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DOSSIER
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ENTREPRISE
Telecel Faso
Françoise Toé se fait contester
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Les délégués du personnel lors de leur conférence
de presse à la bourse du travail
Par Sami Bruno Sanogo Gniminou
Alors que les deux principaux actionnaires de la société
de téléphonie mobile se battent, les employés
tiennent un bras de fer avec l'administratrice provisoire. Parce que
leur plate-forme revendicative traîne sur sa table depuis novembre
dernier
A l'issue d'une rencontre tenue par l'ensemble du personnel de Telecel
Faso, le vendredi 23 novembre 2007, vingt-cinq points ont été
retenus comme revendication. Vendredi 6 juin 2008, le cahier de doléances
traîne sur la table de l'administratrice provisoire. Et l'Inspection
du travail joue la médiation.
Nommée par la justice en janvier dernier, au soir même
de la crise des actionnaires, Françoise Toé, administratrice
provisoire, trouve sur son bureau la plate forme revendicative des
travailleurs pour l'année 2007. Aussitôt elle se déclare
incompétente à la satisfaire. Pire, le bonus sur l'atteinte
des objectifs, octroyé chaque année pour récompenser
la performance des travailleurs, est un temps mis en veilleuse, puis
revu à la baisse, avant d'être finalement octroyé
et utilisé comme " arme de division massive ". Ainsi
s'engage le bras de fer avec le collège des délégués
du personnel.
Chiffre d'affaires contraire au traitement des travailleurs
Vendredi 22 février, dans toutes les agences
de Telecel Faso, les employés à leur tâche, portent
des brassards rouges. Le lundi 25, Madame Toé adresse une correspondance
aux délégués du personnel : "Le matin du
vendredi 22 février, nous avons constaté avec stupéfaction
que le personnel était en port de brassard pour, dit-on, protester
contre le prétendu refus de la direction d'accéder à
votre requête au paiement du bonus de l'année 2007 ",
annonce la correspondance. "Votre demande est en cours d'examen
malgré les difficultés que connaît l'entreprise
et la situation d'administration provisoire dans laquelle elle se
trouve".
Or selon les délégués du personnel, l'entreprise
est plus que jamais en pleine forme. "
Nous demandons une
régularisation : on veut avoir une carrière professionnelle.
Parce que rien que pour cette année 2007, nous avons bien mouillé
le maillot. Telecel Faso a connu une croissance jamais égalée.
Et même sur le marché national, je puis vous assurer
qu'aucun opérateur de téléphonie n'a eu la même
croissance ni aucune filiale de Atlantique Telecom non plus. En termes
de part d'abonnés, de chiffres d'affaires relatifs et de marché.",
dément Rasmané Sankara, un membre du personnel. C'est
donc tout naturellement que le personnel s'attendait à une
récompense pour les efforts fournis, nonobstant le fait que
l'entreprise soit passée sous une administration provisoire
en janvier dernier.
Françoise Toé, l'administratrice provisoire avait promis
pourtant d'être une courroie de transmission de leurs doléances
auprès des actionnaires, notamment d'Atlantique Telecom, qui
leur verse le bonus annuel. Et très curieusement, c'est au
collège des délégués qu'elle s'en prend.
"Elle nous reproche de vouloir saboter sa mission et ainsi donner
raison à ses rivaux", affirme Hamidou, un membre du personnel.
" Ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi "
De couacs en couacs, les relations vont progressivement
se détériorer entre la direction et le personnel. Le
mois de mai se révèle particulièrement difficile.
Dans ce contexte de tension générale, des affectations
viennent renforcer le caractère suspicieux des relations. Jeudi
15 mai, une décision de l'administratrice annonce : "Monsieur
Bonkoungou Oumar, précédemment directeur des ressources
humaines et de l'administration est affecté à la Direction
technique en qualité de responsable de la sécurité".
L'intéressé avoue ne rien y comprendre. Il saisit le
collège des délégués, par une lettre :
" Dans un courrier de l'administratrice provisoire, en date du
15 mai à moi adressé et parvenu le 16 mai 2008, j'apprenais
ma révocation et mon affectation (
) au poste de responsable
à la sécurité ", écrit Oumar Bonkoungou.
Or à ce moment là, il y avait une affaire de chèque
de 65 millions disparu, qui animait les débats dans l'entreprise.
