[Suspension
de Norbert Tiendrébéogo: la
SGBB attendait-elle une occasion?]
[Farama, victime du délit d'impertinence]
[Les
à-côtés de l'instruction ! ]
Farama, victime du délit d'impertinence
Coup de tonnerre dans l'instruction
du présumé putsch d'octobre dernier. Un des premiers
avocats à se constituer dans cette affaire est inculpé
de divulgation du secret de l'instruction1. Maître Prosper
Farama est désormais sous la menace d'une suspension.
"Le problème de Farama n'est nullement lié à
cette affaire de divulgation de secret de l'instruction. C'est que
le petit est fiché depuis qu'il a malmené François
Compaoré pendant le procès David Ouédraogo."
Ainsi témoigne un des aînés de Maître
Farama dans la profession qui a pour ce jeune avocat une réelle
estime. C'est effectivement le procès " David "
qui a révélé Prosper Farama, alors sociétaire
de " l'écurie Sankara ". Il s'était illustré
d'une " impertinence intelligente " au moment du passage
de François Compaoré à la barre au point que
celui-ci a dû un moment s'interrompre de parler pour se tourner
voir qui était celui-là qui s'adressait à lui
de la sorte. Ce procès a révélé Farama
et de là aussi date ses problèmes avec le pouvoir
actuel. Et pourtant, ce n'est pas un vindicatif. Il fait seulement
son boulot et le fait bien, reconnaissent unanimement nombre d'avocats
et ceux qui ont eu affaire à lui. Très courtois, il
donne rarement du " tu " à son interlocuteur. Même,
nous qui sommes ses promotionnaires à la fac et au "
Local "2, avons droit à " vous ". Bref !
Dans le présent dossier judiciaire, il est le premier à
se constituer auprès de certains présumés putschistes.
Il se constitue pour Norbert Tiendrebeogo et un moment envisage
le faire aussi pour le capitaine Bayoulou, mais au regard du dossier,
il pressent un conflit d'intérêt et se déporte.
En effet, il semble qu'à l'issue des premiers interrogatoires
de gendarmerie, le capitaine Bayoulou ait mis en cause le président
du FFS, affirmant qu'il était au fait du projet. Toutes choses
qu'il reniera après, arguant avoir parlé sous "l'émotion".
Quand l'affaire est confiée au juge militaire, les premiers
moments se passent très bien. L'avocat le dit d'ailleurs
dans une interview à notre confrère L'Observateur
Paalga : " Je dois avouer que le juge d'instruction a été
très technique et professionnel pour l'instant et je lui
tire mon chapeau." Mais les choses ne tardent pas à
se gâter. Quand il entreprend de rendre visite à son
client dans les locaux de la gendarmerie, les choses se gâtent.
Le pandore qui l'accueille, officier judiciaire de son état,
lui demande son permis de communiquer, feignant d'ignorer que l'acte
de constitution vaut permis permanent de communiquer. Ce jour-là,
Maître Farama ne verra pas son client. Quand il revient la
seconde fois, après que le juge d'instruction ait fait le
nécessaire auprès de la hiérarchie de la gendarmerie,
les choses ne se passeront pas mieux. Pour s'entretenir avec son
client, il est flanqué d'un gendarme qui veut tout entendre
de leur conversation. Devant cette situation, l'avocat n'a eu d'autre
choix que d'échanger des banalités avec son client.
Il s'en plaindra auprès du juge d'instruction en lui faisant
savoir que si ces tracasseries devaient se poursuivre, il se verrait
dans l'obligation d'exiger le transfert des prisonniers à
la MACO3. Le juge militaire réussit à rétablir
les choses dans le bon ordre. Mais ce n'est pas fini pour autant.
Quelques jours après son interview dans les journaux et les
premières révélations de la presse sur certains
aspects de l'instruction, le commissaire du gouvernement écrit
au bâtonnier pour se plaindre de Maître Farama et exige
qu'il soit rappelé à l'ordre. Dans le même temps,
il est reçu par le juge d'instruction militaire pour se voir
signifier qu'il serait l'auteur des fuites dans la presse. On décide
dès lors de lui interdire l'accès à certains
détenus. Plus d'un mois après le début de l'instruction
et ne voyant pas d'avocat se constituer pour le détenu Naon,
malgré ses déclarations fracassantes qui commencent
à transpirer dans la presse, il fait le projet de se constituer
pour lui. Il en informe le juge militaire qui lui fait savoir qu'il
ne peut pas voir Naon. Le juge lui suggère de demander par
personne interposée, que Naon lui en fasse la demande. Maître
Farama trouve le procédé inhabituel et met fin au
projet.
