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DOSSIER
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Enquête Site aurifère de Tonior : des pratiques illicites sur un site illégal La province du Noumbiel attire un grand monde depuis 2007 par la richesse de son sous sol. Des milliers d'orpailleurs se sont rués sur la dizaine de sites aurifères repartis à travers la province. Le métal jaune qui devait contribuer au décollage économique de cette partie du Sud-Ouest du Burkina est devenu source de problèmes de tout genre. Les populations ne profitent pas de la richesse de leur sous sol. Les orpailleurs qui sont au début et à la fin de l'exploitation de ces sites n'en tirent pas grand-chose non plus. Les habitants des villages concernés assistent impuissants à la destruction de leur nature. Pendant ce temps, les sociétés d'exploitation artisanale et certaines autorités locales se remplissent les poches. Tonior est l'un des derniers sites découverts dans la commune de Batié, chef lieu de la province. Incivisme, raquettes, corruption, éboulements, prostitution . Tonior n'échappe pas à la règle. Ce site situé à quelque 500 km de Ouagadougou fait l'objet d'une bataille entre deux sociétés d'exploitation installées sur place qui ne disposent pourtant d'aucune autorisation.
Quand deux sociétés exploitent officiellement un site clandestin
Par Moussa Zongo Le site aurifère de Tonior découvert en
février dernier est le symbole du désordre actuel qui
règne dans ce secteur de l'orpaillage au Burkina. Ce village
est devenu en quelques mois le plus grand site de la zone avec plus
de 15 000 personnes qui y travaillent selon les sources de la mairie
de Batié. Un village qui comptait moins de 300 habitants avant
la découverte de l'or, selon le maire de Batié, Jean
Bosco Somé. Très vite, ce site a attiré les orpailleurs
et autres commerçants. Sur ce site comme partout dans les autres
sites d'orpaillage, n'importe qui peut y travailler. Les orpailleurs
n'ont pas de contrat avec la société d'exploitation.
Ici comme ailleurs, il n'y a pas une organisation particulière
du site impliquant véritablement l'Etat dans la gestion. C'est
le détenteur du permis d'exploiter qui fait sa loi sous la
protection des forces de sécurité. C'est généralement
la police économique ou souvent la gendarmerie comme c'est
le cas sur le site de Tonior. C'est dans cette situation que deux
comptoirs d'achats implantés sur les lieux se combattent en
piétinant les orpailleurs. Il s'agit de SOGEMIF et SMC. Pourtant,
les textes autorisent un seul comptoir par site pour les exploitations
artisanales. Comment les deux sociétés se sont retrouvées
sur le même site ? En réalité, aucune des sociétés
en présence ne dispose d'une autorisation d'exploitation du
site de Tonior. Ces informations, les orpailleurs l'ignorent. SOGEMIF
a été la première société à
s'implanter à Tonior après la découverte de l'or
par des chercheurs artisanaux. Malgré l'absence de l'autorisation,
elle a réussi à avoir le quitus de certaines autorités
locales pour exploiter le site. La gendarmerie qui a signé
un contrat avec la société est aussi présente
sur les lieux. Des éléments de la brigade de Batié
se relaient sur le site. Le commandant de la brigade territoriale
justifie leur présence par la proximité des frontières
ivoiriennes et ghanéenne. Le commandant de la compagnie de
Gaoua reconnaît le contrat signé avec la société.
Mais selon lui, le contrat ne concerne pas le site de Tonior. La même
société est présente à Konkera, à
Tinyouri et à Amimbiri, trois autres sites aurifères
de la province. Le maire reconnaît avoir reçu les représentants
de la société SOMEMIF. C'est lui-même qui est
allé avec le commandant de la police municipale, Dolly Sié,
les installer officiellement. Mais il reconnaît n'avoir pas
vu une quelconque autorisation d'exploitation de cette société.