Dès la réception du courrier, les délégués
ont contacté l'administration provisoire pour en savoir davantage.
"Nous avions accepté de porter cette affaire devant l'administration,
non pas pour savoir les critères de désignation des
directeurs, mais surtout pour comprendre cette affaire de chèque
émanant de Telecel se retrouvant entre les mûrs de l'Inspection
d'Etat. Situation qui donne, à n'en pas douter, une image négative
de notre société", font valoir les délégués.
Mme Toé refuse de lier les affectations soudaines à
l'affaire du chèque. Pour elle, les affectations sont commandées
par "le besoin de sang neuf pour mener à bien sa mission"
et elle ajoute, sans nuance, que "ceux qui ne sont pas avec moi,
sont contre moi".
Pas d'AG avant 18 heures !
Vendredi 23 mai, les délégués envoient
une demande d'autorisation pour la tenue d'une assemblée générale
extraordinaire, trois jours plus tard à 15 heures 30, sous
le hall du siège. Dans le "cadre des concertations permanentes
sur les préoccupations de l'ensemble du personnel de telecel
Faso ", précise la demande. A la suite de la demande,
ils font une affiche pour informer leurs camarades de cette rencontre.
L'administratrice ne reçoit cette demande que le lundi 26 mai.
Elle n'est contente ni de la procédure ni de certains propos
de la demande. " J'ai constaté ce matin 26 mai 2008, avec
étonnement, une affiche du collège des délégués
du personnel et qui m'a été transmise par courrier (
)
traitant de mon prétendu refus d'autoriser la tenue d'une assemblée
générale ce jour même ", observe Madame Toé,
avant de poursuivre : " A aucun moment je ne me suis opposée
à la tenue d'une assemblée générale de
travailleurs. J'ai simplement souhaité que cela puisse se faire
à partir de 18 heures pour ne pas perturber le travail "
Une Assemblée générale tenue sous haute surveillance!
Lundi 26 mai, il est 15 heures 30. Sous une garde minitieuse
de plusieurs compagnies de vigiles, assez extraordinaire, les grilles
du siège telecel sont fermées et pour cause : l'ensemble
du personnel discute au sujet du réexamen de sa plate-forme
revendicative, sur deux affectations, jugées arbitraires. Le
directeur des ressources humaines, Oumar Bonkoungou, et le directeur
technique, Claude Millogo, ont été affectés respectivement
comme responsable sécuritaire et conseiller technique auprès
de l'administratrice judiciaire provisoire, Françoise Toé.
Les travailleurs de Telecel Faso ont donc déserté pour
plus d'une heure leurs postes de travail dans l'après-midi
du lundi 26 mai. Le coordonnateur des délégués
de Telecel Faso, Adolphe Sidibé, entouré de leaders,
a rappelé l'historique de ce mouvement d'humeur consécutif
à la non-satisfaction de la plate-forme revendicative déposée
auprès de la direction générale en novembre 2007,
et portant entre autres sur le paiement des heures supplémentaires
aux agents. "L'administratrice judiciaire provisoire nous a fait
comprendre qu'elle ne pouvait pas satisfaire nos revendications du
fait de sa mission précise à la tête de la société",
affirment les délégués qui disent ne pas comprendre
qu'elle ait pu prendre les décisions d'affectations incriminées.
Leur interlocutrice arguant seulement qu'il faut du sang neuf dans
la société. C'est sur un ton assez dur que les uns et
les autres se sont séparés après qu'un leader
a demandé à tous de rester solidaires: "Rien n'arrivera
à personne tant que nous resterons solidaires pour gagner la
lutte..."
Un appel a été lancé afin que la direction revienne
sur sa décision et examine au plus tôt la plate-forme
revendicative. Interrogée dans son bureau après qu'elle
a fait de multiples va-et-vient pour sommer les agents de regagner
leurs postes, l'administratrice judiciaire provisoire, Françoise
Toé, dit ne pas comprendre que des affectations suscitent pareil
mécontentement : "Ecoutez, il s'agit d'affectations et
non de sanctions. Toute personne qui a une mission doit se donner
toutes les chances de la réussir. J'ai une mission judiciaire
et s'il y a des gens qui traînent les pieds, il nous faut d'autres
personnes. C'est une question d'efficacité." Elle dit
être appelée à gérer la société
"jusqu'à ce que les choses rentrent dans l'ordre",
avant d'ajouter qu'elle a tout fait depuis son arrivée en janvier
2008 pour éviter qu'on lui mette des bâtons dans les
roues. A propos du cahier des doléances, elle dit ne pas avoir
les compétences pour les satisfaire
Sami Bruno Sanogo Gniminou
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LTelecel Faso
Le chèque de la discorde

En début mai, l'Inspection d'Etat débarque
à Telecel Faso pour une histoire de chèque que
le nouveau transitaire venu dans les bagages de l'administrateur
provisoire aurait tenté de déposer sur son compte
alors qu'il était libellé au nom de la douane.
