|
|
DOSSIER
3 -
Médiation
------------
L'année 2010 s'annonce décisive pour l'aboutissement
des trois médiations du président burkinabè.
Dans les trois pays où il est impliqué, cette année
devrait être l'épilogue avec les présidentielles
qui doivent s'y tenir.
Au Togo, finalement la providence devrait simplifier les choses à
Blaise Compaoré. L'opposant historique, Gilchrist Olympio,
selon un scénario abracadabrantesque, s'est fracturé
le dos à quelques jours de son retour à Lomé
pour se soumettre à la visite médicale obligatoire indispensable
pour boucler son dossier de candidature. A cause de cet accident providentiel,
il n'a pas pu quitter les Etats-Unis où il séjournait
et est donc désormais forclos pour le dépôt de
candidature à la présidentielle de février prochain.
Le camp de Faure Gnassingbé jubile. Après avoir mis
hors d'état de nuire la rébellion familiale, avec l'arrestation
et l'emprisonnement de Kpatcha Gnassingbé, voilà que
le redoutable opposant est maintenant disqualifié. Faure est
donc à présent assuré de remporter la présidentielle.
Surtout que le scrutin est à un tour. Le candidat par défaut
de l'UFC, Jean Pierre Fabre ne devrait pas faire le poids. Il restera
à gérer l'après présidentielle. Cette
fois, les risques d'une déflagration poste électorale
sont très faibles. Le Togo devrait, pour emprunter le pronostic
de Gilbert Bawara, un des lieutenants chocs de Faure, " refermer
un cycle politique " avec cette présidentielle. Entendez,
les querelles fratricides au sein de la fratrie Gnassingbé
sont terminées et l'opposition radicale l'UFC et son leader
charismatique sont définitivement désamorcés.
Faut-il alors s'attendre à l'ouverture d'une autre ère
Gnassingbé ? Une autre présidence à vie ? La
tentation est grande.
En Guinée, le 3 décembre dernier, une main invisible
a guidé le flingue de Aboubacar Diakité dit Toumba en
le retournant contre son ex-patron Dadis Camara. Evacué en
catastrophe au Maroc, à bord d'un avion présidentiel
burkinabè, qui venait de déposer à Conakry une
mission conduite par François Compaoré et Mohamed Chafi,
les deux conseillés les plus écoutés de Blaise,
il a sauvé sa vie, mais a perdu la seule chose qui comptait
pour lui le plus en ce bas monde, le pouvoir au point d'envoyer à
la mort plus de 150 de ses concitoyens. Après près d'un
mois de soin, il a été retourné à Blaise
Compaoré par le roi Mohamed VI. Il est encore vivant, mais
désormais inapte à diriger le pays. De toute façon,
la communauté internationale n'en veut plus comme président
de la Guinée. Le président burkinabè a été
pressé de trouver le moyen de le tenir à Ouagadougou.
En contre partie, les poursuites judiciaires de la Cour pénale
internationale (CPI )sont mises en veille, en attendant la fin de
la période de transition de six mois qui devrait aboutir à
l'élection d'un président civil. Sur ce front aussi,
la médiation de Blaise Compaoré chahuté au début
et franchement contestée après ses premières
propositions de solutions de sortie de crise s'est dressée
avec l'aide de la providence. Dans l'ensemble, il devrait s'en sortir
avec une couronne de lauriers, même si une partie des Forces
vives, après avoir mangé dans ses mains, voudrait bien
les lui mordre.
Il lui restera le bourbier ivoirien. Là bas, aucun pronostic
ne peut être fait. La dernière polémique sur les
chiffres de la Commission électorale indépendante montre
bien que les dates indicatives arrêtées par la rencontre
du Cadre permanent de concertation (CPC) à Ouagadougou en début
décembre de l'année dernière ne seront pas tenues.
En effet, la rencontre de l'instance de suivi de sortie de crise qui
avait regroupé Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro
autour du facilitateur Blaise Compaoré avait annoncé
la tenue de la présidentielle pour fin février début
mars 2010. Avec cette polémique sur les effectifs de la liste
électorale et le contentieux qui en est résulté,
cette date ne sera plus tenue. Il y a même beaucoup de chance
que la présidentielle ivoirienne ne se tienne pas en 2010.
Le président Gbagbo et peut-être dans une certaine mesure
Guillaume Soro n'ont rien à perdre à la non tenue du
scrutin. Gbagbo est solidement protégé par une disposition
de la constitution ivoirienne instituée par Bédié
qui voulait se protéger de Ouattara et de Gbagbo, et dont il
fait aujourd'hui les frais. Comme quoi, adopter une loi inique, parce
qu'on pense se prémunir des autres, peut se retourner contre
soi, si la donne change. C'est ce que Bédié apprend
à ses dépends avec la disposition de la constitution
ivoirienne qui stipule que le président en exercice reste en
fonction tant qu'il n'y a pas eu d'élection.
Blaise Compaoré qui lui-même rentre en campagne dans
les mois à venir pour sa propre réélection en
novembre 2010 aura bien du mal avec la Côte d'Ivoire. Sauf si
là-bas aussi la providence lui vient au secours. Mais Gbagbo
a la tête si dure qu'il pourrait plutôt assister à
la déchéance du facilitateur. Who knows ?
