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DOSSIER 3 - Agriculture
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Des semences améliorées pour les producteurs

Par Germain B. Nama

Avant la grave crise financière qui a secoué les économies modernes, le Burkina avait connu en 2008 sa crise alimentaire, sur fond d'émeutes sociales, obligeant le gouvernement à adopter des mesures d'urgence pour parer à la situation. A la suite des appels et recommandations tant de la société civile que des institutions démocratiques (Assemblée nationale, Conseil économique et social, syndicats et mouvements des droits humains), le gouvernement s'était engagé à faire du secteur agropastorale, l'axe majeur de sa lutte contre la pauvreté. La campagne agricole 2009-2010 qui vient d'être lancée à Padéma a donc été l'occasion pour le ministre en charge de l'Agriculture de confirmer cette option gouvernementale. Il faudra cependant, pour tenir le pari, plus de détermination et de rigueur dans la conduite et le suivi des activités agricoles.
Il y avait de quoi être sceptique quand le gouvernement de Tertius Zongo avait décidé dans la foulée de la grave crise alimentaire d'opérer un choix stratégique en faveur du monde paysan. Bien sûr, rien n'avait fondamentalement changé dans le discours, vu que le secteur de l'agriculture est depuis des dizaines d'années un pôle prioritaire de l'action gouvernementale. Cependant, à travers l'appui en semences améliorées (maïs, sorgho, niébé, sésame, soja, riz) et en intrants distribués dans tous les villages du Burkina en raison de 30 producteurs par village, on sentait un peu plus la volonté d'aller au-delà des discours. La province du Ziro, à l'instar des autres provinces du Burkina, avait bénéficié de près de 17 tonnes de semences améliorées de riz ainsi que d'engrais (90t). En ce qui concerne les autres céréales (maïs, niébé, sorgho, soja, sésame), la région du Centre-Ouest a reçu pour la campagne en cours, une dotation totale de 423 700 kg, toutes variétés confondues, distribuées à 17 100 producteurs des 38 communes de la région. Pour la répartition par spéculation et par province, voir tableau. Sur le terrain, l'opération est assurée par les services techniques du ministère en charge de l'Agriculture qui en garantissent la régularité sous l'angle de la répartition et qui apportent en outre l'appui technique nécessaire aux paysans. Pour les experts agricoles, les semences améliorées peuvent tenir deux à trois générations (c'est-à-dire 2 à 3 ans). Dans ces conditions, l'insuffisance relative des dotations au départ peut être largement comblée par les productions ultérieures. 20 kg de semences, assure-t-on, suffisent pour un hectare emblavé, et avec ça, on peut récolter 3 tonnes de céréales. Une perspective séduisante que la réalité est bien loin d'entériner. Les dotations fournies dans le Centre-Ouest sur l'échantillon des 30 producteurs dans chacun des villages des 15 communes retenues donnent par producteur : 12 kg de maïs, 4,5kg de niébé, 0, 44kg de sésame, 1,11 kg de sorgho et 0,55kg de soja. Du saupoudrage dont il est difficile d'imaginer des résultats probants. Toutefois, l'effort gouvernemental ne peut être tenu pour quantité négligeable s'il est interprété comme un geste de solidarité destiné à encourager les producteurs dans l'usage des semences améliorées. Mais tout cela n'a de sens que si le marché est capable de répondre de manière adéquate à la demande, tant en semences qu'en intrants. Pour sa part, le gouvernement a mis en place un dispositif d'accompagnement en semences subventionnées. Ainsi, on peut obtenir auprès des structures techniques du ministère en charge de l'Agriculture, du maïs amélioré à 2000F le sac de 50kg. Dans le même temps, le même maïs coûte 1500 F le kg au marché de Sapouy par exemple. Dans ces conditions, il faut craindre que le maïs subventionné ne se retrouve entre les mains des spéculateurs ! Notons que le PNGT2 a également doté 24 communes de la province du Centre-Ouest de 34 000 kg de semences améliorées de riz.
Le bilan de la campagne agricole 2008-2009 fait ressortir un excédent céréalier de 850 000 tonnes. Au-delà de toute polémique, c'est un argument en faveur de la poursuite des efforts au bénéfice du monde paysan. Le gouvernement a annoncé avoir dégagé une enveloppe de près de 35 milliards pour appuyer les producteurs. Mais si on soustrait les 7, 5 milliards destinés au coton, ce sont près de 30 milliards qui auront été injectés dans la production céréalière depuis 2008. Les producteurs pour leur part s'étaient engagés à la Journée Nationale du Paysan (JNP) à produire 5 200 000 tonnes de céréales. Un pari risqué, d'autant qu'il dépend pour une large part de facteurs non encore maitrisés telle que la pluviométrie, la technologie, mais aussi les ressources financières !


Faut-il annoncer
les prévissions météo aux paysans ?

