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DOSSIER: SONAPOSTE
La valse des prix


Les Burkinabè sont habitués, à la hausse des prix. En 2002, les tarifs des petites boîtes postales connaissaient une augmentation de plus de 400% pour les entreprises, les ONG et les ambassades. En 2005, les tarifs du courrier à l'international ont augmenté de 600%. Les consommateurs burkinabè peuvent-ils supporter les surcoûts qu'engendrent ces accroissements brutaux? Faut-il y voir le signe que tout va mal à la Sonapost? La poste est institution d'Etat ; même si elle fonctionne comme un office, conserve son caractère social.

Hausse des prix pour les envois à l'international
Depuis janvier 2005, la poste a revu ses tarifs à la hausse. Cette augmentation concerne principalement les envois à l'international. La presse nationale qui utilise beaucoup les services de la poste en est naturellement victime.

Par Ramata Soré

Les médias burkinabè, utilisent les services de la poste pour l'envoi de journaux aux abonnés extérieurs. Des tarifs préférentiels leur étaient consentis par la Société nationale des postes (Sonapost) car la poste comme le dit la secrétaire générale de cette institution, Augustine Ouédraogo "est un service public qui propose des prix bas afin que le maximum de personnes puissent en bénéficier". Mais depuis janvier 2005, la Sonapost a procédé à une augmentation de prix. "Avant 2005, lorsque nous expédions les journaux en France, nous payions environ 6000 f cfa par envoi. Le 11 janvier, lorsque je suis allé à la poste de l'aéroport, on m'a demandé de payer 36 000 f cfa pour un seul envoi. Mon patron croyait que c'était une erreur de calcul et il m'a demandé d'aller effectuer la même opération à la poste centrale. Là-bas, les frais d'envoi étaient de 34 000 F CFA", confie le vaguemestre d'un journal de la place.
Sales temps donc pour les journaux obligés qu'ils sont de payer car il n'y a rien à faire quand il s'agit de gens déjà abonnés : "On ne peut qu'envoyer les journaux quel que soit le prix appliqué par la poste. Nos lecteurs, nous les respectons, de ce fait, on ne peut refuser de leur faire parvenir les journaux sous prétexte que l'affranchissement est trop cher ", renchérit le vaguemestre.
Noufou Wibga, chef de la division production postale justifie ainsi les hausses : "Les tarifs des envois ont été vus à la hausse pour équilibrer les charges car en matière d'envois postaux, nous subissons des pertes. Le prix zonal est maintenu. C'est seulement à l'international qu'il y a modification". Soit, mais n'était-il pas possible de faire autrement que de vouloir tout récupérer à l'international au risque de provoquer l'effondrement de ce service ? La direction de la Sonapost qui a décidé de revenir en arrière semble avoir perçu le danger, surtout que, déclare la secrétaire générale, la presse qui en est la première victime " est la partenaire de la poste." Décision a donc été prise de revenir sur les nouveaux tarifs en appliquant une réduction de 70%. Par exemple, pour un envoi de 100 g en nombre (20 journaux maximum), l'expéditeur se devait de payer avec les tarifs de 2005, 875 F CFA, avec la réduction de 70%, ce dernier s'acquitte de 460 F CFA.
Pourquoi,
cette reculade ?
La Sonapost manifestement a des difficultés pour se faire une place dans un environnement où elle doit se battre avec les armes du privé et faire en même temps du social. Dans cette situation, le réflexe premier de la Sonapost a donc été d'appliquer une hausse des prix de certaines de ses prestations et une rigueur dans la gestion. En période donc de vaches maigres, c'est le budget festif qui a été supprimé. Les travailleurs de Sonapost, eux, ne sont pas contents. Ils ont été invités cette année à se passer du pot de fin d'année. Dans la foulée, il n'y a eu ni calendrier, ni gadgets ou plus exactement, on se contente du minimum pour faire face aux exigences en matière de relations publiques. On grappille ici et là en espérant réaliser quelques économies. "Nous avons expliqué cela aux travailleurs. Et je pense qu'ils ont compris notre démarche" explique un responsable. Reste que certains ne voient dans ces gestes d'économies d'épiciers des occasions de se donner bonne conscience. Certains agents craignent que dans cet élan, "la direction ne refuse de répercuter les hausses de salaires récemment décidées par le gouvernement". Les avantages des travailleurs ne sont pas les seuls concernés. Selon quelques indiscrétions, il est revenu que les demandes de financements de différentes manifestations adressées à la Sonapost par certains hauts responsables ne sont pas honorées. La direction a décidé de ne plus donner suite à ces types de sollicitations. Les responsables de la Sonapost, conscients des défis qu'ils ont à relever sont optimistes quant au devenir de leur maison. Cette optique est stimulée par une motivation : la privatisation dont personne ne veut entendre parler.

