Nos rubriques

Edito

Façon de voir

Contre jour

Bouillon de culture

Enquête

Société

Dossier N°1

Dossier N°2

Controverse

 


Meeting de l'opposition

On a le portrait des candidats



Le "groupe des 15" a tenu son premier meeting à la maison du peuple. ce rassemblement a permis de se faire une idée des trois prochains candidats de ce regroupement de l'opposition.

Pour ces partis se disant de "l'opposition vraie", le meeting du 15 mai était une occasion de démontrer qu'ils sont capables de mobiliser. Certes, la Maison du peuple n'était pas pleine comme un œuf, mais pour une première sortie, c'était "acceptable". Pour les leaders des partis d'opposition, c'était même une réussite. La satisfaction se lisait d'ailleurs sur leurs visages.
De ce meeting, on pourrait retenir deux choses essentielles. D'abord, il se confirme le principe des trois tendances desquelles sortiront les trois candidats pour la présidentielle 2005. Le PDP/PS a retrouvé sa verve et se positionne comme le chef de file des socialistes du groupe. Le parti du Pr Ki-Zerbo est désormais bien à l'aise avec le départ de l'OBU dont on sait que trois des partis sont dirigés par des hommes ayant claqué la porte du PDP/PS. On voyait même mal comment ce parti et l'OBU auraient pu s'entendre autour d'un candidat socialiste. Certes, il existe aussi des lignes de fracture dans les deux autres tendances, les sankaristes et les libéraux. Mais c'est surtout au niveau des socialistes et apparentés que le consensus allait être difficile à trouver. Maintenant que l'OBU est hors du groupe, il est certain que c'est du PDP/PS que sortira le candidat des socialistes. La crainte pourrait peut-être, venir de "l'écolo" Ram Ouédraogo. Toutefois, il semble que l'ancien candidat à l'élection présidentielle de 1998 serait définitivement arrimé au parti du " vieux ". Dans le contexte actuel, mais surtout pour les prochaines élections, il aurait plus à gagner avec le PDP/PS que de naviguer seul ou de jouer à l'agent figuratif du pouvoir comme en 1998. Chez les libéraux, on ne voit personne d'autre pour contester le leadership de l'UNDD et de son chef Me Hermann Yaméogo. Il est confortablement en tête de ce courant ; ceux qui pouvaient lui disputer sa place sont en dehors du " groupe des 15 ". Restent les sankaristes. Pourront-ils sortir un candidat de consensus ? La question taraude nombre d'observateurs de la scène politique nationale. Dans ce courant également, auquel on peut adjoindre le PAI de Phillipe Ouédraogo, Me Sankara semble émerger. Il s'agit maintenant de résoudre l'équation Nongma Ernest Ouédraogo qui s'est autoproclamé candidat. Son parti, la CPS, était représenté au meeting par le député Fidèle Toé. L'absence de Nongma laisse présager qu'il n'aura pas l'investiture de la CPS s'il tient à se présenter. L'homogénéité serait donc préservée au sein du " groupe des 15 ". On commence donc à voir le portrait des trois candidats. Deux sont visibles ; reste le candidat du PDP/PS. Cependant, l'opposition dans son ensemble ne gagne pas forcément dans ce jeu. Et c'est la deuxième leçon du meeting. En effet, les flèches que se décochent les uns les autres n'augurent pas de lendemains meilleurs pour "l'opposition globale". L'OBU, qui ne manque jamais l'occasion pour s'en prendre aux autres opposants, était ce 15 mai le destinataire des invectives des "15". Aucun des intervenants n'a nommé l'OBU, mais les allusions étaient assez claires pour qu'elle se reconnaisse : " les avocats de la compaorose ", les " situationnistes de l'opposition " ou encore " missile scud du pouvoir ". Le dernier incident en date, c'est sur le plateau de Canal 3 où Laurent Bado s'en est pris vertement à Me Sankara, allant jusqu'à le traiter de voleur. Finalement, au cas où il y aurait un second tour en 2005, pour qui vont voter les autres candidats de l'opposition. Si les diatribes actuelles continuent, c'est sûr que des opposants appelleront à voter le candidat du CDP. Les alternances en Afrique nous enseignent aussi que le problème n'est pas tant la multiplicité des candidats de l'opposition mais que leur incapacité à s'entendre sur une stratégie de lutte. A l'élection présidentielle de 1978 en Haute Volta, il n'y avait pas qu'un seul candidat de l'opposition et cela ne l'a pas empêché de faire un bon score, obligeant même le candidat du pouvoir au ballottage. Le " sopi sénégalais " ne s'est pas non plus réalisé avec un seul candidat de l'opposition au premier tour. C'est avec le report des voix des autres candidats de l'alliance " Alternance 2000 " que Me Wade a remporté le second tour du 19 mars 2000. Toutes les oppositions gagneraient donc à jouer fair-play avec elles-mêmes.n

Idrissa Barry



Le rétour de Lougué

Le général Kwamé Lougué, ex-ministre de la Défense, a une nouvelle affectation. Après six mois de chômage (il a été limogé du gouvernement courant janvier 2004), Kwamé Lougué retrouve un emploi. Il est responsable du secrétariat général de la Défense au Premier ministère. Un poste jusque-là inconnu du grand public.

