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DOSSIER
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Infanticide
Ces enfants qui ne doivent pas vivre
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Par Newton Ahmed Barry
Sur aucune statistique officielle ce phénomène ne figure.
Et pourtant, dans ce Burkina Faso d'aujourd'hui, plusieurs centaines
d'enfants nés dans certaines conditions n'ont toujours pas
le droit de vivre. Une certaine omerta entoure cet infanticide entretenant
l'impunité la plus inacceptable de notre temps.
Harouna Zimpèla1, est aujourd'hui un cadre de
l'administration publique burkinabè. Coutumièrement
il ne devrait pas vivre. Il est le neuvième enfant de sa mère.
Dan son village, à une cinquantaine de kilomètres de
Ouagadougou, la capitale, le neuvième enfant est considéré
comme un porte malheur. Il est tué à sa naissance. Lui
a été sauvé par sa mère qui au lieu de
l'exécuter, en le noyant dans son premier bain, l'a soustrait
discrètement du village et l'a conduit chez une de ses connaissances
à Ouagadougou. Sa mère, après neuf grossesses,
sexuellement parlant, n'attirait plus vraiment son époux. Elle
a pu donc, sous le prétexte de suivre des soins dans la capitale,
élever clandestinement son enfant avec l'aide des uvres
de bienfaisance catholique. L'enfant devenu adulte connaît bien
sûr son histoire. Mais il n'est pas question pour lui de retourner
dans son village. Son père est toujours vivant et il exposerait
sa mère à de terribles représailles.
Mme Awa Sanfo est meunière à Ouagadougou. C'est une
femme d'affaire relativement prospère. Elle a pris très
vite connaissance de cette terrible situation qui se perpétue
encore dans nos campagnes et même souvent dans les quartiers
malfamés de la capitale. L'exemple que nous avons cité
plus haut a été documenté par elle. Et comme
on peut en douter il n'est pas le seul. Elle a entrepris depuis quelques
années de sauver ces enfants dédiés à
la mort, en imaginant le moyen d'exfiltrer les mères et leurs
enfants des villages où elle opère, pour leur offrir
des abris, à ses propres frais, à Ouagadougou. Jusque
là, elle n'avait jamais voulu en parler publiquement, parce
que si cela était su, elle ne pourrait plus agir.
Avec les subsides que lui procure son activité, Mme Sanfo a
décidé d'agir à deux niveaux. Dans un premier
temps, elle a organisé les femmes, dans ces villages d'intervention,
pour les amener à réaliser une activité génératrice
de revenus. Les femmes sont incitées à faire des cultures
maraîchères, dans des bas-fonds aménagés
et relativement bien équipés. Mme Sanfo pourvoit en
intrants et en semences. Elle se charge également de trouver
des débouchés pour les récoltes. Les recettes
obtenues sont distribuées entre les productrices au prorata
des productions. Une partie des gains est épargnée dans
une caisse populaire d'épargne pour constituer un fonds de
soutien aux membres en cas de besoin, sous forme de prêt remboursable
sans intérêts, et pour acheter les intrants et les semences
pour la campagne de production future.
En organisant ainsi les femmes, Mme Sanfo qui n'est elle-même
pas lettrée en français, profite pour mener des actions
de sensibilisation principalement sur la question de l'infanticide.
Mieux informées et économiquement autosuffisantes, les
femmes deviennent des partenaires qui comptent. Elles peuvent ainsi
influer ou refuser d'exécuter des pratiques manifestement rétrogrades.
Dans un second temps, elle a créé des conditions et
des espaces pour accueillir, à Ouagadougou, les femmes et leurs
nouveaux nés condamnés à mort ou le nouveau né
seul, quand la mère n'a pas le courage d'affronter la société.
Parce que aller à l'encontre du diktat social, c'est courir
le risque de la marginalisation sociale ou le bannissement.
Pourquoi le phénomène
est-il encore si prégnant ?
L'exemple de Harouna Zimpèla, né dans un village à
une cinquantaine de kilomètres seulement de la capitale, illustre
combien les idées modernes ont du mal à pénétrer
nos campagnes et nos villages. Malgré cette proximité
avec la capitale, l'eau courante et l'électricité ne
sont pas connues. L'école primaire y a été construite,
il y a de cela une trentaine d'années, mais elle est restée
longtemps, une école de trois classes, avec des recrutements
tous les deux ans. Ce qui a le désavantage de soustraire des
centaines d'enfants à l'école. L'offre d'éducation
étant très faible et irrégulière, de nombreux
enfants en âge d'être scolarisés ne vont pas à
l'école. De toute façon, cette école est la seule
présence matérielle de l'Etat dans le village. Cette
faible pénétration de l'Etat moderne dans la vie du
village, contribue à faire perdurer des pratiques rétrogrades,
comme l'infanticide. Une pratique qui tire, pour l'essentiel, ses
origines et sa justification dans les croyances et les valeurs sociales
encore prégnantes.
