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DOSSIER: ALTERNANCE
2005
Battre
Blaise ne sera pas facile, mais c'est possible !
|  Phillipe
Ouedraogo
|  Herman
Yameogo |  Maître
Bénéwendé Sankara
| La
politique, c'est comme les lois de la nature. Il faut comprendre comment ça
fonctionne pour être en mesure de les utiliser à son profit. L'opposition
que l'on disait dispersée et incapable de s'entendre vient de réussir
une petite révolution en affichant son unité contre Blaise. Les
trois candidats qui ont reçu l'onction du groupe " Alternance 2005
" ont un pari à relever : montrer qu'ils n'y vont pas pour faire de
la figuration. Ils ont pour ce faire quelques arguments qui peuvent faire mouche.Face
à Blaise, les opposants burkinabè connaissent leur handicap : l'absence
d'un leader charismatique de l'envergure d'un Abdoulaye Wade ou d'un Moï
Kibaki. Le propos revient souvent comme une ritournelle et déplorant le
vide en personnalités crédibles. Le Burkina entend-on dire a besoin
de quelqu'un de respectable dans une sous-région agitée. Or l'opposition
ne semble pas disposer de cet oiseau rare susceptible de rassurer les Burkinabè.
C'est vrai qu'entre une Côte d'Ivoire entrée dans une crise endémique
et le Togo empêtré dans une situation d'incertitude, le capitaine
semble être le meilleur à la barre, aux yeux de bon nombre de Burkinabè.
L'opposition qui n'ignore pas ces arguments, cherche à s'offrir une bonne
tribune pour rendre sa voix audible. Blaise fait partie du problème que
traverse notre sous-région ouest-africaine, ne cesse t-elle pas de répéter.
L'équation serait donc impossible à résoudre si ce dernier
demeure aux commandes. Le cadre du débat, on le voit est planté
et le programme connu. On n'attend plus que l'entrée en scène des
acteurs pour juger de leurs talents de conviction. Cependant, les choses ne se
présentent pas aussi simplement. Le prologue promet en effet d'être
animé. L'opposition qui ne manque pas de sens d'à propos, reviendra
certainement les prochains jours sur le report unilatéral des municipales,
report dont les arrières-pensées ne font l'ombre d'aucun doute pour
les partis d'Alternance 2005 : il s'agit d'une manuvre de la Majorité
au pouvoir pour reprendre en main une situation politique sérieusement
mise à mal depuis 2002
Nous savons que le résultat espéré
par le CDP, aidé en cela par la CENI, est de revenir à une situation
politique semblable à celle de juin 1997qui avait vu le CDP écraser
de tout son poids la vie politique nationale*. Difficile en effet de croire à
l'argument invoqué pour justifier le report, d'autant que l'Assemblée
nationale qui n'a rien laissé au hasard avait tout prévu. On dira
bien sûr que voter les fonds, ce n'est pas les avoir disponibles. Soit !
Mais il est évident que tout est question de volonté politique.