"Quand ils sont venus me voir, ils m'ont dit que leur autorisation
est déposée à la gendarmerie et je leur ai cru.",
confie le maire. SOGEMIF savait pourtant que sans autorisation du
ministère, il ne pouvait pas s'installer et avait préféré
que les orpailleurs emportent leur minerai dans les autres sites voisins
où elle est présente pour le traitement. Mais c'est
le maire lui-même qui les aurait pressé de s'installer
sur le site en leur donnant un délai d'une semaine. "Au
début de l'exploitation, il n'y avait pas de comptoir sur place.
Les orpailleurs envoyaient le minerai à Kombar et à
Konkera pour le traitement. Les populations de Tonior se sont plaintes.
C'est pour cela que j'ai exigé que la société
SOGEMIF qui est sur ces sites vienne s'installer à Tonior.
Mais je ne leur ai jamais dit de venir s'installer sans autorisation",
s'explique le maire. Actuellement, le maire et cette société
ne s'entendent plus. Une affaire de détournement de minerai
impliquant l'édile et d'autres complices (lire
..) a entamé
les relations entre les deux parties. C'est dans cette ambiance que
la deuxième société est arrivée et encore
sans autorisation. Les représentants de cette société
affirment avoir obtenu l'aval des services déconcentrés
et décentralisés de la province et de la commune de
Batié. Selon nos informations, le préfet de Batié
et le haut commissaire n'étaient pas favorables à l'installation
du deuxième comptoir. Là aussi, c'est le maire qui a
autorisé que SMC s'installe à côté de SOGEMIF.
"J'ai accepté que SMC s'y installe parce que eux au moins,
ils sont venus me présenter des papiers venant du ministère.
Qu'est-ce que moi je peux dire ?"
Vols organisés sur le site avec des autorités locales
De nombreuses personnes ont profité du désordre qui règne sur le site d'orpaillage de Tonior. Après la découverte des gisements d'or par les chercheurs artisanaux dans le village de Tonior des milliers de personnes se sont mobilisées autour du périmètre concerné. Le nouveau site n'ayant pas été attribué officiellement à une société d'exploitation, le minerai extrait était transporté sur d'autres sites voisins gérés par SOGEMIF pour traitement. Quelques temps après, les populations de Tonior et le Conseil municipal ont exigé que le minerai soit traité sur place. Les autres sites se trouvent dans d'autres communes. Le Conseil municipal, les responsables coutumiers et SOGEMIF se concertent et trouvent un consensus. Les orpailleurs peuvent continuer à travailler. Mais le minerai ne sortira plus du village. Ils devraient désormais remettre leur minerai extrait au chef de terre. Chacun devait récupérer ce qui lui appartient quand le comptoir d'achat sera installé. Un groupe de jeunes du village aidés par les agents de sécurité recrutés par SOGEMIF sont chargés de surveiller la zone pour empêcher les orpailleurs de sortir du village avec le minerai. Seulement voilà, quand SOGEMIF est arrivée avec son comptoir, le minerai gardé chez le chef de terre avait disparu. 51 sacs au total selon les différents témoignages. Une quantité que les spécialistes sur place estiment à plusieurs millions de F CFA. Le minerai aurait été volé chez le chef de terre. C'est l'information qui est parvenue aux orpailleurs. Aucune voie de recours pour eux. Le minerai a pourtant été vendu à l'insu des propriétaires. Le maire reconnaît qu'une partie a effectivement été vendue par le chef de terre de Tonior car, dit-il, celui-ci avait constaté que les orpailleurs venaient nuitamment échangé le minerai contre de simples cailloux. Selon nos informations, ce minerai a été partagé entre quelques individus et vendus avec d'autres travailleurs de l'or sur les sites aurifères voisins. Ce sont le maire, le commandant de la police municipale Dolly Sié, le chef de terre, un certain Issaka Bila et quelques prétendus représentants des populations qui se sont distribués les fruits du travail des centaines d'orpailleurs. Le minerai a été traité et