la fin du procès en avril dernier,
les avocats des condamnés (Naon, Ouali, Bayoulou, Bassolet) avaient formulé
un pourvoi en cassation. Cette requête est toujours pendante. Les délais
en justice sont connus pour être particulièrement longs. Même
si, comme on dit, en fonction que vous êtes riche ou pauvre, la justice
ne sera pas la même pour vous. Ce pourvoi est donc pendant et au même
moment des rumeurs font état d'une requête de grâce formulée
auprès du chef de l'Etat. Dans les normes, la grâce présidentielle
survient lorsque toutes les voies de recours ont été épuisées.
S'il y a demande de grâce effectivement, cela voudrait dire que les condamnés
ont retiré le pourvoi. Sinon, on ne comprendrait pas. De toute façon,
en bon prince, le président Blaise Compaoré devra montrer au moins
une fois qu'il est magnanime. Et cette année 2005 est propice pour de semblables
actions. Soit avant la présidentielle, soit après. Avant ou après,
c'est en fonction du message qu'il voudra faire passer. Mais certains le tiennent
pour acquis, il le fera. |
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