Si la majorité l'avait voulu, tous les agendas électoraux auraient
pu être scrupuleusement respectés. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard
si on a laissé la CENI s'occuper du sale boulot, celui notamment d'annoncer
le report. La CENI au pied du mur Mais l'on se demande
pourquoi alors cette institution n'a pas examiné la question avec les partis
politiques en vue de lui trouver une solution satisfaisante pour tous. Il est
curieux que ce soit le scrutin municipal qui ait subi un report alors qu'il se
situe chronologiquement avant la présidentielle. La CENI dont la crédibilité
est loin d'être acquise aurait gagné à faire preuve d'un peu
plus d'indépendance. Celle-ci s'est plutôt contentée d'entériner
une décision d'autant plus anormale qu'elle obéit à une logique
purement électoraliste. Mais le pouvoir en jouant sur les marges de manuvre
de la CENI prend le risque d'affaiblir une structure qui fait à peu près
l'objet d'un consensus national. L'opinion publique aurait mieux compris et accepté
qu'il mette un point d'honneur à organiser dans les règles de l'art
et à gagner des élections qui lui assurent une majorité politique
réelle, au lieu de se livrer à des manipulations. Il est vrai qu'en
Afrique, l'essentiel a été souvent de s'assurer les leviers du pouvoir,
la manière comptant souvent pour du beurre. Mais, on pensait que Blaise
s'était fixé un autre challenge, après avoir connu deux élections
sans panache. On se rend bien compte que tout est finalement relatif si on en
juge par ce qui est en train de se passer et qui vient s'ajouter au précédent
du code électoral qui a connu un réaménagement dans cette
même logique. Le hic, c'est qu'on ne tient pas compte de l'opinion publique
qui assiste en spectateur pour le moment impuissant à des actions de force,
puisqu'on ne prend même pas la peine de la convaincre ! Pour l'heure, le
principal atout du parti au pouvoir, c'est justement sa position de pouvoir. Avec
la mentalité qu'on croit être celle des Burkinabè caractérisée
par le réflexe légitimiste, les choses ne devraient pas changer
du moins l'espère-t-on. Les différents comités de soutien
à la candidature de Blaise Compaoré, impulsés par des structures
qui échappent au contrôle du CDP et souvent même animés
d'un esprit de rivalité, attestent de la montée du légitimisme
comme valeurs et comme ligne politiques, sur fond d'opportunisme politique. Pour
l'opposition, une question se pose désormais : comment faire du 13 novembre
2005, un moment historique national ? Alternance 2005 a déjà posé
un premier jalon dans ce sens en choisissant ses trois candidats. C'est vrai,
l'unanimité espérée n'a pas eu entièrement lieu si
l'on considère que le PDP/PS et le FFS sont restés en dehors de
la compétition. Quelles que soient les raisons invoquées, c'est
le signe que tout ne baigne pas dans l'huile. Le PDP qui est le principal parti
du groupe en nombre d'élus nationaux (10 députés contre 7
à l'UNDD, 3 à l'Unir/MS et 2 au PDS) était quasiment assuré
de voir son candidat retenu. Mais ce parti qui préparait son congrès
au cours duquel devait se poser la question de la succession du professeur Ki
Zerbo, n'avait visiblement pas de candidat. Sans le dire, il espérait que
les camarades du groupe allaient attendre la résolution de ce problème
interne. Les choses n'ont pas pu se passer ainsi. Avec un grain d'amertume, le
PDP a toutefois réintégré le groupe après son congrès,
ce qui est un signe de sa bonne disposition, même si cela ne traduit pas
un ralliement aux décisions prises à son absence. Le FFS qui de
son côté avait suspendu sa participation aux activités du
groupe donne l'impression de ne pas vouloir entrer en compétition avec
l'Unir/MS, qui au regard des critères définis avait plus d'atouts
de l'emporter. Le parti de Ram Ouédraogo est le seul qui a perdu en compétissant
et qui visiblement n'accepte pas de se plier aux décisions. Très
mauvais signe pour un leader qui aspire à présider aux destinées
démocratiques du Burkina et qui semble afficher un tel irrespect des règles
et principes de la démocratie. Il y aurait beaucoup à dire sur ce
cas de figure, mais il est intéressant de constater qu'il existe un dénominateur
commun à tous, c'est la volonté de continuer à travailler
ensemble. Somme toute, la multiplicité des candidatures au sein de l'opposition
n'est pas forcément une mauvaise chose dans une élection à
double tour, l'essentiel étant de savoir minimiser les facteurs négatifs.
Le facteur négatif principal c'est le risque de pousser les électeurs
dès le premier tour à voter utile. Or il y a des chances que le
vote utile profite davantage au candidat au pouvoir qui se trouve seul contre
tous. Un autre facteur négatif non moins important, ce sont les personnalités
qui briguent les suffrages. En plus de leur stature nationale, leur audience ne
doit pas se concentrer dans les mêmes régions au risque de se gêner.