NAB
Côte
d'Ivoire
Présidentielle en pointillés
 
Les jeunes patriotes contre les jeunes houphouétistes
Blé Goudé ( à guache) et Yayoro Karamogo ont
repris du service
Par Newton Ahmed Barry
La date prévue pour la tenue de la présidentielle en
Côte d'Ivoire ne sera pas une fois de plus tenue. Depuis son
retour de Ouagadougou, Gbagbo n'a pas montré un empressement
particulier à prendre le décret qui devrait fixer la
date. Selon les indications issues de la rencontre inter ivoirienne
de Ouagadougou de décembre 2009, cette élection devait
se tenir fin février début mars de l'année 2010.
Il y a quelques jours, dans une grosse charge, le président
Gbagbo accusait la commission électorale indépendante
de fraude sur la liste électorale. Pour l'opposition, c'est
une manuvre pour retarder le scrutin présidentiel. De
quoi s'agit-il au juste ? La commission électorale indépendante
semble s'être livrée à une manipulation interne
du fichier électoral sur lequel, le consensus n'est pas encore
totalement fait, puisque environ un million de personnes sont en situation
litigieuse et devraient éclaircir leur statut de citoyen ivoirien
pour espérer figurer sur la liste électorale définitive.
C'est alors que cette situation est en instance, qu'une information
qui devrait, affirme-t-on, rester secrète, a filtré
pour indiquer que la CEI a procédé à des croisements
parallèles qui ont abouti à la désignation d'une
liste de 429 000 personnes qui sont susceptibles de rejoindre la liste
définitive. Une fois l'information connue, le président
Gbagbo est monté au créneau pour accuser la CEI de manipulation
frauduleuse de la liste électorale et a récusé
son président. Après cette sortie de Gbagbo, toute la
galaxie des "patriotes et des frontistes" a repris du service.
L'atmosphère est devenue subitement délétère
et rappelle les périodes sombres de la crise ivoirienne.
Le ministre de l'Intérieur, un frontiste, a demandé
au procureur de la république de se saisir de la question des
429 000 personnes que le président de la CEI aurait introduite
dans le fichier électoral à titre individuel. Le procureur
de la république, Tchimou Raymond, est attendu dans les jours
à venir. D'aucuns pensent qu'en raison de l'inféodation
du procureur au système Gbagbo, il est possible qu'il aille
dans le sens souhaité par le camp présidentiel. Normalement,
la liste électorale définitive devait être publiée
en fin janvier. Ce qui devait ouvrir la voie à la tenue des
élections en début mars au plus tard comme stipulé
par les décisions du Cadre permanent de concertation (CPC)
tenu début décembre dernier à Ouagadougou. Pour
le président Gbagbo, qui a ouvert les hostilités contre
Beugré Mambé, le président de la CEI, ses "griefs
n'ont d'objectif que la recherche d'un fichier électoral propre
et sans reproche, pour des élections incontestables".
Après les gesticulations des "jeunes patriotes" de
Blé Goudé, c'est le tour des jeunes Houphouetistes d'entrer
en scène. Ils projettent une marche "pacifique" sur
la télévision ivoirienne, le mardi 26 janvier, pour
protester contre la partialité de la télévision
nationale. C'est donc la veillée d'armes à Abidjan.
Chacun des protagonistes a son propre "méchant".
Si le camp présidentiel veut en découdre avec la CEI
qu'il ne contrôle pas, en raison des accords de Pretoria qui
ont prévalu à sa mise en place et qui font la part belle
à l'opposition, les partis de l'opposition en ont gros sur
le cur contre la RTI qui ferait la part belle au camp présidentiel.
Avec cette polémique, la fixation de la date de l'élection
présidentielle est pour l'instant renvoyée aux calendes
ivoiriennes.
|
Guinée
Nouveau Premier ministre, nouvel espoir

L'opposant Jean Marie Doré a été nommé
Premier ministre après des concertations à Ouagadougou
entre Dadis et le général Sekouba. Il a été
proposé par les Forces vives. Il devrait être assisté
par deux vices premiers ministres : la syndicaliste Rabiatou
Sera Diallo et le général Toto Camara.
Outre la nomination du Premier ministre et des vices premiers
ministres, Dadis et Sekouba se sont entendus sur un protocole
d'accord qui devrait régir la transition. Les militaires
comme les membres du gouvernement de la transition ne devraient
pas en définitive prendre part au scrutin présidentiel
qui devrait intervenir dans six mois.
Mais les premières déclarations de Jean Marie
Doré n'ont pas rassuré à Ouagadougou. Sur
radio France internationale, il a déclaré qu'il
ne se sentait pas tenu par les accords de Ouagadougou, alors
que ce sont les mêmes accords qui ont présidé
à sa nomination comme Premier ministre. On attend dès
lors les conclaves des Forces vives qui devraient se tenir incessamment
à Conakry pour baliser la gestion de la transition et
la formation du nouveau gouvernement.
Selon certaines sources, les déclarations de Jean Marie
Doré sont à mettre sur le compte des rivalités
entre Blaise Compaoré et Abdoulaye Wade. Le nouveau Premier
ministre guinéen serait, dit-on, un proche de Wade. Cette
rivalité à fleuret moucheté pourrait compromettre
cette transition chaotique qui peine à se mettre en place
en Guinée.
|
|