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DOSSIER 3 - Education
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Gouvernement/SYNADEC
L'opinion publique, enjeu d'une bataille


Soungalo Ouatarra,ministre de la fonction publique et chef de la mission gouvernementale aux négociations.

Par Germain B. Nama

Au fil du temps, le bras de fer entre le gouvernement et le Synadec est en train de changer de terrain. Après la liquidation de la dette sociale, le gouvernement avait cru pouvoir différer les discussions sur la revalorisation du statut de l'enseignant chercheur. Mais ces premiers succès semblent plutôt avoir galvanisé les enseignants, plus que jamais décidés à profiter de la dynamique pour engranger le maximum d'acquis. L'installation de la grève dans la durée avec les risques qui pèsent sur l'année académique placent désormais l'opinion publique au centre de la lutte que se livrent les deux camps.
Dans cette bataille pour l'opinion, le gouvernement part avec un lourd handicap. Comment convaincre de sa bonne foi quand on donne soi-même l'image d'une bande de joyeux copains au dessus du besoin ? L'on n'a pas oublié les 15 millions de crédits d'équipement que le chef de l'Etat a gracieusement octroyé aux ministres. Même les députés qui ont vocation à veiller au bon usage des deniers publics n'ont pas résisté à la tentation de se servir dans la cagnotte, usant au passage d'arguments spécieux pour faire avaler la pilule, tant leur geste avait fait l'objet d'une réprobation unanime au sein de l'opinion.
Cette image exécrable du gouvernement n'est pas prêt de s'effacer, en dépit des efforts du premier ministre Tertius Zongo pour assainir la gestion de la chose publique. Le Synadec le sait et il est bien décidé à en profiter. L'atout incontestable du Synadec, c'est que malgré l'importance de la progression financière induite par ses revendications financières, leur légitimité n'est remise en cause par personne. Les négociateurs du gouvernement le savent aussi et cherchent donc à se placer sur un terrain plus favorable.

Les contraintes juridiques

La revalorisation de l'enseignant chercheur explique- t- on du côté du gouvernement, n'est pas seulement une question salariale. Elle comporte certes des conditions financières et matérielles, mais on souligne volontiers sa dimension académique, pédagogique et éthique. Mis sous pression, le gouvernement n'a d'autre choix que de se soumettre aux négociations ici et maintenant. Difficile d'user durablement de faux fuyants pour refuser d'affronter les enseignants. L'opinion publique ne comprendrait pas une telle attitude, alors que la cessation des activités académiques a entraîné une quasi paralysie de l'université. Mais la pression des enseignants n'en place pas moins le gouvernement dans un dilemme. En effet, ceux-ci font de l'adoption d'une nouvelle grille salariale, une priorité, ce qui selon la thèse du gouvernement ne peut se faire que par la voie législative. Le chronogramme proposé fixe le terme de l'adoption de la loi à mai 2010 et les textes d'application à septembre de la même année. Les incidences budgétaires ne sont attendues qu'à partir de janvier 2011, une échéance jugée trop longue pour le Synadec. Pour le syndicat, il n'y a aucune garantie que ce qui sera adopté en 2010 prendra en compte ses exigences, surtout qu'il n'est pas sûr d'être en mesure de les faire valoir en 2011. Pour le gouvernement, s'embarquer dans la logique du Synadec comporte le risque de violer le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs, qui veut que le parlement légifère en toute indépendance. Mais le plus éprouvant pour le gouvernement, c'est le sentiment que l'intransigeance syndicale procède d'un total manque de confiance en sa parole. "On veut nous humilier", lance avec un certain dépit, un ministre négociateur " Ils savent que nous sommes pris à la gorge, à cause des enfants, alors ils ne lâchent pas !"
Face à cela, la stratégie gouvernementale tend à privilégier l'utilisation des médias. Le contenu essentiel du message c'est de dire que des efforts financiers importants ont déjà été consentis dans le cadre des négociations : 29,17% de progression salariale pour les professeurs titulaires et les directeurs de recherche, 30,56% pour les Maîtres de conférence et Maîtres de recherche, 30,41% pour les Maîtres assistants et chargés de recherche et 29,99% pour les assistants et attachés de recherche. En terme de masse salariale, le Prof titulaire passe de 385 562 F à 498 062F, le Maitre de conférence, le Maître assistant de 238 339F à 310 839F, l'assistant de 175 044F à 227 544F. A défaut de pouvoir travailler sur la grille salariale, on a joué sur l'assiette indemnitaire. Côté gouvernemental, on est convaincu que in fine, les propositions des deux parties pourraient se rejoindre.