L'idéal aurait été d'avoir un candidat qui rayonne dans le
plateau central, un dans les régions de l'Ouest et du Sud-Ouest, un autre
enfin dans les régions du Nord-Est. Les trois mousquetaires d'Alternance
2005 ne remplissent pas toutes ces conditions, mais il s'agit là de conditions
idéales qui du reste ne sont pas rigides. Elles pourraient être pondérées
par le phénomène partisan qui comme on le sait regorge parfois de
leaders régionaux charismatiques et dynamiques. Le sort de l'alternance
pourrait bien se jouer au premier tour. En cas de ballotage, les données
du problème pourraient changer. Il est possible que le phénomène
crée une dynamique favorable. La cohorte d'hommes et de femmes que l'on
mobilise pour supplier Blaise Compaoré de se porter candidat pourrait faire
place à une déferlante en faveur du changement. Quand l'espoir renaît,
la peur change vite de camp et le paysage politique est susceptible de se redessiner.
Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour imposer un tel cours aux événements,
il faut accepter de travailler ensemble, en mettant en commun les maigres moyens.
Il faut rester ouvert à de nouvelles alliances dans l'intérêt
du changement, accepter dès maintenant de jouer le jeu du report des voix
quel que soit le candidat de l'opposition qui arrivera au second tour. Si l'objectif
est de battre Blaise, alors il faut ouvrir le jeu et se mettre dans la tête
que le pari peut venir de l'un ou l'autre candidat du spectre oppositionnel, allant
d'Hermann à Gilbert Ouédraogo, en passant par Philippe, Bénéwendé,
Norbert Tiendrébéogo ou Emile Paré. Quand on a compris et
accepté qu'il peut en être ainsi, on aura accompli une véritable
révolution culturelle. Quant aux conditions de l'élection elle-même,
elles demeurent ce que sont les conditions d'une opposition politique sous les
tropiques, c'est-à-dire difficiles. Il serait illusoire de croire qu'il
est possible de battre Blaise sur la base de la seule aspiration au changement.
Il y a du travail à faire et il faut s'en donner les moyens. C'est connu
que l'opposition n'a pas de pétrole, mais avec le génie créateur,
les choses peuvent aller mieu. " in déclaration liminaire de
la conférence de presse du 18 mars(Alternance 2005)
| Atouts
et faiblesses des trois mousquetaires | *
Maître Bénéwendé Sankara |  Maître
Bénéwendé Sankara | Le
plus jeune des trois qui convoite le fauteuil de l'enfant terrible de Ziniaré,
c'est le bouillant avocat, Maître Bénéwendé Stanislas
Sankara, l'homme aux dossiers corsés. Son cabinet a été le
seul à accepter le dossier David Ouédraogo. Militant de base des
structures populaires sur le campus sous le Conseil National de la Révolution
( CNR), cet avocat téméraire s'affichera politiquement après
l'assassinat du journaliste Norbert Zongo en décembre 1998. Membre fondateur
de la Convention Panafricaine Sankariste (CPS), il quitte cette formation pour
des raisons de divergences politiques et crée l'Union pour la renaissance
/mouvement sankariste ( UNIR/MS). | Dynamique
et entreprenant, il s'est taillé en espace de quelques années une
place de choix sur l'échiquier politique burkinabè. Il a fait ses
preuves aux législatives de 2002 en s'en tirant avec trois députés.