Cette intrusion inattendue panique la nouvelle patronne des
lieux qui n'en " dormira pas deux nuits ". Quand elle
retrouve ses esprits, ce sera pour s'en prendre aux "mouchards"
de la maison. Coupable d'avoir alerté " les flics
de la bonne gestion " contre une action manifestement malveillante.
Ainsi commencent les nouveaux problèmes de Telecel Faso,
la grande malade des sociétés de téléphonie
mobile du Burkina Faso.
"Quand je suis arrivée et que j'ai vu les résultats
de la maison, je n'ai pu m'empêcher de féliciter
le personnel. Car malgré la situation difficile de la
maison, ils donnent le meilleur d'eux ". Bien avant, c'est
un des délégués du personnel qui nous explique
comment pour l'année 2007, les travailleurs ont atteint
et dépassé les objectifs fixés par deux
fois. En septembre, les objectifs de l'année en terme
d'abonnés et de chiffres d'affaires ont été
atteints et il a fallu ré- fixer de nouveaux objectifs
pour le dernier trimestre de l'année. Avant décembre,
"nous avions atteints ces objectifs". C'est pourquoi
dans notre plate forme revendicative, nous avions indiqué
à la hiérarchie, qu' "il n'était pas
question cette année de nous contenter des bonus symboliques".
"Nous voulions, nous aussi à Telecel Faso, à
l'instar de nos collègues des autres Telecel, recevoir
des bonus consistants, d'autant plus que nous étions
la filiale la plus performante du groupe ".
De l'avis d'un délégué du personnel, le
bonus servi aux agents burkinabè était de l'ordre
d'un mois de salaire, alors qu'ailleurs, ce sont des millions
que leurs collègues reçoivent. A titre d'information,
la centaine environ d'employés de Telecel Faso font une
masse salariale d'environ 30 millions de francs cfa, alors que
les recettes journalières de la filiale font à
peu près autant par jour. A titre d'information, l'administratrice
provisoire est payée à 9 millions 5 cent mille
francs par mois. A elle seule donc, son traitement serait le
tiers de l'ensemble des traitements servis au personnel. Dans
une telle situation, dans une boite qui gagne beaucoup d'argent
et paye relativement mal son personnel, le climat de travail
ne peut être au beau fixe. Ce ne sera pas le point qui
va mettre le feu au poudre, mais il va l'envenimer suite à
des actions inconsidérées de management de la
nouvelle administratrice provisoire.
Une sanction pour mouchardise
Si c'était en Angleterre, le Directeur des Ressources
humaines, Omar Bonkoungou, présumé coupable d'avoir
dénoncé un prestataire extérieur qui tentait
de gruger sa société, aurait été
félicité et promu. En effet, là-bas, au
pays de sa Gracieuse majesté, le système de "wisel
blow" est institué pour protéger et récompenser
les agents et les personnels qui, ayant eu connaissance d'une
tentative de malversation, la dénoncent à l'autorité
de contrôle.
Au Burkina, le bien nommé "Pays des hommes intègres",
c'est le contraire qui prévaut. Les malheurs de Bonkoungou,
jusque-là DRH de Telecel Faso, ont commencé parce
que soupçonné par l'administratrice provisoire
d'avoir dénoncé le nouveau transitaire de Telecel
Faso, qui a essayé d'encaisser un chèque destiné
à la douane. Convoqué le 15 mai, à la descente
de travail, l'ex-DRH s'est entendu dire qu'on "allait le
mettre lui et le directeur financier à la touche, en
attendant que l'enquête interne et celle entreprise par
le transitaire (sic) indique qui a été le mouchard".