Le retour à la table de négociation

Avec les appels à témoin en direction de l'opinion publique, l'on est entré dans une situation ubuesque, d'autant que tout le monde convient qu'il n'y a pas d'autre solution que de retourner à la table de négociation. Malgré l'impression que l'on donne au niveau de la partie gouvernementale de ne pas vouloir discuter de la grille salariale, ce dossier pourrait être au menu des prochaines discussions. Les questions soulevées par le gouvernement, en dépit de leur pertinence ne conduisent pas forcément à l'impasse. On ne voit pas pourquoi, on ne pourrait pas engager dès maintenant une discussion sur le statut particulier de l'enseignant chercheur, auquel viendrait s'adosser une nouvelle grille salariale. Les conclusions des négociations pourraient donner lieu à un projet de loi à soumettre au parlement. Ce dernier qui n'est pas en dehors de la société et qui a déjà reçu croît-on savoir les responsables du Synadec connaissent parfaitement la situation et l'urgence qu'il y a à en sortir. Ce serait véritablement le choix de la sagesse, en lieu et place de l'affrontement catastrophique que d'aucuns annoncent. En effet, la sortie médiatique d'un certain mouvement dénommé MFEE ainsi que les menaces terroristes proférées à l'encontre de Magloire Somé, Secrétaire général du Synadec pourraient faire penser à une prochaine escalade dans le conflit. Sans doute ces développements traduisent des mouvements d'humeur ou des signes d'énervement. Mais le dossier universitaire est si sensible qu'il serait hasardeux de se laisser déborder. Si on assure côté gouvernemental qu'il n'y aurait ni invalidation ni année blanche, en raison du système modulaire, il reste néanmoins à craindre qu'une escalade du conflit dans les jours à venir n'installe à jamais sur le campus un état d'esprit préjudiciable à l'exercice des activités académiques. Apparemment, chaque partie semble appeler de ses vœux la réouverture des négociations. Mais de toute évidence, il faut de la bonne volonté de part et d'autre. Le gouvernement dit avoir fait un geste. C'est un fait. Mais il peut en faire un autre. Le Synadec de son côté veut être rassuré et plaide pour la signature d'un accord, quitte à étaler dans le temps sa mise en œuvre. C'est une base pour une reprise rapide des négociations. Pour le reste, chacun saura faire preuve de la hauteur d'esprit nécessaire. Dans cette affaire, le temps n'est l'allié de personne. La situation est trop sensible pour oser un tel risque. Il vaut mieux aller vite à un compromis et signer une paix des braves.

Etre ministre
et adhérent du Synadec

Pas dut tout enviable la situation des ministres Paré et Koutaba. Donnés pour les véritables inspirateurs de la création du Synadec, voici que ce syndicat qu'ils sont censés avoir créé est en train de mener la vie dure au gouvernement auquel ils appartiennent. Au niveau des camarades restés sur le campus, le sentiment est réel que ces derniers leur ont tourné le dos. Pour certains, les deux ministres appartiennent au noyau dur qui s'opposeraient à la satisfaction pleine et entière des revendications syndicales. Le ministre Koutaba aurait tenté de démobiliser des enseignants proches de lui, les dissuadant de se laisser embarquer dans une aventure politique. Les responsables du syndicat, aurait-il dit, seraient manipulés par une base jusqu'auboutiste anti-pouvoir. Réponse sibylline du ministre Koutaba : "je suis un enseignant en mission. J'ai conscience que je retournerai à ma base. Je n'ai pas que des amis à l'Université." Craignant de n'être pas bien compris, il précise : "Je suis moi-même bénéficiaire de la lutte du Synadec. Je ne saurai donc la combattre. Mais là où il peut avoir une ambiguïté, c'est quand on est professeur et ministre. A quel moment on est compris comme enseignant et à quel moment comme ministre? On est dans la situation de juge et partie. Ma position sur la lutte que mène le Synadec est la suivante : quand on entre en négociation, on ne peut pas s'attendre à obtenir tout ce qu'on veut. Dans le principe d'une négociation, on ne campe pas les choses dans la totalité. Si l'on obtient quelque chose, je suis d'avis qu'il faut l'empocher en attendant …" La grève est-elle politique ? "Je ne le crois pas, répond-il, même si personne n'échappe aux influences politiques. Le Synadec a le mérite d'avoir posé des problèmes concrets des enseignants et d'avoir obtenu quelque chose (30%) … Mais je me demande si on n'est pas installé dans un malentendu, un dialogue de sourds ou la mauvaise foi" .

Germain B. Nama


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 16 juin 2009