Farama, le mouton noir
du Barreau
"Nous avons à plusieurs reprises été
saisis de plaintes du procureur général à propos
de Farama. Sollicitations auxquelles le Barreau n'a jamais donné
de suite. " Cette fois aussi, ça risque d'être
le cas." nous confie ce doyen de Farama que nous citions plus
haut. Au moment où nous écrivions ces lignes, le procureur
n'avait pas encore saisi le Barreau pour demander la suspension
de Maître Farama. Mais il y a tout lieu de penser que l'inculpation
ouvre la voie à cette éventualité. De sources
concordantes, le bâtonnier Kéré se serait entretenu
à ce sujet avec le juge militaire. La suite on le saura dans
les jours à venir. En principe, avec la déclaration
de Reporters sans frontière ( lire encadré) qui disculpe
l'avocat, les poursuites devraient s'interrompre, d'autant plus
que les responsables de cette organisation ont affirmé se
mettre " à la disposition de la justice du Burkina Faso
pour venir s'expliquer, à Ouagadougou, sur la publication
de ce témoignage si le magistrat instructeur lui en fait
officiellement la demande. " La balle est donc dans le camp
de la justice burkinabè, si elle veut vraiment savoir qui
a divulgué le secret de l'instruction. On peut parier que
notre justice n'en fera rien. La mise hors jeu de Maître Farama
dans cette affaire de putsch était vraisemblablement programmée
et la divulgation du secret de l'instruction était plutôt
un bon prétexte. Car comme on l'affirme dans les milieux
de la défense, il y a au moins une bonne dizaine d'avocats
qui ont entre leurs mains ce fameux procèsverbal. Le même
que détient Prosper Farama. Contrairement à ce que
laisse entendre le parquet, il n'y a pas de premières copies
et de secondes copies. Et puis pourquoi ne pas soupçonner
le juge instructeur, son greffier, les gendarmes qui ont instruit
l'affaire etc. La liste des personnes qui peuvent avoir refilé
le procès-verbal à RSF est bien longue. On ne peut
de ce fait, sur la base d'hypothétiques soupçons,
aller jusqu'à inculper un des intervenants dans le dossier,
sans s'exposer à l'arbitraire.
1. L'inculpation lui a été notifiée le
16 décembre par le juge militaire.
2. C'est la première cité universitaire du Burkina.
L'université avait loué au stade du 4 Août,
les anciens baraquements qui logeaient les ouvriers chinois qui
ont construit le stade. Ces baraquements sont mis à la dispositions
des étudiants depuis 1988.
3. Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou
Suspension du contrat de Norbert Tiendrébéogo:
la SGBB attendait-elle une occasion?
Le 30 octobre, le juge d'instruction
notifie à Norbert Tiendrébéogo son inculpation
dans le dossier du présumé putsch contre les institutions
du Burkina Faso. Il saisit aussitôt l'employeur de l'intéressé
qui n'est autre que la SGBB. Aussitôt, cette banque décide
de suspendre son contrat. Une réaction au quart de tour à
l'innocence douteuse.
Il n'y a, a priori, rien à dire juridiquement sur le comportement
de la SGBB. C'est un contrat de droit privé et l'employé,
pour une raison non professionnelle, ne peut plus assurer sa fonction
au sein de l'entreprise pour une durée non déterminée.
Mais c'est aussi un cas de force majeure, puisqu'il n'a pas volontairement
abandonné son poste.
L'appréciation de la décision de l'employeur devient
au regard de ce second facteur discutable pour plusieurs raisons
dont deux nous paraissent essentielles.
- La première est liée à la nature de l'empêchement.
Norbert Tiendrébéogo, responsable politique de son
état, est soupçonné de participation à
un présumé putsch. Il est, à cet effet, dans
les liens de la prévention. Mais il est présumé
innocent jusqu'à l'établissement de sa culpabilité.
