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SAPOUY
AN V!
[Le collectif avec ses Norbert sous les bras]
[Dori, un 13 décembre]
Le Collectif
avec ses Norbert sous les bras
En cette matinée froide du 13 décembre,
les militants du Collectif, parents, amis et connaissances de Norbert
et des autres suppliciés de Sapouy ont obéi au désormais
sacremental rendez-vous du cimetière de Gounghin. Il partagent
l'assertion de Reporters sans frontière (RSF) : "Non contents
d'avoir tué le journaliste Norbert Zongo, ses assassins voudraient
en plus qu'on l'oublie." Mais eux n'entendent pas oublier. Pour
Alain, étudiant en Histoire : "Il y a comme une malédiction
dans cette affaire. A chaque fois que les commanditaires croient que
c'est gagné, elle rebondit. Ils doivent comprendre qu'on ne peut
pas tuer des hommes et les brûler impunément." Salifou,
enseignant dans un lycée de la place, se met désormais
à croire à la prédiction du président du
Collectif, Halidou Ouédraogo, quand celui-ci disait en 1999 à
la Bourse du Travail : " Ils ont réduit Norbert à
5 kilos mais ils ont créé une bombe de 500 mégatonnes
qui les emportera." Les militants du "pays réel"
croient fermement que le crime du 13 décembre 1998 ne restera
pas impuni. Après le dépôt des gerbes de fleurs,
chacun y va de son petit commentaire sur les possibles développements
du dossier Zongo. " Avec les révélations du sergent
Naon parus dans le journal L'Evénement, il y a espoir que le
juge se décide enfin à aller de l'avant. ", se met
à espérer Karim, agent de l'Action sociale. Son interlocuteur
va plus loin : "Si le dossier n'évolue pas positivement,
il faudrait considérer le juge Ilboudo comme juge suspect."
Le soir, au rond-point des Nations Unies, point de chute de la marche
organisée malgré les obstacles administratifs, le Collectif
a remis sa plate-forme au conseiller du ministre de la Justice. "Réforme
de l'institution judiciaire, lumière sur les dossiers pendants,
châtiments contre les assassins." Sinon, "nous userons
d'autres voies légales pour obtenir satisfaction." Entre
autres voies de recours, Le Collectif entend saisir la Commission des
droits de l'Homme des Nations Unies. Les manifestants ont par la suite
emprunté l'avenue Kwamé N'krumah, longé l'avenue
Houari Boumedienne pour aboutir à l'avenue Bassawarga en criant
leurs slogans " Norbert Zongo : vérité et justice"
"Thomas Sankara : vérité et justice" "
vérité et et justice pour toutes les victimes du régime
Compaoré". Cette année, un nouveau slogan s'est invité
; on pouvait le lire également sur les pancartes : "Libérer
Norbert." Il s'agit du leader du Front des Forces sociales, arrêté
depuis le 20 octobre dernier dans le présumé putsch. Un
manifestant dit se rappeler des même slogans après le 17
mai 1983 lors l'arrestation de Thomas Sankara et de Jean Baptiste Lingani.
Les étudiants, dit-il, avaient exigé leur libération
sur ce même ton.
Merneptah Noufou Zougmoré
| Dori,
un 13 décembre
La principale ville peuhl du Burkina Faso, à 260 km au
nord de la capitale, a accompli aussi son rite du 13 décembre.
Le nom de Norbert Zongo a résonné en écho
sur les maisons en pise qui bordent la principale artère
par laquelle on entre dans Dori quand on vient de Ouagadougou.
Ç'a duré le temps de traire une vache, mais c'était
symbolique pour qui connaît l'histoire de cette contrée.
"C'est quoi ça encore ? ", fulmine un motocycliste
qui s'est retrouvé nez à nez avec le cortège
des marcheurs, juste à la hauteur de la grande mosquée
de Dori. " Quoi ? Tu ne sais pas que c'est le 13 décembre
aujourd'hui ? " Lui répond un marcheur enthousiaste.
Notre motocycliste qui affichait ostensiblement son appartenance
politique, de renchérir : "Qu'ils nous foutent la
paix, oui. Moi mon père est mort ici, mais personne n'est
sorti marcher pour lui." C'est oublier qu'il était
dans la contrée de la mal cause. Juste à côté
de lui, sans même se retourner le regarder, un spectateur,
certainement un militant du Collectif, lui assène sèchement
: " Ton père a vécu, comme on le dit en peuhl
: " wuri nanaaka, mayi maji ", traduction littérale
" ton père est mort comme il a vécu, dans l'indifférence
". Comme Dori est trop petit, ils se savent tous. L'autre
est reparti par le six mètres par lequel il était
venu, sans rien dire de plus. Le petit monde des marcheurs a pris
ses aises sur la principale route de Dori, allant au pas de caméléon,
sous les mélodies de la chanson hommage de Alpha Blondy
: " Mon ami Zongo " chantée en kara oké.
La marche s'est terminée par un meeting à la place
du marché au tour du rond point, le seul de Dori. Le Collectif
de Dori, c'est essentiellement les organisations de la société
civile et des élèves. Les barons des partis de l'opposition,
qui sont pourtant membres du Collectif national, n'étaient
pas de la marche. Dori compte cependant un député
de l'opposition, celui du PAI, aile Philippe Ouédraogo
notamment.
Vraisemblablement, le Collectif de Dori est le plus actif de la
région. Un des marcheurs dit venir de Gorom parce que là-bas
le Collectif est miné par des notables qui ont noyauté
le MBDHP (mouvement Burkinabè des droits de l'Homme et
des peuples) : " Nous en avons parlé aux gens de Ouagadougou
en vain", conclut t-il, amère. n
NAB
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