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Dossier : Environnement
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Approche Ecosan
Une nouvelle alternative agricole pour l'Afrique

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Ambroise Dipama ( milieu) vantant les bienfaits des produits ECOSAN

Par Souleymane Zaré

En 2002, le Centre régional pour l'eau potable et l'assainissement à faible coût (CREPA) a initié le programme sous-régional d'assainissement écologique (ECOSAN) comme une alternative à l'utilisation des fertilisants chimiques. L'approche ECOSAN consiste à collecter, à hygiéniser et à réutiliser les excrétas humains (fèces et urine) comme fertilisants agricoles. Depuis juillet 2006, ce programme est à la phase de dissémination de ses produits dans dix pays du réseau CREPA. Chez nous, la localité de Saaba fait partie des zones d'intervention d'ECOSAN.

Ambroise Dipama est originaire de Saaba, une localité située à 10 Km à la sortie-Est de Ouagadougou. Agé de 50 ans, il évolue dans la maraîcher-culture depuis 1992. Son exploitation est située sur les bords du barrage d'eau de Saaba. Il exploite une superficie de 1,5 hectares à travers la culture d'une variété de légumes composés entre autres de choux, de courgettes, de tomates, de concombres et d'oignons. Il y a trois ans, ce maraîcher a appris que l'on pouvait utiliser les excrétas et l'urine humains hygiénisés comme engrais. Ça ne l'a point surpris. En effet, il se souvient qu'avant, les meilleures récoltes étaient obtenues aux alentours des concessions familiales. Faute de toilettes, en plus d'y déféquer, c'est en ces lieux que l'on rejetait également les crottes d'animaux. Aujourd'hui, Ambroise fait partie des bénéficiaires du programme ECOSAN à Saaba.
Avant l'utilisation des produits ECOSAN, il déboursait 125 000 frcs CFA chaque année pour acheter des engrais chimiques (azote, phosphore, potassium et urée). Actuellement, avec l'emploi des produits ECOSAN comme fertilisants pour une partie de son exploitation, Ambroise dépense moins d'argent dans l'achat des engrais chimiques.
Nous sommes sur la partie de son champ réservée à la culture des courgettes. Il nous présente deux planches. Ambroise a utilisé de l'engrais chimique pour fertiliser l'une d'elles. Par contre sur l'autre, c'est de l'urine hygiénisée qui a servi de fertilisant. Ambroise est très loquace quant aux vertus des fertilisants humains sur sa production. La différence frappe à vue d'œil selon lui : "J'ai planté toutes ces courgettes à la même date. Mais, vous voyez que sur la partie où j'ai appliqué l'urine hygiénisée, les feuilles des plantes sont plus grosses, plus vertes et les courgettes plus grosses".
Il faut dire qu'on n'applique pas directement le produit sur la plante. Ambroise a fait des sillons le long des plants. A l'aide d'un entonnoir en plastique, il verse l'urine hygiénisée à quelques centimètres de chaque pied de plant. Pour la fertilisation de cette portion de son jardin, Ambroise a dû utiliser plus de 40 litres d'urine hygiénisée. Et, Annicet Kyansem (ingénieur au CREPA) d'ajouter que : "la forte concentration d'azote contenue dans l'urine hygiénisée empêche les insectes de s'attaquer aux tomates, mais également au striga (une plante nuisible) d'envahir les champs de céréales".

Comment obtenir les excrétas hygiénisés

L'hygiénisation est un processus qui consiste à assainir les excrétas avant leur utilisation comme fertilisants. Cela permet d'éliminer les germes, sources de nombreuses maladies. L'hygiénisation se fait d'abord par la séparation des fèces et de l'urine à partir des latrines. Pour ce faire, le CREPA a conçu des latrines (latrines ECOSAN) adaptées à ce processus.
L'urine est collectée et stockée dans un récipient (par exemple un bidon ou un fût) hermétiquement fermé. Cela permet de retenir l'azote que renferme l'urine. Le Burkina étant un pays sahélien, on estime que 30 jours suffisent pour que le PH et l'ammoniac contenus dans l'urine puissent débarrasser celle-ci de tous les microbes.
Pour les fèces, le processus prend encore plus de temps. Les latrines ECOSAN sont munies de deux fosses, utilisées alternativement. Après chaque défécation, on verse de la cendre (sans y ajouter de l'eau) sur les fèces jusqu'à ce que la fosse soit pleine. La cendre permet de déshydrater les fèces. Elle augmente le PH (qui neutralise les bactéries) des fèces et les rend saines au bout de 6 mois. Quand la première fosse utilisée est pleine, elle est fermée pendant 6 mois, tandis que la seconde est en utilisation pendant ce temps. Les fèces hygiénisés sont surtout utilisés pour la fertilisation des champs de céréales.