Une bien curieuse façon de respecter le sacro saint principe
de la "présomption d'innocence". Mais elle
a promis qu'elle les rétablirait dans leurs fonctions,
s'ils étaient innocents. Interrogée sur la question,
Madame Toé a invoqué des raisons de secrets professionnels
pour ne pas nous répondre sur la question du chèque.
Elle soutient toute fois, que les affectations ne sont pas des
sanctions. "c'est pour un besoin de plus d'efficacité".
Quand on lui demande si les affectés constituaient les
"maillons faibles de son dispositif", elle répond
: "Ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit". Tout
cela contribue évidemment à alourdir les suspicions,
d'autant plus qu'elle n'arrive pas à expliciter une stratégie
propre qui commanderait un réajustement des responsabilités
au niveau de la boite. Même si cette stratégie
existait, elle ne semble pas avoir été dévoilée
au personnel qui a vu "dans ces convocations-affectations
une insécurité de l'emploi et des fonctions".
L'administratrice provisoire jure sur tous ses dieux, qu'il
n'en est rien, sans convaincre véritablement. Elle aura
en tout cas réussi, bien malgré elle, à
créer les conditions de non réussite de sa mission,
alors que c'est justement le contraire qui la hantait, elle,
la disciple de Georges Bush : "celui qui n'est pas avec
moi est contre moi".
Une accumulation
des gaffes
Outre cette malheureuse affaire du chèque, l'administratrice
provisoire a prêté trop le flanc à la contestation
de son autorité. Dès sa prise de fonction, elle
aurait fait main basse sur le véhicule de fonction de
Telecel Faso, dont elle n'a pas droit. Ce véhicule utilisé,
même familialement pendant les week end, des agents affirment
avoir vu son conjoint le conduire, n'est rien d'autre en droit
qu' " un abus de biens sociaux " et qui dans les pays
de droit, aurait automatiquement disqualifié Françoise
Toé à poursuivre son administration. Aux dernières
nouvelles, une décision de justice aurait ordonné
la non utilisation dudit véhicule.
Autre action inconsidérée, elle aurait fabriqué,
sur mesure, un marché de formation des secrétaires
au bénéfice de la société de son
conjoint. Françoise Toé aura donc réussi,
en moins de cinq mois, à semer le doute dans l'esprit
des travailleurs qui se demandent bien la mission exacte de
l'administration provisoire. Est-ce pour siphonner financièrement
la société, avant la décision définitive
de justice, qui selon nombre de juristes, pourrait difficilement
être favorable à Planor, l'actionnaire burkinabè,
qui intente depuis 2005 un procès à ces autres
co-actionnaires, dont Atlantique Télécom. La dernière
décision de justice favorable à Planor est considérée
comme une monstruosité en droit. En effet, elle ordonne
aux vis-à-vis de Planor de vendre leurs actions. C'est
comme, explique un avocat, si la justice vous ordonnait de vendre
votre maison alors qu'elle n'a ni été saisie,
ni gagée.
En réalité dans cette affaire, expliquent ceux
qui connaissent le dossier, Planor, qui n'a pas fini de payer
ses actions, alors que ses partenaires se sont libérés
de la totalité des leurs, est très mal placée
pour adopter la posture qui est la sienne présentement.
Mais en même temps, on se demande légitimement
où est partie le prêt CNSS contracté justement
pour acquérir ces actions.
Pour sûr, Telecel Faso, qui a une baraka extraordinaire
(elle continue à progresser malgré la crise au
sommet), n'a pas encore fini de faire parler d'elle. En octobre
2007, sa licence était presque retirée. Un membre
de l'expédition de la dernière chance qui est
allée rencontrer Tertius Zongo, en son temps, explique,
que le Premier ministre avait été ferme avec eux.
Il leur avait dit en substance : "Petits frères,
pour moi, Telecel est derrière moi. La licence est retirée.
La décision passe en Conseil des ministres mercredi prochain"
Ce retrait n'aura finalement pas lieu. Une décision de
derrière minute a sauvé la société.
Qu'est-ce qui a pu, entre temps, infléchir la position
du Premier ministre ? Ce n'est peut-être pas une explication
scientifique, mais elle vaut son pesant psychologique. Au secrétariat
de l'administratrice provisoire trône une belle photo
où l'on voit le président du Faso et son frangin
posant avec quelques membres du staff dirigeant. Banale photo
de circonstance ? Pas si sûr !
Par Newton Ahmed Barry
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