Par Abdoul Razac
Napon
Le 29 décembre dernier, des organisations
de défense des droits humains du Burkina s'étaient retrouvées
pour mieux organiser le combat de la promotion des droits humains.
Cette initiative est une réponse à la politique actuelle
de lutte contre le grand banditisme qui enregistre des atteintes graves
aux droits humains.
Onze corps ont été découverts par
le Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples
(MBDHP) en décembre 2008 dans la région de l'Est. Cette
"opération de nettoyage" avait été
organisée pour permettre le bon déroulement de la célébration
du 11 Décembre à Fada, la fête nationale. Dans
la même année, des personnes interpellées par
les éléments de la police sont jusque là introuvables.
Leurs familles, malgré de multiples recherches, sont toujours
sans nouvelle. C'est notamment les cas respectivement de Nikiema Drissa
et Compaoré Souleymane arrêtés en octobre et de
Inoussa Roamba et Emmanuel Sawadogo arrêtés tous par
le Service Régional de Police judiciaire (SRPJ). Les familles
attendent toujours des explications. La famille Roamba s'est attachée
les services d'un avocat pour élucider cette affaire. Ces arrestations,
disparitions et exécutions extrajudiciaires se sont poursuivies
en 2009. En décembre 2009, les corps de jeunes personnes ont
été découverts sur la route de Léo. Mamadou
Bakayoko, chauffeur de taxi a été lui aussi abattu par
les éléments de la gendarmerie de Paspanga. Son taxi
saisi est toujours aux mains de la gendarmerie et la famille ne s'est
plus à qui s'adresser. Le commandant de Brigade de la gendarmerie
de Bogodogo a longtemps fait balader la famille puis a coupé
les contacts. Le MBDHP affirme que certains prévenus sont enlevés
des commissariats de police, des postes de gendarmerie et des prisons
et abattus par les forces de sécurité au nom de la lutte
contre le grand banditisme.
Ces quelques faits qui ne sont pas exhaustifs, après les 106
corps répertoriés en 2002, témoignent des atteintes
graves aux droits des personnes. Ces exécutions sont une remise
en cause du premier droit de l'homme qui est le droit à la
vie, reconnu par la constitution du Burkina.
SRPJ de Ouagadougou,
un centre de torture
Pour les spécialistes du droit, les droits de
l'homme sont très peu respectés par les forces de sécurité.
Ce qui se passe dans les commissariats et gendarmerie n'a rien à
voir avec les procédures normales. Les entorses à la
loi et aux procédures pénales sont constatées
dès le départ. Selon Me Batibié Benao, avocat
à la Cour, l'interpellation intervient pour les flagrants délits
ou délits flagrants pour les besoins d'enquête en renseignement
judiciaire. L'officier de police judiciaire doit avoir en sa possession
des indices ou éléments matériels graves et concordants
tendant à établir des faits prévus et punis par
la loi. Dans ce cas aussi, il ne suffit pas de l'affirmer, il faut
le prouver par des faits vérifiables. Il constate avec regret
que la pratique est tout autre. "Les policiers ont souvent du
mal à se conformer à des dispositions légales
qu'ils trouvent trop formalistes et restrictives de leur champ d'action.
Ainsi sur la base de simple soupçon, une procédure de
flagrant délit peut être exécuté sur un
innocent".
Ce que confirme un officier de police: "En général,
pour interpeller un suspect, il faut informer le procureur, mais cela
est long. Nous mettons alors tout sur le flagrant délit pour
faciliter les choses", ce justifie-t-il.
C'est le cas également des gardes à vue. A ce niveau,
les OPJ outrepassent largement leurs prérogatives. La loi prévoit
72 h pour la garde à vue avec une possibilité de prolongement
de 48 h. Pour le grand banditisme, le délai est d'au maximum
15 jours. La pratique est cependant subjective. C'est l'OPJ qui applique
sa loi. Les agents profitent de l'ignorance des populations, de l'impunité
dont ils jouissent pour abuser des faibles. La plupart du temps, c'est
le côté militaire qui prédomine.
A la gendarmerie nationale de Ouagadougou, Idogo Nitin David, arrêté
le 11 novembre 2008, a été gardé pendant 5 mois.
A son épouse, à ses proches et au MBDHP, la gendarmerie
niera en bloc l'avoir détenu avant de le déférer
à la MACO. A la SPRJ de Wemtenga, N.M affirme qu'il y a séjourné
pendant deux semaines. Il a perdu son boulot après sa libération.
Il a été suspecté de vol par ses voisins. Tous
les deux ont été arrêtés sur la base de
simples soupçons. Une pratique que l'avocat trouve dangereuse.
Ce comportement ne l'étonne pas non plus. Il affirme que chaque
OPJ a son réseau d'indicateurs recrutés parmi les cafetiers
et les truands, les proxénètes, des garçons de
bar, des prostitués etc. Des innocents ont ainsi perdu la vie
sur la base de simples soupçons. Le président du MBDHP
a déclaré qu'un jeune mécanicien de Pouytenga
a été enlevé et exécuté par des
forces de sécurité dans la lutte contre le grand banditisme.
Ce paisible citoyen a été accusé par un de ces
concurrents.
Les populations n'en font plus une préoccupation car c'est
une pratique courante. Des jeunes interrogés affirment que
c'est le contraire qui aurait étonné. La loi c'est pour
les forts.