Et comme nul ne peut être déclaré coupable,
au terme de notre loi, que si un tribunal en décide ainsi,
il s'offrait à Tiendrébéogo une panoplie de
démarches procédurières pour bénéficier
de la liberté provisoire. Les avocats de l'intéressé
ont introduit ce recours et sans en attendre les suites, l'employeur
décide la suspension du contrat allant du 30 octobre 2003
au 30 avril 2004 inclus. A moins de présumer à l'avance
que ce droit serait refusé à Norbert Tiendrébéogo,
la décision de la banque est incompréhensible. Supposons
un instant que le recours pour la liberté provisoire ait
connu une suite favorable, qu'elle aurait été l'attitude
de la SGBB ? Lui refuser la reprise du travail, parce qu'il est
sous le coup d'une procédure judiciaire ?
Saurait été techniquement et juridiquement impossible.
A moins de voir les choses sous l'angle politique. Cette décision,
presque supersonique, de suspendre le président du FFS relèverait-elle
alors d'intrigues politiques ?
Les faits sont troublant, quand on y regarde de très près.
Le juge a notifié son inculpation à Norbert le 31
octobre et la décision de la banque prend effet pour le 30
octobre. La décision de suspension était-elle bien
prête avant l'inculpation ? Comment n'est pas le penser ?
- La deuxième raison est liée, tout de même,
aux états de service de Norbert Tiendrébéogo
à la SGBB. Ancien de l'UREBA, il a été reversé
à la SGBB après l'absorption fusion des institutions
financières nationales survenue vers la fin des années
1980. Il totaliserait donc environ 18 ans de service. Ce qui n'est
pas rien. Norbert Tiendrébéogo a fait carrière
dans cette institution et selon les indiscrétions qui nous
sont parvenues, il aurait un état de service excellent. Son
problème comme dirait l'autre, c'est parce qu'il n'a pas
la bonne carte. Pour un cadre de cette envergure, une indulgence
de quelques mois, le temps que les recours s'épuisent, n'aurait
pas été une faveur excessive. Il faut savoir par exemple
que les militaires du Conseil accusés de crime dans l'affaire
David Ouédraogo, une affaire qui a toutes les caractéristiques
d'un crime contre l'humanité, n'ont pas été
suspendus, tout le temps qu'a duré leur détention
avant le procès. Ils n'ont fait l'objet de radiation de l'armée
que plusieurs mois après leur condamnation. Mais eux c'est
l'Etat, objecteront certains. D'accord ! même si c'est une
jurisprudence que chacun peut revendiquer au nom de l'égalité
des citoyens devant la loi. Si une semblable faveur a pu être
accordée pour des crimes contre l'humanité, on peut
aussi s'autoriser un temps d'observation pour une présomption
de participation à un putsch présumé.
Le PDG est-il
vraiment neutre ?
Le PDG de la SGBB, comme la plupart des responsables financiers
à ce niveau de la hiérarchie, sont sympathisants ou
militants du parti au pouvoir. Pour ce qui est de l'actuel PDG de
la SGBB, Emile Paré ( à ne pas confondre avec celui
de L'OBU1), il affichait "ostensiblement", il n'y a pas
si longtemps que ça, son appartenance au CDP (parti au pouvoir),
en se faisant voir dans les grands rassemblements du parti. Même
en lui accordant la présomption de bonne foi, il est difficile
de faire admettre à Norbert Tiendrébéogo, président
d'un parti radicalement opposé au CDP, que la précipitation
dans cette décision n'a pas de connotation politique. L'avocat
de Tiendrébéogo avait initié auprès
du conseil de la banque une démarche pour discuter avec sa
hiérarchie de sa situation. Les responsables de la banque
n'ont même pas cru devoir attendre que cette démarche
aboutisse avant de notifier la lettre de suspension de contrat à
Norbert Tiendrébéogo.
1 L'Opposition burkinabè unie (OBU) dirigé par
l'ex député du PDP et le député Laurent
Bado du Paren
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Les
à-côtés de l'instruction !
Vieilles rancunes
entre officiers
Pour le moins qu'on puisse dire, c'est que le colonel Saye
Zerbo (ancien chef d'Etat) n'aime pas du tout le général
Lougué (ministre de la Défense) qu'il qualifie,
quand il en a l'occasion de tous les noms d'oiseau. Leur inimitié
remonte sans doute du temps où l'un était président
et l'autre simple officier. Les raisons ? Une vieille rancune
militaire que nous nous ferons le plaisir de vous raconter
un jour.