Mais la jeunesse de son parti dans l'arène politique burkinabè va
certainement constituer un handicap pour le scrutin à venir. L'UNIR/MS
n'a pas une forte assise nationale. Son joker passe pour être très
radical avec le régime en place et le combat de Bénéwendé
Sankara est souvent assimilé à une action revancharde quant on sait
qu'il se réclame de l'héritage politique du capitaine Thomas Sankara,
le leader de la Révolution d'Août assassiné le 15 Octobre
1987. Pour certains observateurs politiques, les Sankaristes toutes tendances
confondues n'ont pas réussi à sortir l'idéal sankariste du
cadre des slogans et des nostalgies pour tracer les pistes qui puissent permettre
au pays de sortir de l'ornière. Une critique sans complaisance de la révolution
d'Août serait de mise pour ce courant d'idée politique. L'erreur
serait de défendre becs et ongles toutes les actions de la révolution
quand on sait que Sankara lui-même était prompt à critiquer
certaines actions de sa révolution. L'atout majeur de Bénéwendé
Sankara, c'est la force de ses convictions et l'engouement de la jeunesse pour
l'idéal qu'il prône : intégrité et promotion des valeurs
nationales
* Phillipe
Ouedraogo |
 Phillipe
Ouedraogo | Il est le candidat du Parti
Africain de l'Indépendance (PAI), un vieux de la vieille sur l'échiquier
politique national. Il a une longue expérience politique et a participé
à plusieurs reprises à la gestion du pouvoir d'Etat. Grand commis
de l'Etat, Philippe Ouédraogo a été directeur de la Géologie
et des Mines, directeur général de l'Office général
des projets Tambao. Suspendu de la fonction publique en 1982 pour fait de grève,
il est engagé à Abidjan comme directeur adjoint dans une société
ivoirienne d'engineering, d'études et d'électricité jusqu'en
1983 où il est rappelé au pays à la faveur du changement
de régime. Il a occupé de hautes fonctions politiques comme Haut
Commissaire au Plan (1973), Ministre de l'Equipement et des Communications (1983-1984),
Président du Conseil Economique et Social (1993-1996). | Le
compagnon de Amirou Thiombiano* ne manque donc pas d'atout pour assumer la destinée
du Burkina parce qu'il est un habitué des grands dossiers et un des vétérans
du paysage politique burkinabè. Il jouit d'une image d'homme sérieux
et intègre. Par contre, il pêche par une absence de visibilité.
En dehors des cercles de fonctionnaires et de quelques intellectuels, l'homme
est inconnu des grandes masses. Son parti, malgré son ancienneté
est resté un parti idéologique en dépit de l'activisme de
son organisation de masse, la LIPAD qui a aujourd'hui disparu. La scission intervenue
avec l'aile animée par Soumane Touré a davantage affaibli le parti.
Malgré cela, Philippe Ouédraogo est élu député
en 2002 sur la liste du PDS. Il est par ailleurs une figure bien connue du Collectif
des organisations de masse et des partis politiques qu'il a contribué à
animer avec son parti.
" Le Fondateur de PAI
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*
Herman Yameogo  Herman
Yameogo | Ses détracteurs disent
de lui qu'il veut reconquérir coûte que coûte le pouvoir perdu
par son père. Véritable baroudeur politique, Hermann est sur la
scène depuis les années 1970. En 1969 c'est en prison qu'il passe
son baccalauréat, après avoir tenté d'organiser une insurrection
pour libérer son père, premier président de la Haute- Volta,
évincé le 3 janvier 1966 et détenu jusqu'alors. Député
à 30 ans de 1978 à 1980 sous la bannière de l'UNDD, Hermann
Yaméogo crée en 1987 le Mouvement des Démocrates Progressistes
(MDP). | A la suite de démêlés
avec le Front Populaire, il est destitué de son poste de président
du parti. Il crée par la suite l'Alliance pour la Démocratie et
la Fédération (ADF) en 1990 qui fusionne en juin 1998 avec le RDA
pour donner l'ADF/RDA. En juillet 2003, à la suite d'un congrès
convoqué par une aile dissidente, Hermann Yaméogo est à nouveau
débarqué au profit de Me Gilbert Ouédraogo. Il délaisse
la voie judiciaire pour recouvrer ses droits et préfère ressusciter
l'UNDD le 2 juillet 2003. C'est sous la bannière de ce parti qu'il a sollicité
et obtenu l'onction du groupe Alternance 2005 pour la prochaine présidentielle.
L'homme est craint par le pouvoir de la 4ème république dont il
a contribué à renforcer l'assise. D'aucuns disent que c'est grâce
à lui que Blaise est toujours à la tête de l'Etat Burkinabè.
Hermann aura donc l'occasion de prendre sa revanche. Son handicap cependant, c'est
son flirt répété avec le pouvoir au point que certains en
viennent à le traiter de revanchard. Il est un des grands contradicteurs
de Blaise sur la question du conflit ivoirien. Ses accointances avec le couple
Gbagbo font beaucoup jaser. Nul doute que cette question participera de son image
dans le scrutin à venir |
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