Ces gardes à vue arbitraires et illégales ne sont pas
les plus redoutées par les interpellés, mais plutôt
les actes de tortures. Les commissariats de police et les casernes
de gendarmerie sont toujours réfractaires à l'évolution
A la SPRJ de Wentenga, la torture pour obtenir des aveux est qualifiée
par ses auteurs de "méthode musclée". En vérité,
constate le MBDHP, cette méthode n'est rien d'autre que des
traitements inhumains et dégradants. C'est ainsi que le sieur
Idogo y a été longuement torturé. Un autre est
sorti de ce commissariat, avec des brûlures sur les pieds et
le corps. Tous ceux qui y ont séjourné sont sortis avec
des séquelles. Pourtant, la loi contre la torture a été
adoptée par l'Assemblée nationale et promulguée
par le président du Faso en 1998. Cette loi condamne tout recours
à la torture physique, à l'intimidation, à des
pressions diverses pour obtenir des aveux. Si cela arrivait, les procès
verbaux sont considérés comme nuls. "Cependant,
ce n'est pas le cas, 80% de ceux qui arrivent à l'audience
ont été déjà torturés à
l'enquête préliminaire", affirme Me Batibié
Benao.
Les cas de tortures pratiquées dans les commissariats et gendarmeries
sont entre autres, les stations débout prolongées, les
longues stations assises, la faim, la privation de sommeil au cours
de la nuit, le passage à tabac (très courant), le recours
à l'électricité et des interrogatoires taillées
sur mesure. Ce qui lui fait dire que les OPJ ont plutôt privilégié
le côté militaire de leur formation que d'officier judiciaire.
Dans un pays qui prétend être un modèle de droit,
il est difficile de comprendre la tolérance, sinon le soutien
dont bénéficient les auteurs de ces pratiques inhumaines.
Chrizogone
Zougmoré, Président du MBDHP
Pour les organisations de défense des droits humains, la loi
portant répression du grand banditisme est attentatoire aux
libertés individuelles. L'article 09 de la loi stipule qu'en
"cas d'absolue nécessité" les officiers ou
agents de police judiciaire peuvent faire usage de leurs armes pour
se defendre ou pour neutraliser le délinquant. Il ne s'agit
plus de légitime défense bien définie, mais "d'absolue
nécessité" imprécis. Me Benao la qualifie
simplement de loi pour tuer, c'est la légalisation des exécutions
extrajudiciaires. Sur le plan judiciaire, cette loi est une remise
en cause des dispositions procédurales pénales classiques,
soutient-il. Elle autorise les tribunaux de grande instance (TGI)
à juger les affaires de crime. Ces tribunaux sont plutôt
habilités à connaître des dossiers de délits
et de contraventions. Les dossiers de crime relevaient seulement de
la Cour d'assises qui a compétence pour les juger. "Dans
aucun pays au monde, cette nouvelle disposition n'est appliquée".
C'est pourquoi l'avocat parle d'un recul grave et dangereux.
Les TGI n'ont pas les compétences et les procès verbaux
des OPJ servent de base de jugement. Des procès verbaux dont
la crédibilité n'est pas garantie quand les interrogatoires
sont musclés, les aveux obtenus sous la torture, des enquêtes
préliminaires mal conduites. Le risque est grand. Et comment
ne pas s'inquiéter quand la loi elle-même inverse la
charge de la preuve ? La loi autorise seulement le prévenu
à s'attacher les services d'un conseil. A la Cour d'assises
par contre, le prévenu est obligatoirement assisté par
un avocat. Les enquêtes préliminaires, l'instruction
du dossier, l'enquête de personnalité et toutes les procédures
pour établir la vérité permettent dans ce cas
un procès juste.
Les organisations de défense de droit de l'homme qualifie la
"loi 017-2009 de foncièrement repressive et qui met à
mal la présomption d'innocence et la protection de la vie privée".
| Témoignage
L'article 3 de la loi est équivoque
de par sa définition d'actes de grand banditisme. Il
stipule que "les actes de banditisme s'entendent des vols
caractérisés par l'usage d'armes quelconques,
de toutes formes de violences sur les personnes ou de tout autres
procédés mécaniques ou chimiques".
Les stylos même sont une arme et les violences sont diverses.
Il y a les violences morales, verbales etc. Vous voyez donc
que cette imprécision est dangereuse. Toute personne
peut tomber sous le coup de la loi.
L'article 6, lui, stipule que l'officier de police peut se transporter
sans désemparer au domicile des personnes qui paraissent
avoir participé au crime pour y procéder à
une perquisition à tout moment de la journée,
le jour comme la nuit.
Un procureur et un avocat ont failli perdre la vie. L'avocat
dormait paisiblement lorsque des forces de sécurité
sont venues frapper à la porte à 03 h du matin.
C'est une arme qu'il a reçue à la tempe lorsqu'il
a ouvert sa porte. Ils ont demandé de le suivre. Les
policiers étaient en compagnie d'un monsieur qu'il n'a
jamais vu. Ils ont demandé à ce dernier s'il connaissait
l'avocat et ce dernier a répondu par la négative.
Malgré cela, ils ont insisté pour embarquer le
pauvre avocat qui ne comprenait pas ce qui l'arrivait. Son voisin
procureur, réveillé par les bruits, accouru à
son secours. Il a fallu qu'il décline son identité
pour que le magistrat et son ami avocat malheureux aient la
vie sauve. On aurait pu les embarquer et les tuer. C'est pourquoi
on dit que l'article 6 est dangereux. Il semble qu'une attaque
armée avait été perpétrée
vers Banfora, sept mois auparavant. Un des coupeurs a été
appréhendé et utilisé comme indicateur
pour retrouver ses camarades. Mais ces derniers avaient déménagé.
B.B
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