Mais c'est quoi au juste l'infanticide ? Il y a la définition
et les cas documentés. L'infanticide du point de vue de la
tradition n'est pas un crime en soi. Il s'agit pour les membres de
la société d'agir par anticipation en opérant
une sélection dès la naissance afin d'éviter
à la société d'avoir à gérer des
inadaptés sociaux. Et quand on parle d'inadaptés sociaux,
il y a ceux qui naissent avec des handicaps physiques, par exemple
les enfants encéphalopathes ou présentant des malformations
physiques. Il y a ceux des enfants dont les circonstances de naissance
sont causes de troubles ou de déséquilibres sociaux.
Il s'agit des enfants adultérins ou incestueux, les enfants
qui naissent de façon anormale, par exemple ceux qui se présentent
à la naissance par les pieds ou par le siège, les enfants
qui ne crient pas immédiatement à leur naissance, les
albinos, le neuvième enfant d'une femme et puis ceux-là
qui plus tard pousseront les dents par la mâchoire supérieure.
L'infanticide est considéré alors comme un facteur de
cohésion social. Par exemple, la société n'accepte
pas des individus à filiation douteuse. Dans le cas de l'inceste
ou de l'adultère, l'élimination de ces enfants permet
de l'avis du sociologue Amadé Badini "de préserver
la paix et la quiétude familiale. Et les femmes qui le commettent
le font pour préserver des valeurs sociales"2 . Dans le
cas des enfants nés avec des handicaps, ils sont éliminés
pour ne pas constituer une charge pour la société.
Dans la société traditionnelle et même de nos
jours encore, dans nos villages et dans certaines de nos villes, il
n'y a aucune structure prête à accueillir ces enfants
inadaptés. La loi et la société ne permettent
toujours pas des naissances sous X.
Dans les villages, la documentation des cas d'infanticide est très
difficile. L'acte est commis immédiatement à la naissance
de l'enfant et dans le cadre de l'intimité familiale. C'est
pourquoi du reste, les tenants de la pratique ne la considèrent
pas comme un crime. En effet, ils pensent que la mise à mort
se faisant avant que l'enfant n'ait été baptisé,
ce n'est pas un crime. Un nouveau-né tué dans ces conditions
est susceptible de se réincarner et de renaître. Alors
que, une fois baptisé et quand il a eu le temps de téter
le lait de sa mère, on ne devrait plus le tuer. Une explication
qui ne traduit pas toute la réalité puisque certains
nourrissons sont tués des mois après, quand les dents
commencent à pousser.
L'infanticide commis dans ces conditions n'est pas un crime. Il n'engendre
pas de remords, sauf pour les personnes extérieures à
la communauté. C'est l'avis du sociologue Badini " Il
est crime pour celui qui vit en dehors de cette société.
La survie de cet enfant provoquera des calamités. L'éliminer
protégerait les parents et le groupe social"3.
Pour exécuter ces nouveaux-nés qui menacent la cohésion
sociale, la société a fixé le mode opératoire.
Cela peut-être un simple abandon. Le nouveau-né est déposé
dans la broussaille ou sous un arbre avec l'espoir qu'un passant qui
est étranger à la famille le trouvera et l'adoptera.
Les enfants adoptés, dans ces conditions portent souvent le
nom de Wend kouni, dans la société Moaga. C'est-à-dire
Dieudonné pour faire le parallèle avec la pratique occidentale.
S'il n'a pas de chance aussi, c'est la mort.
La deuxième méthode est carrément radicale. L'objectif
est effectivement de tuer le nouveau-né soit en le noyant dans
son bain, soit en le précipitant du haut d'une falaise, soit
en forçant sur la purge. Dans ce cas, explique le sociologue
Badini, le chargé d'exécution de la besogne dira simplement
que "l'enfant est resté dans les langes". Les initiés
comprendront. Parfois c'est la mère même du nourrisson
qui se charge de l'exécuter, en lui administrant un bain particulièrement
chaud. En agissant ainsi, la mère est convaincue de rendre
service à son enfant qui de toute façon n'aurait pas
pu s'insérer dans la société. Et puis il y a,
comme nous l'expliquions plus haut, l'espoir d'une réincarnation.