Adapter la Sonapost aux contraintes nouvelles

Aujourd'hui, la Sonapost, à l'instar de toutes les autres postes du monde, ne peut ignorer l'avènement de ce qu'il est convenu d'appeler la société de l'information avec les bouleversements technologiques qu'elle entraîne.

Pour faire face à la demande croissante de rapidité dans notre société dite de l'information et de la communication, la Sonapost s'est vue obligée de proposer des produits comme : le cyberkiosque ou cyberposte (trois à Ouaga et une dans quatre villes du Burkina). Ces produits permettent aux usagers de consulter leurs mails, d'interroger les services publics locaux, en somme, de naviguer sur la toile mondiale. "Avec l'avènement de l'Internet, nous avons perdu bon nombre de nos clients. Ces derniers préfèrent les e-mails. Nous avons développer des produits afin de les attirer", assure Augustine Ouédraogo.
De même, la Sonapost développe un service de messagerie afin de s'assurer un meilleur positionnement face à l'arrivée de nouveaux acteurs privés ayant émergé dans le même secteur d'activité. PostEclair est la réponse à ce défi. "C'est un service de collecte, de traitement et de distribution rapide de lettres, documents, paquets, cadeaux… à Ouagadougou et partout au Burkina", dit, Salim Sanfo, directeur du courrier.
Ce service payant, n'est cependant pas à la portée de tous les Burkinabè. Ceux qui ne pourront pas s'offrir ces prestations devront continuer d'attendre et de recevoir leurs courriers par la poste dans un délai allant de deux semaines à un mois ou passer par les services des transporteurs de car pour l'envoi des courriers. Avec ces transporteurs, l'envoi d'un courrier ou d'un quelconque paquet coûte en moyenne 1500 f cfa. Une concurrence déloyale selon les responsables de la Sonapost qui affirment que leur institution a le monopole sur le courrier de faible poids. Un monopole bien plus théorique que réel dans la mesure où la Sonapost n'est pas en mesure de faire face à la demande ! Ce qui ne l'empêche pas d'exercer des pressions discrètes sur les transporteurs pour les inciter à nouer un partenariat avec elle. Un véritable dialogue de sourds.
En plus d'assurer, la collecte, l'acheminement et la distribution du courrier, l'envoi et la réception d'argent par le biais de mandat, la Sonapost dispose d'un réseau d'épargne, Caisse Nationale d'Épargne (CNE), permettant aux plus modestes de placer leurs économies.
La CNE va être amenée à gérer une épargne jusque là non bancarisée, avec des montants très importants (plus de 38 milliards de F CFA) pour les 367 239 épargnants (chiffres de janvier 2005.) "Aucune banque de la place ne peut se targuer d'avoir autant de clients ", soutient fièrement, Pasteur Somé
Directeur des Services Financiers. Puis, il rajoute "ce sont les petits épargnants qui nous fatiguent le plus avec les petites sommes qu'ils déposent, les retraits à brève échéance ne permettent pas la fructification de leurs gains ".
Avec la création de la CNE, les services financiers de la Sonapost ont apporté à l'Etat burkinabè une ressource financière abondante. Les sommes collectées ont été centralisées auprès du Trésor et les frais de gestion qui sont versés à la Sonapost lui assuraient juste avant le PAS, des avantages qui servaient à financer les cérémonies de fin d'année et de nouvelles années, la confection de gadgets, le 13e mois….

Evolution vers
une société d'Etat

La poste burkinabè dans sa configuration actuelle est le résultat d'un processus marqué par des mutations qui en ont fait successivement un démembrement des services des postes françaises, sénégalaises ou ivoiriennes, burkinabè, en fonction de l'évolution même du pays.
Issue de la scission de l'Office des Postes et Télécommunication (OPT) en 1987, la Sonapost est en dernier ressort, le fruit d'une transformation de l'Office National des Postes en société d'Etat à caractère public. Elle comprend plus de 200 guichets et 74 bureaux de poste à travers le Burkina. La Sonapost se doit donc de rentabiliser ses différents services. Toutefois, elle se trouve confrontée à une difficulté primordiale. Le changement de mentalité. "Nombre d'employés pensent que nous sommes toujours dans l'administrations, or ce n'est pas le cas. Nous devons évoluer car nous devons rentabiliser", affirme, Augustine Ouédraogo.

Crise à la poste

La poste connaît une crise générale depuis une décennie. L'avènement de l'Internet et la création de Western Union par exemple ont contribué à éroder les services de la poste. En France, la poste est actuellement en grande crise. Les bureaux des zones rurales sont obligés de fermer. Certaines prestations de la poste sont transférées à des particuliers. Mais l'échéance la plus importante est celle qui doit survenir en 2006. La poste comme service public doit faire place à plusieurs opérateurs.

© L'Evénement - Déc. 2001
Concept. & Réalisation: A. Diallo
Date de mise en ligne: 25 janvier 2005