Il y a une polémique qui est en train de naître à propos de l'annonce faite par les structures habilitées sur un éventuel hivernage déficitaire en pluies. Cette annonce aurait, dit-on, installée la fatalité dans les campagnes.Un fonctionnaire d'une agence de développement explique que de retour de voyage, son chauffeur qui est venu le chercher à l'aéroport lui explique qu'on a dit qu'" il ne pleuvra pas cette année ". Pour beaucoup de critiques, c'est l'information que nombre de paysans ont retenu de l'annonce du CILSS en début du mois de mai dernier. Or l'annonce du CILSS n'a pas dit qu'il ne pleuvra pas. Mais tout simplement que les pluies seraient moins abondantes cette année par rapport à l'année dernière. Il y a donc une nuance dans l'information qui n'a pas été bien saisie par les destinataires. Une situation qui aurait déjà créé une psychose dans les campagnes. Les paysans ayant dans leur ensemble compris l'information dans le sens qu'"il ne pleura pas".
Dans l'annonce du CILSS, on peut dénoncer deux faiblesses tout de même. Premièrement, l'année de référence. La saison hivernale dernière est trop exceptionnelle pour constituer un référent. En année normale, pour le sahel, on n'enregistre pas des précipitations comme celles que nous avons connues pendant l'hivernage 2008. Il fallait donc pour une bonne information faire cette distinction et expliquer que nous revenons pendant cet hivernage à une situation presque normale.
Il est maintenant établi de diverses sources prévisionnelles que les pluies devront être normales avec même des possibilités d'excédents dans certaines régions. La zone couverte par le CILSS ne présentant pas les mêmes caractéristiques, la sous zone dans laquelle se trouve le Burkina Faso pourrait même connaître un excédent de pluies.
La deuxième erreur du CILSS, c'est de n'avoir pas fait des communications en fonction de ces zones et en faisant attention au message. Au début d'un hivernage qui avait du mal à s'installer, faire une telle annonce prédisposait les interlocuteurs à ne retenir que l'aspect absence de pluies.
Troisième aspect qu'il faut prendre en compte, le caractère inhabituel de l'exercice. C'est la première fois que le CILSS fait des prévisions de campagne aussi médiatisées. Il eu fallu, pour éviter les éventuelles distorsions de l'information, en convenir avec les instances dans chacun des pays qui allaient prendre le relais pour disséminer l'information en mettant en exergue les implications qui en découlent. Dans ces conditions, l'exercice aurait atteint les objectifs visés qui sont de toute façon très nobles dans leur essence.
Le CILSS semble avoir fait une option d'informer largement le public en début de chaque hivernage, sur les prévisions pluviométriques. C'est une initiative qu'il faut saluer et espérer qu'elle va s'améliorer dans ces modalités dans les années à venir.

NAB


Météo
Ce que nous réserve le ciel cette année

Pays sahélien sans littoral, le Burkina est fortement tributaire des aléas naturels. Selon les prévisions météorologiques, la saison se présente sous de mauvais auspices. Mais le débat entre spécialistes comporte des nuances. Pour Moussa Wango, ingénieur météorologue à la Direction de la météorologie, une bonne campagne ne se mesure pas seulement en termes de quantité d'eau tombée. Deux facteurs sont à prendre en compte : la quantité d'eau des précipitations et une bonne répartition des pluies durant tout le long de la saison. Près de 60% à 80% des pluies tombent de juillet à septembre. Comme les calculs prévisionnels sont faits sur la base de probabilité, le cumul pluviométrique de juillet, août, septembre sont des éléments de référence. Le bulletin climatique produit par la Direction de la météorologie indique que les conditions thermiques au niveau de l'océan pacifique prévoient une période probable de baisse de la pluviométrie au Sahel. L'anomalie thermique a atteint 0,5°C le seuil du déclenchement du phénomène de la probable baisse. Le bulletin, se référant aux données de l'Institut international de recherche sur le climat, souligne que la prévision saisonnière du cumul pluviométrique des mois de Juillet, août, septembre (JAS) 2009 (prévision produite en mai) réalisée au niveau de certains grands centres de prévisions météorologiques augure une situation pluviométrique normale ou déficitaire à des niveaux différents sur le Burkina. Dans un autre centre météorologique appelé National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), la mise à jour de juin 2009 de la prévision du cumul pluviométrique de juillet, août, septembre (JAS) indique une situation déficitaire sur la majeure partie du Burkina. Cette tendance est confirmée par le dispositif de prévision au niveau national, lequel annonce une situation déficitaire avec une éventuelle chance qu'elle tende vers la situation normale sur l'ensemble du pays, le cas excédentaire n'étant pas exclu. Le Centre Africain pour l'application au développement météorologique se situe dans la même mouvance. Il soutient que cette année, pour les pays du Sahel, il y a moins de chance d'avoir une situation excédentaire. Il faut s'attendre à une situation normale ou déficitaire par rapport à l'année dernière. Par ailleurs, l'ingénieur Wango souligne qu'il peut souvent avoir des erreurs dans les prévisions, mais les proportions des erreurs sont moindres. Pour ce qui concerne les dates de début des semis et les dates limites pour les mêmes semis, il indique que c'est selon les zones et les cycles des spéculations adaptées à ces zones. Au Burkina, il y a 3 zones climatiques : la zone sahélienne, soudano-sahélienne et soudanienne. Pour semer, le sol a besoin du seuil de 20 mm3 d'eau. Une interruption d'une semaine à 10 jours de pluie sur un mois compromet les semis. La météo nationale s'inscrit dans le registre de l'espoir pour la saison pluvieuse 2009. Croisons les doigts pour que cet espoir ne soit pas vain. Une éventuelle famine sera difficile à gérer en ces durs moments de récessions économiques.

Merneptah Noufou Zougmoré


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009