vendu à des acheteurs individuels sur place clandestinement et ailleurs à d'autres comptoirs. SOGEMIF, contrairement au compromis initial, n'a pas été associé. C'est l'une des raisons de la discorde entre le maire, ses acolytes et SOGEMIF. La société voulait aussi sa part. Les orpailleurs réclament leur minerai. SOGEMIF pousse les propriétaires à attaquer le maire et ses complices devant les tribunaux. L'affaire aurait été portée devant la gendarmerie. Le maire aurait rejoint le deuxième comptoir avec ses amis. Les deux camps n'arrêtent pas de se combattre. Chaque camp exploite les pratiques illicites de l'autre. Certains orpailleurs proches aussi de SMP, le deuxième comptoir et du maire ont entrepris des démarches pour ester aussi en justice les responsables de SOGEMIF. Ils les accusent d'avoir de concert avec la gendarmerie forcé les orpailleurs à leur vendre l'or à vil prix. Avant la discorde, le maire et certains de ses collaborateurs ont fait aussi des affaires avec SOGEMIF. Quand les orpailleurs ont commencé leurs activités sur le site, c'est le maire et le commandant de la police municipale qui sont allés distribuer l'espace pour les puits d'or aux orpailleurs de concert avec SOGEMIF. Ils auraient réclamé 50 000f à chaque propriétaire de puits ce jour là. Ce sont au total 41 personnes qui auraient payé ainsi. C'est le coordonnateur de SOGEMIF qui était chargé de garder l'argent. Selon les informations, le maire et le commandant de la police municipale auraient tenté en vain de récupérer cet argent avec le coordonnateur sans quittance. La perception n'a pas été associée au recouvrement de ces taxes. Quand le service de la perception a finalement été informé par le maire quelque trois semaines après, l'agent de recouvrement s'est rendu sur le site pour récupérer l'argent. Sur place, le représentant du comptoir lui aurait versé pour 21 personnes au lieu de 41 soit 525 000f. Le reste se serait volatilisé entre les mains de SOGEMIF, le représentant de la population, le maire et le commandant de la police municipale. Ce dernier n'hésitait pas à aller lui-même percevoir des taxes sur le site contrairement aux normes. De l'argent qui n'aurait jamais été versé dans les caisses de la commune. C'est Dolly Sié qui se chargeait de vendre l'espace aux orpailleurs pour les hangars et autres huttes qui ont poussé par centaines en quelques jours à Tonior. Il est aussi impliqué dans les saisies du minerai des orpailleurs avant l'installation de SOGEMIF. C'est lui qui aurait fait sortir le minerai chez le chef de terre. Il aurait même ses propres puits d'or sur le site. L'homme a multiplié les gaffes depuis la découverte du site avec des comportements qui n'honoraient pas le corps. Des agissements qui ont fini par agacer ses supérieurs qui ont été obligés de le relever de ses fonctions le 28 avril dernier. Actuellement, la situation est devenue plus compliquée sur le terrain. Les occupants de l'espace sont devenus réticents aux recouvrements quand ils se sont rendus compte qu'ils étaient arnaqués. Le service de recouvrement n'arrive plus à faire son travail convenablement. SOGEMIF qui avait travaillé avec le Conseil municipal au départ pour recouvrer les taxes a suspendu sa collaboration depuis l'installation du SMP. Elle se désengage désormais de toute responsabilité. SMC aussi ne veut rien assumer hors de son comptoir. Pourtant, l'environnement est chaque jour dégradé. Avec les multiples difficultés, le maire se dit aussi favorable à la fermeture du site. Au cours de notre séjour à Batié, nous apprenions la découverte d'un autre site non loin de Tonior. Les orpailleurs multiplient les rencontres avec les autorités locales pour qu'on les autorise à exploiter le site. Mais aucune autorité ne veut encore s'engager avec les orpailleurs. "La leçon est apprise avec le cas de Tonior", indique une autorité sur place.
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L'Evénement - Déc. 2001 | |||||||