Cet enfant qui est venu cette fois-ci dans des conditions inadaptées
est retourné d'où il est venu pour mieux réussir
sa prochaine venue sur terre. Il n'y a pas crime donc, même
si personne n'assume publiquement avoir exécuté un nourrisson.
Comment la loi règle-t-elle
la question ?
Dans les principales prisons du pays, de nombreuses jeunes femmes
sont incarcérées pour infanticide. Mais ce n'est pas
toujours pour le même type d'infanticide. En ville, les cas
rencontrés et souvent punis, sont le fait de femmes en situation
précaire financièrement et socialement qui se sont débarrassées
de leurs nouveaux-nés, soit en l'étouffant dans un sac
plastique, soit en l'abandonnant dans les fosses ou dans un coin de
la rue. Ces infanticides n'ont rien à voir avec la coutume,
sauf dans des cas liés à l'honneur. Un père estimant
que la grossesse hors mariage de sa fille le déshonore peut
la chasser de la concession familiale. La fille ainsi bannie ne peut
espérer réintégrer la famille que si elle se
débarrasse de l'objet du déshonneur.
La loi dans ces conditions s'applique quand ces filles sont retrouvées.
Elles sont jugées et condamnées à des peines
de prison. Les statistiques sont peu fiables, parce que nombre de
ces filles sont déposées dans les prisons et ne sont
pas jugées. Parfois avec la permissivité de la justice,
elles retrouvent la liberté sans être passées
devant un tribunal. Les chiffres varient cependant, on estime à
une bonne dizaine les cas annuels connus par la justice. Selon des
chiffres recoupés, à Ouagadougou en 2005, environ neuf
(09) femmes étaient détenues à la Maison d'arrêt
pour infanticide.
Pour ce qui est de l'infanticide lié à la coutume, il
fait rarement l'objet d'une poursuite judiciaire. Même quand
des cas sont dénoncés, très souvent il n'y a
pas de preuve et les intéressées sont relâchées
faute de preuve. Adama Sagnon, autrefois procureur du Faso près
du tribunal de grande instance de Ouagadougou explique que de "nombreux
dossiers sont classés sans suite faute de preuves".
Effectivement pour ce type d'homicide, il est difficile de trouver
des preuves. Dans les villages, les consultations prénatales
ne sont pas courantes. Le taux de consultation pour les femmes enceintes
est très faible. Beaucoup de femmes gèrent leur grossesse
hors des structures sanitaires habilitées. Les accouchements
se font aussi rarement dans les maternités. Conséquences
de nombreux enfants burkinabè ne jouissent pas du droit élémentaire
à l'identité. Dans ces conditions, les infanticides
dans le milieu rural sont difficiles à connaître et à
prouver sauf si la mère veut bien dénoncer sa communauté.
Ce qui est impensable en l'étape actuelle de l'évolution
des mentalités. La loi moderne est donc incapable de bien adresser
ce phénomène comme le reconnaît le professeur
de Psychologie Donatien Dahourou, parce que "Le droit statue
sur quelque chose qui est légal, or nos traditions ne le sont
pas".
Quoi faire pour y mettre fin?
Le sujet est pourtant bien connu de nombre de leaders d'opinion, à
commencer par les chefs coutumiers et parfois par les chefs religieux.
Dans cette situation, l'Eglise catholique a été très
souvent le recours pour ces enfants et leur mère. D'autres
structures de la société civile sauvent ces enfants.
Mais ces structures ne sauvent que les enfants qui ont pu parvenir
à elles. Elles font très rarement une action de prospection
au sein des communautés, comme le fait Mme Sanfo, dont nous
avions parlé plus haut.
L'infanticide coutumier reste aujourd'hui un véritable fléau,
qu'il faut éradiquer. La représentation de l'UNICEF
à Ouagadougou avait promis engager une sérieuse investigation
sur le sujet en 2008. Nous sommes en juin et à notre connaissance
un tel travail n'a pas encore commencé. Quant à l'Etat,
ses services sociaux sont au courant du phénomène, mais
se disent impuissants. Et pourtant le temps presse pour sauver des
centaines de Harouna Zimpèla. Ce jeune homme qui n'aurait pas
du vivre selon la coutume et qui est aujourd'hui un cadre de notre
administration.
1 C'est un cas réel. Mais le nom est déformé
pour éviter que l'intéressé ne soit reconnu.
Parce que 30 ans après, sa mère pourrait subir des représailles
coutumières, s'il était découvert.