A la télévision nationale, l'information a été reprise pour éviter la confusion. En effet, tous ceux qui ont écouté le compte rendu du Conseil des ministres ont cru que le général Lougué avait été nommé Secrétaire général du ministère de la Défense. Pour bien montrer qu'il s'agit de deux postes totalement différents, la présentatrice du journal télévisé a dû insister sur "au titre du Premier ministère" et non au titre du ministère de la Défense. Il reste que la clarification n'a pas levé toutes les équivoques. Ce poste de Secrétaire général à la défense, logé à la Primature, n'est pas du tout connu et ses illustres premiers occupants n'ont rien fait pour lui donner du lustre. Le tout dernier locataire du poste qui vient d'être remplacé, au pied levé, y était comme dans un garage. Le général Ibrahim Traoré, c'est de lui qu'il s'agit, un homme très discret est venu à la tête de ce service dans une période de disgrâce qui l'a profondément affecté. Ses derniers jours comme chef d'Etat major général des armées avaient été fort pénibles. Des coups de fils anonymes le menaçaient de mort quasi quotidiennement et dès l'annonce de son limogeage, les militaires qui prenaient la garde chez lui étaient partis sans dire au revoir. Ce poste pour Ibrahim Traoré représentait dans ces conditions, une véritable planque. Pendant tout le temps qu'il est resté à ce poste, il n'a rien fait pour qu'il en soit autrement.

Un poste étroit
pour Lougué

Contrairement à son prédécesseur, le général Lougué arrive à la tête du Secrétariat à la Défense du Premier ministère dans la peau d'un héros. On le savait populaire depuis son passage à l'Etat major général; il vient de sortir auréolé du " mauvais procès " que ses " frères " d'arme lui ont fait avec cette affaire de putsch. On peut donc penser que contrairement à Ibrahim Traoré, Kwamé Lougué n'a pas besoin de se faire oublier et un poste de l'ombre ne lui conviendrait pas pour longtemps. Le général Lougué est un homme de contact et ce n'est pas un poste qui le changera. Reste maintenant l'idée répandue selon laquelle c'est faute de mieux qu'il a été nommé à ce poste. C'est fort possible ; cependant, en regardant les choses de près, on peut relativiser ce jugement. Selon nos informations, le général qui avait été pressenti pour une nomination de conseiller spécial à la présidence du Faso n'aurait pas montré d'enthousiasme pour cette affectation. Un peu dans l'urgence, Ibrahim Traoré a été prié de céder sa place à Kwamé Lougué et d'aménager à la présidence. Ensuite, le poste de secrétaire à la Défense, même discret, permet de ne pas se couper totalement de la chose militaire. Avec ce poste, Kwamé Lougué, protocolairement, a rang de ministre et on peut s'imaginer qu'il ne peut être totalement tenu à l'écart des questions essentielles de l'armée. Son vœu de lui-même, c'est de ne pas se couper totalement des hommes. Durant la période où il était sans affectation, on a vu le général parcourir le pays de Dédougou à Bobo Dioulasso pour assister aux baptêmes et autres événements familiaux de certains militaires qui ont servi sous ses ordres. D'aucuns pensent d'ailleurs que c'est pour l'occuper au plus vite que cette nomination est survenue. Nous avions, dans ces mêmes colonnes, écrit qu'après le procès où il a été blanchi, il serait imprudent de laisser un militaire de la trempe de Lougué en "jachère". Le régime de Blaise Compaoré est diplomatiquement isolé dans la sous-région, comme on a pu le constater au cours du procès avec les commissions rogatoires infructueuses.
Ce que le colonel Kadhafi vient de faire à Bamako, au sommet de la CEN-SAD, en prenant la défense, publiquement, du régime de Laurent Gbagbo, devrait inciter Ouagadougou à laisser peu de place à des dissensions, surtout militaires, qui peuvent être attisées par l'extérieur. Blaise Compaoré est de toute façon bien payé pour le savoir.

Newton Ahmed Barry


 

 

Concept. & Réalisation A. Diallo
Date de mise en ligne: 24 mai 2004
© L'Evénement - Décembre 2001