|

Par Newton Ahmed Barry
Le patron de NESKO n'aura finalement séjourné
à la MACO que le temps d'une audience au fonds et le
voilà en liberté provisoire. Le dossier est-il
pour autant clos ? Il y a des inquiétudes du côté
de la défense, même s'il semble que les preuves
sont solides contre Salif Kossouka.
Aussitôt libéré, Salif Kossouka aurait
reçu en grande pompe une délégation de
la FEDAP/BC venue lui "témoigner sa solidarité
dans l'épreuve". Le mot n'est certainement pas fort.
Car c'est une véritable épreuve que vient de subir,
le clinquant Salif Kossouka. Nous avions écrit, dans
ces colonnes mêmes, que le mandat de dépôt
de Salif Kossouka l'avait complètement surpris. Aussitôt
la machine des relations s'est mise en branle. La faveur extrême
qu'on a fait à Salif Kossouka, qui n'est "quand
même pas n'importe qui" a été de lui
laisser son téléphone portable pendant sa détention.
Sans épiloguer, outre mesure, sur la liberté provisoire
accordée à Salif Kossouka, on aura cependant remarqué,
une chose très importante. Cette fois les procédures
sont sauves. Les autorités de tutelle ne sont pas intervenues
grossièrement dans le déroulement de la procédure.
La juge a pu poser ses actes, relativement tranquillement. On
ne peut pas dire que les pressions ont été absentes.
Un des amis de Salif, membre flamboyant de la FEDAP/BC avait
prévenu que si Salif ne sortait pas dans les 48 heures,
"ils allaient monter au créneau". On peut donc
raisonnablement croire que la FEDAP/BC a du le faire. Mais au
moins c'est le juge qui a posé ses actes. C'est elle,
qui après audition, a accordé une liberté
provisoire à Salif et à ses compagnons. De ce
point de vue on ne peut qu'être satisfait de l'évolution
des choses. Cela est rassurant et montre que nous sommes tous
égaux devant la loi. Même si nous sommes d'avis
avec notre confrère l'Observateur Paalga que la démonstration
de la délégation de la FEDAP/BC était de
trop. Surtout qu'elle ne sert pas le patron putatif de l'organisation.
Celui que tout le monde connaît, pour ne pas le nommer.
Il reste maintenant l'interprétation que l'on peut faire
de cette liberté provisoire. Selon les spécialistes
de la chose, cela pourrait traduire au moins trois choses.
La première c'est qu'après avoir auditionné
le prévenu et compulser les documents et les pièces
à charge, le juge conclut que les présomptions
ne sont pas consistantes pour justifier le maintien en détention
de Salif Kossouka. Il faut avoir à l'esprit qu'en matière
pénale, la détention n'est pas la règle.
Elle est l'exception. Dans ce cas de figure, le juge peut accéder
à la demande de mise en liberté provisoire ou
l'ordonner tout simplement. Il peut même décider
d'un non lieu, si vraiment les charges ne sont pas suffisantes.
Deuxième cas de figure, le juge après les auditions
pense qu'il a réuni suffisamment d'éléments
à charge contre le prévenu pour prouver sa mise
en cause. Au regard de la lenteur des procédures pour
le jugement, parce qu'une affaire comme celle-ci est passible
des assises criminelles, le juge peut ordonner la liberté
provisoire. Si le prévenu est détenu et qu'il
est condamné, la peine est déduite des jours déjà
passés en prison. Si dans le cas d'espèce, il
est reconnu coupable après les assises, il aura à
purger la totalité de la peine. Sauf s'il est gracié
par le président du Faso.
Troisième cas, le juge excédé, comme dans
l'affaire de la douane, décide d'accorder la liberté
à tous les prévenus. C'est une procédure
exceptionnelle évidemment. Mais le juge qui est maître
de sa procédure peut ainsi exprimer son coup de sang.
La jurisprudence en la matière si on peut ainsi la qualifier,
c'est l'affaire du juge Sory dans l'affaire " DG de la
douane ". Excédé par les pressions, il avait
décidé que soit il met le DG de la douane sous
mandat de dépôt soit il accorde la liberté
à tous les prévenus dans l'affaire. C'est la deuxième
thèse qui a prévalu. Est-ce que c'est le cas dans
l'affaire présente ? On peut en douter.
Les méthodes Kossouka
Depuis le différend qui l'a opposé à BAT
et avait conduit à la résiliation de son contrat
d'exclusivité, le patron de Kossouka a joué des
méthodes peu orthodoxes pour non seulement barrer la
route à d'éventuels concurrents, mais également
pour empêcher que la British Américan Tabaco ne
puisse obtenir un agrément au niveau du ministère
du Commerce. Pour ce faire, ces services ont cornaqué
un certain Yerbanga, directeur du Commerce intérieur.
Ce fonctionnaire du ministère du Commerce avait pour
rôle évidemment de torpiller les candidatures concurrentes
avec une armada de secrétaires dont une serait une secrétaire
au cabinet du ministre.
Dans un courrier, top secret, daté du 8 février
2008, un agent de NESKO, notamment un certain Adama BAGUIAN
explique à son supérieur hiérarchique l'entrevue
qu'il venait d'avoir avec M. Yerbanga, directeur du Commerce
Intérieur.
BAGUIAN explique qu'il a été reçu ce soir
même par le fonctionnaire du ministère du Commerce
qui lui a assuré que "le problème KAFANDO
et BAT est techniquement réglé".