2 Témoignage recueilli par Ramata Soré et publié
dans L'Evénement n°126 du 25 octobre 2007
3 Opp.cit Ramata Soré.
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Ce que dit la
loi
L'article 322 du code pénal considère l'infanticide
comme le meurtre ou l'assassinat d'un nouveau-né. Un
enfant est considéré comme nouveau-né à
compter du jour de sa naissance jusqu'à deux mois, délai
prescrit pour la déclaration de naissance. Et l'article
324 punit la mère, auteur principal ou complice. Dans
le cas où la mère tue volontairement, elle est
auteur principal, elle encourt alors une peine d'emprisonnement
à vie. Si elle est complice, elle est punie de dix à
vingt ans de prison. Mais cette disposition ne peut s'appliquer
à ses complices n
R. S.
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LTelecel Faso
Le chèque de la discorde

En début mai, l'Inspection d'Etat débarque
à Telecel Faso pour une histoire de chèque que
le nouveau transitaire venu dans les bagages de l'administrateur
provisoire aurait tenté de déposer sur son compte
alors qu'il était libellé au nom de la douane.
Cette intrusion inattendue panique la nouvelle patronne des
lieux qui n'en " dormira pas deux nuits ". Quand elle
retrouve ses esprits, ce sera pour s'en prendre aux "mouchards"
de la maison. Coupable d'avoir alerté " les flics
de la bonne gestion " contre une action manifestement malveillante.
Ainsi commencent les nouveaux problèmes de Telecel Faso,
la grande malade des sociétés de téléphonie
mobile du Burkina Faso.
"Quand je suis arrivée et que j'ai vu les résultats
de la maison, je n'ai pu m'empêcher de féliciter
le personnel. Car malgré la situation difficile de la
maison, ils donnent le meilleur d'eux ". Bien avant, c'est
un des délégués du personnel qui nous explique
comment pour l'année 2007, les travailleurs ont atteint
et dépassé les objectifs fixés par deux
fois. En septembre, les objectifs de l'année en terme
d'abonnés et de chiffres d'affaires ont été
atteints et il a fallu ré- fixer de nouveaux objectifs
pour le dernier trimestre de l'année. Avant décembre,
"nous avions atteints ces objectifs". C'est pourquoi
dans notre plate forme revendicative, nous avions indiqué
à la hiérarchie, qu' "il n'était pas
question cette année de nous contenter des bonus symboliques".
"Nous voulions, nous aussi à Telecel Faso, à
l'instar de nos collègues des autres Telecel, recevoir
des bonus consistants, d'autant plus que nous étions
la filiale la plus performante du groupe ".
De l'avis d'un délégué du personnel, le
bonus servi aux agents burkinabè était de l'ordre
d'un mois de salaire, alors qu'ailleurs, ce sont des millions
que leurs collègues reçoivent. A titre d'information,
la centaine environ d'employés de Telecel Faso font une
masse salariale d'environ 30 millions de francs cfa, alors que
les recettes journalières de la filiale font à
peu près autant par jour. A titre d'information, l'administratrice
provisoire est payée à 9 millions 5 cent mille
francs par mois. A elle seule donc, son traitement serait le
tiers de l'ensemble des traitements servis au personnel. Dans
une telle situation, dans une boite qui gagne beaucoup d'argent
et paye relativement mal son personnel, le climat de travail
ne peut être au beau fixe. Ce ne sera pas le point qui
va mettre le feu au poudre, mais il va l'envenimer suite à
des actions inconsidérées de management de la
nouvelle administratrice provisoire.
Une sanction pour mouchardise
Si c'était en Angleterre, le Directeur des Ressources
humaines, Omar Bonkoungou, présumé coupable d'avoir
dénoncé un prestataire extérieur qui tentait
de gruger sa société, aurait été
félicité et promu. En effet, là-bas, au
pays de sa Gracieuse majesté, le système de "wisel
blow" est institué pour protéger et récompenser
les agents et les personnels qui, ayant eu connaissance d'une
tentative de malversation, la dénoncent à l'autorité
de contrôle.
Au Burkina, le bien nommé "Pays des hommes intègres",
c'est le contraire qui prévaut. Les malheurs de Bonkoungou,
jusque-là DRH de Telecel Faso, ont commencé parce
que soupçonné par l'administratrice provisoire
d'avoir dénoncé le nouveau transitaire de Telecel
Faso, qui a essayé d'encaisser un chèque destiné
à la douane. Convoqué le 15 mai, à la descente
de travail, l'ex-DRH s'est entendu dire qu'on "allait le
mettre lui et le directeur financier à la touche, en
attendant que l'enquête interne et celle entreprise par
le transitaire (sic) indique qui a été le mouchard".