Inquiétude
au Conseil
Dans la nuit du 16 au 17 décembre, un conclave militaire
s'est tenu au Conseil sous la haute présidence du colonel
Gilbert Diendéré, en présence du commandant
Kiéré, aide de camp du chef de l'Etat. Objectif
: rassurer certains bidasses qui ne sont plus tranquilles
depuis que Naon a décidé de parler. Le colonel
a tenu à rassurer chacun. Les choses vont s'arranger,
aurait-il promis. Et si d'aventure, Naon s'entêtait
à vouloir ne pas se taire, on s'arrangera avec la justice.
Il n'aurait pas dit comment. Mais peut-être que ces
choses-là n'intéressent pas les kodos
C'est
toujours après l'action que l'on demande l'explication.
Blaise Compaoré
à la gendarmerie
Le chef de l'Etat a-t-il rendu visite aux détenus au
camp de gendarmerie ? Certaines sources l'affirment. Mais
cette visite n'a pas été pour tout le monde.
Ce que l'on dit, c'est qu'il aurait vu le lieutenant Minoungou,
son indéfectible ami, qui lui aurait promis de ne pas
se suicider et de tout dire au procès. Mais son "
tout dire là ce n'est pas contre Blaise Compaoré,
mais plutôt contre le général Lougué
". Dans cette affaire donc, chacun des camps, qui sont
à présent clairement identifiés, a quelque
chose à craindre de l'autre. Le procès, si procès
il y a, sera donc assez palpitant.
Une visite incongrue à
Naon
Le célèbre détenu aurait reçu
une visite incongrue le week-end dernier. Le visiteur qui
s'est présenté comme étant un voisin
du quartier aurait passé toute la journée avec
Naon. Vérification faite après, ce visiteur
ne serait qu'une nouvelle recrue du Conseil. Il a probablement
été envoyé pour taper le ventre de Naon.
Mais ce dernier qui connaît bien son milieu a vite repéré
l'intrus, mais a joué bien le jeu. De sources concordantes
affirment que ces derniers temps, le sergent ferait l'objet
de tentatives d'enlèvement. Qui serait-ce ? Pour sûr,
la gendarmerie a renforcé la sécurité
autour de sa cellule.
Réunion des "
galonnés " à l'Etat-major
Le vendredi 19 décembre à 9 heures s'est tenue
une réunion à l'Etat-major général
de l'armée. Y ont pris part les colonels Diendéré,
Ali Traoré, Madou Bandit et le général
Lougué. Ceux qui sont dans les secrets de Dieu croient
savoir qu'il s'agissait d'une réunion qui avait pour
objet de parler de la date du procès des présumés
putschistes, présentement détenus à la
gendarmerie.
Naon entendu par le juge
Wenceslas Ilboudo
Le vendredi 19 décembre, dans la matinée, le
juge Ilboudo a reçu Naon qui lui a confirmé
qu'il a beaucoup de choses dans le ventre qu'il veut bien
lui confier. Il a simplement demandé que le juge lui
permette de rencontrer son avocat et de voir avec lui la conduite
à tenir. C'est Maître Mamadou Sawadogo, l'ex-bâtonnier,
qui s'est constitué pour lui. Jusqu'à la date
de sa comparution devant le juge Ilboudo, il n'avait pas encore
pu s'entretenir avec son conseil.
Huit avocats pour Maître
Farama
Dès l'inculpation de Me Farama connue, huit de ses
confrères se sont spontanément constitués
pour le défendre. Ce groupe est coordonné par
Maître Adolphe Ouédraogo. Bel exemple de solidarité
confraternelle, n'est-ce pas ?
Le procès aura lieu
C'est en tout cas ce que promet le chef de l'Etat. Il attend
d'avoir tous les éléments entre ses mains. C'est
une affaire qui le préoccupe, disent ses proches, et
il veut savoir une fois pour toute qui est qui au sein de
son armée. Blaise Compaoré, l'homme le plus
renseigné de l'Afrique, a-t-il été surpris
? On peut en douter.
Changement à la
DI
La tentative de putsch présumé continue de faire
ses effets au sein de la grande muette. Le service névralgique,
la Direction de l'Information de l'armée, la DI, a
connu un chamboulement et une meilleure réorganisation
pour mieux analyser le contenu des informations ( journaux
et autres). Le brillant Camara est le maître d'uvre
de tout ça. Pour sûr, l'affaire du putsch, contrairement
à ce que l'accalmie peut laisser entendre, n'est pas
loin de ressembler au dicton du vieux Lamizana : " Ce
n'est pas parce qu'il neige sur le toit d'une maison qu'il
ne fait pas chaud dedans. "
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