Concernant KAFANDO, ( NDLR qui était un des concurrents
de NESKO), le même BAGUIAN, rapportant les assurances
de Yerbanga, écrit "concernant Kafando, ces documents
sont rejetés. Car selon les textes en vigueur, toute
nouvelle disposition (les arrêtés NESKO) annule
toute disposition antérieure (les arrêtés
de KAFANDO) (
) Concernant BAT, la nouvelle demande d'agrément
ne peut pas être examiné (
) M Yerbanga prendra
tout son temps pour faire le projet de lettre au ministre
"
Toujours, dans le même courrier confidentiel, l'agent
de NESKO explique à son patron qu'une certaine Mme B.
directrice du Contentieux et de la Législation des Impôts
"m'a confirmé ce soir qu'elle mettra un avis favorable
pour l'agrément des bus (
)"
Les correspondances confidentielles sont nombreuses et au fil
du courrier on apprend (ce courrier date de juin 2008) que le
fonctionnaire du ministère du Commerce a pu faire sauter
les demandes des concurrents et BAGUIAN d'expliquer à
son patron "nous avions promis à Yerbanga que s'il
arrivait à éjecter Kafando, on allait lui donner
le reliquat de ce qu'on lui avait promis (
) Jusqu'à
présent, les deux femmes du Ministère qui nous
donnent les informations confidentielles de BAT, de KAFANDO,
de MABUCIG et même des courriers internes n'ont pas reçu
leurs 200 000 F CFA (
) Ce sont ces femmes que les DIAWARA,
KAFANDO et autres approchent, mais elles restent fidèles
à moi, parce qu'au-delà de l'argent je sais les
entretenir
"
Le faux Passeport de Salif
Kossouka
Le patron de NESKO disposerait
d'un passeport et d'une pièce d'identité Belge,
faisant de lui naturellement, un citoyen du royaume de Belgique.
Seulement voilà, la carte d'identité et le passeport
ne serait pas répertoriés dans les registres de
la commune, du 1150 Woluwe-Saint-Pierre, censé l'avoir
délivré.
Salif Kossouka s'expose dès lors à des poursuites,
si jamais il remet les pieds dans n'importe quel pays européen,
sauf, s'il change de nom et de passeport. Mais même là,
avec la biométrie, il court de grands risques de se faire
coincer au premier aéroport.
Le procureur général justifie
la libération de Kossouka
L'affaire Kossouka continue toujours d'alimenter les débats
dans l'opinion. Accusé de complicité de tentative
d'assassinat, le 5 janvier dernier la juge Rose Ouédraogo
lui a décerné un mandat de dépôt.
Ce qui lui valu un bref séjour à la Maison d'arrêt
et de correction de Ouagadougou (MACO). Le 16 janvier dernier
il a été libéré sans caution. Pour
plus d'éclaircissement le procureur général
Abdoulaye Barry et Léger Kinda directeur de l'administration
pénitentiaire et de la réinsertion ont animé
un point de presse. Au cours de l'échange avec les journalistes,
il a été question aussi des émeutiers de
la fin et de leur chef Nana Thibaut. Sur l'affaire Kossouka
Abdoulaye Barry a dit que l'intéressé a reçu
une convocation qu'il n'a pas pu répondre pour des raisons
de famille le 29 décembre dernier. La dernière
convocation de la Justice intervenue le 5 janvier l'enverra
sur le chemin de la prison. C'est après 16 jours de détentions
que le jeune homme d'affaire a été libéré
suite à une main levée de la même juge d'instruction.
Est-ce que Kossouka n'a pas été écroué
pour contenter l'opinion vu que l'institution judiciaire traîne
beaucoup de casseroles dans des multiples affaires qui ne semblent
pas trouver de solutions ? S'est interroger un journaliste.
La réponse du procureur général ne s'est
pas fait attendre. Pour Barry il n'y a rien d'extraordinaire.
"La procédure est normale ". Il a souligné
que le jour de la libération de Kossouka un certain Aristide
Ouédraogo a été aussi libéré
mais sous caution contrairement au premier qui n'a pas payé
un kopeck. La libération du jeune richissime ne signifie
pas que l'affaire est close.
Le procureur général à rassuré que
le dossier suit son cours. Ferdinand Bamogo dit carlos, Adama
Zeno, Sié Kouané Kambiré, Alexandre Traoré,
accusé de tentative d'assassinat ont regagné aussi
leurs domiciles. Issouf Ouédraogo accusé au même
titre que son cousin Kousouka de tentative d'assassinat retrouve
la liberté au même titre que ses co-accusés.
44 détenus conduits à la MACO dans l'affaire dite
de l'émeute de la faim ont bénéficié
d'une remise de peine. Ils avaient purgé plus du tiers
de leur condamnation. Quant à Thibaut Nana qu'on dit
être l'instigateur de cette vague d'émeutes, il
a bénéficié de la magnanimité du
chef de l'Etat qui a usé de son pouvoir discrétionnaire
pour le sortir du cachot de la MACO. M. Barry pour justifier
l'attitude de Blaise Compaoré a invoqué le décret
N° 160/PRES/J du 18 avril 1961 et de la Constitution en
ces articles 53 et 54. Thibaut dit s'en remettre au Moogho Naaba
qui semble-t-il a intercédé auprès du Président
du Faso pour sa libération. Il veut s'appuyer sur le
monarque pour avoir une audience avec Blaise Compaoré.
Merneptah Noufou Zougmoré
|