Avantages économiques d'ECOSAN pour le Burkina

L'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K) sont des substances qui entrent dans la composition des engrais chimiques. Au Burkina, ces engrais sont beaucoup utilisés dans l'agriculture. Le coût annuel de leur importation est estimé à plus de 30 milliards de frs CFA. Ces éléments minéraux, indispensables pour la croissance des plantes sont dans les aliments que nous consommons. Mais, la quantité de ces éléments minéraux entrant dans le corps à travers la nourriture est la même quantité qui est éliminée avec l'urine et les fèces. En 2005 la FAO a rendu publics, les résultats d'études menées sur la production annuelle d'azote, de phosphore et de potassium par habitant en Afrique de l'Ouest. De ces études, on retient que chaque individu rejetterait 2,8 Kg de N, 0,5 Kg de P et 1,3 Kg de K. En valeur monétaire, cela représenterait 3000 frcs CFA/an.
De nationalité suédoise, Linus Dagerskog est expert associé au programme ECOSAN. Lors d'une récente formation des journalistes burkinabè sur l'approche ECOSAN, il a présenté les avantages économiques d'ECOSAN pour le Burkina.
Selon cet expert, une personne produit 20 Kg d'excrétas hygiénisés chaque année. Le coût de fertilisants contenus dans ces fèces est évalué à 50 frcs CFA/Kg. Ce qui revient à 1000 frcs CFA/Kg. Concernant l'urine, l'expert suédois pense qu'une personne peut remplir 20 bidons de 20 litres d'urine par an. Si un bidon coûte 100 frcs CFA, alors ces 20 bidons vaudront 2000 frcs CFA. Avec une population estimée à 13 500 000 d'habitants, le Burkina économiserait par an, plus de 40 milliards de frcs CFA à travers l'utilisation des fertilisants humains, sans compter d'autres avantages tant sur le plan santé, de l'environnement que sur la protection des ressources en eau. Une somme qui n'est pas du tout négligeable pour un pays à faible revenu.

Comment donner une autre perception des excrétas aux populations

Le programme ECOSAN vise un passage à l'échelle à long terme. Les populations consommeraient volontiers les produits ECOSAN si toutes les garanties de sécurité leur sont données. Le CREPA a mené une phase de recherches sur ECOSAN avant sa phase actuelle de dissémination. Ida Ouandaogo est sociologue. Elle a participé à ces études. Pour elle : "Ces études nous ont permis d'avoir la perception des populations sur le sujet à l'heure actuelle. Beaucoup de personnes nous ont affirmé qu'elles n'ignoraient pas l'utilisation des boues de vidanges par certains maraîchers". Selon la sociologue, les produits ECOSAN étant hygiénisés, les populations sont prêtes à les utiliser s'il est prouvé qu'ils ne présentent aucun risque pour leur santé. Parlant de garantie quant à la qualité des produits ECOSAN, le Laboratoire national de santé public (LNSP) a effectué un contrôle de qualité microbiologique sur un échantillon de tomate ECOSAN du 15/12/05 au 21/12/05. Dans son rapport d'analyse N°2420, le LNSP concluait que : "l'analyse microbiologique révèle que le produit est de bonne qualité, conforme à la réglementation en vigueur en matière de contrôle microbilogique des laits fermentés (Respect des valeurs guides de qualité microbiologique)" et que : "Les résultats sont valables pour le stock contrôlé".
L'Afrique tente de trouver de nouvelles innovations pour réduire son enveloppe financière et sa dépendance à l'égard de l'Occident. La course actuelle vers la production des biocarburants le démontre bien. Le Phosphore n'étant pas une ressource inépuisable, ECOSAN va-t-il bénéficier de la même attention de la part des décideurs politiques ?

zaresouleymane@yahoo.fr

Dans les dix pays couverts par le programme ECOSAN, il a été convenu de donner des noms locaux aux fertilisants hygiénisés. Ainsi pour le Burkina, une fois hygiénisés, les urines et les fèces hygiénisés sont appelés "birg-koom" (engrais liquides) et "birg-koenga" (engrais solides) en Moore. Ce changement de nom, selon le CREPA et les utilisateurs aide à la compréhension et à l'acceptation des produits hygiénisés ECOSAN n


 

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 15 Janvier 2008