Une bien curieuse façon de respecter le sacro saint principe
de la "présomption d'innocence". Mais elle
a promis qu'elle les rétablirait dans leurs fonctions,
s'ils étaient innocents. Interrogée sur la question,
Madame Toé a invoqué des raisons de secrets professionnels
pour ne pas nous répondre sur la question du chèque.
Elle soutient toute fois, que les affectations ne sont pas des
sanctions. "c'est pour un besoin de plus d'efficacité".
Quand on lui demande si les affectés constituaient les
"maillons faibles de son dispositif", elle répond
: "Ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit". Tout
cela contribue évidemment à alourdir les suspicions,
d'autant plus qu'elle n'arrive pas à expliciter une stratégie
propre qui commanderait un réajustement des responsabilités
au niveau de la boite. Même si cette stratégie
existait, elle ne semble pas avoir été dévoilée
au personnel qui a vu "dans ces convocations-affectations
une insécurité de l'emploi et des fonctions".
L'administratrice provisoire jure sur tous ses dieux, qu'il
n'en est rien, sans convaincre véritablement. Elle aura
en tout cas réussi, bien malgré elle, à
créer les conditions de non réussite de sa mission,
alors que c'est justement le contraire qui la hantait, elle,
la disciple de Georges Bush : "celui qui n'est pas avec
moi est contre moi".
Une accumulation
des gaffes
Outre cette malheureuse affaire du chèque, l'administratrice
provisoire a prêté trop le flanc à la contestation
de son autorité. Dès sa prise de fonction, elle
aurait fait main basse sur le véhicule de fonction de
Telecel Faso, dont elle n'a pas droit. Ce véhicule utilisé,
même familialement pendant les week end, des agents affirment
avoir vu son conjoint le conduire, n'est rien d'autre en droit
qu' " un abus de biens sociaux " et qui dans les pays
de droit, aurait automatiquement disqualifié Françoise
Toé à poursuivre son administration. Aux dernières
nouvelles, une décision de justice aurait ordonné
la non utilisation dudit véhicule.
Autre action inconsidérée, elle aurait fabriqué,
sur mesure, un marché de formation des secrétaires
au bénéfice de la société de son
conjoint. Françoise Toé aura donc réussi,
en moins de cinq mois, à semer le doute dans l'esprit
des travailleurs qui se demandent bien la mission exacte de
l'administration provisoire. Est-ce pour siphonner financièrement
la société, avant la décision définitive
de justice, qui selon nombre de juristes, pourrait difficilement
être favorable à Planor, l'actionnaire burkinabè,
qui intente depuis 2005 un procès à ces autres
co-actionnaires, dont Atlantique Télécom. La dernière
décision de justice favorable à Planor est considérée
comme une monstruosité en droit. En effet, elle ordonne
aux vis-à-vis de Planor de vendre leurs actions. C'est
comme, explique un avocat, si la justice vous ordonnait de vendre
votre maison alors qu'elle n'a ni été saisie,
ni gagée.
En réalité dans cette affaire, expliquent ceux
qui connaissent le dossier, Planor, qui n'a pas fini de payer
ses actions, alors que ses partenaires se sont libérés
de la totalité des leurs, est très mal placée
pour adopter la posture qui est la sienne présentement.
Mais en même temps, on se demande légitimement
où est partie le prêt CNSS contracté justement
pour acquérir ces actions.
Pour sûr, Telecel Faso, qui a une baraka extraordinaire
(elle continue à progresser malgré la crise au
sommet), n'a pas encore fini de faire parler d'elle. En octobre
2007, sa licence était presque retirée. Un membre
de l'expédition de la dernière chance qui est
allée rencontrer Tertius Zongo, en son temps, explique,
que le Premier ministre avait été ferme avec eux.
Il leur avait dit en substance : "Petits frères,
pour moi, Telecel est derrière moi. La licence est retirée.
La décision passe en Conseil des ministres mercredi prochain"
Ce retrait n'aura finalement pas lieu. Une décision de
derrière minute a sauvé la société.
Qu'est-ce qui a pu, entre temps, infléchir la position
du Premier ministre ? Ce n'est peut-être pas une explication
scientifique, mais elle vaut son pesant psychologique. Au secrétariat
de l'administratrice provisoire trône une belle photo
où l'on voit le président du Faso et son frangin
posant avec quelques membres du staff dirigeant. Banale photo
de circonstance ? Pas si sûr !
Par Newton Ahmed Barry
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