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DOSSIER
- Politique
Guiro,
produit du système
victime du système

Par Newton Ahmed Barry
Quand en décembre 2007,
il a trébuché sur l'affaire des exonérations,
il y a eu les bras de Tertius pour le recueillir.
Cette fois, Luc Adolphe Tiao, qui ne " connait
pas l'argent " a paniqué et a laissé
faire. Blaise Compaoré informé est
allé, comme d'habitude, dans le sens de son
premier ministre. Mais cette affaire ne peut pas
aller plus loin. Nos lois ne suffisent pas à
punir un tel crime. Nos juges ne sont pas outillés
pour le faire et évidemment, le système
qui a fait Guiro et qu'il a servi en toute loyauté
viendra à son secours.
Cette affaire Guiro est révoltante,
certes, mais c'est comme ça que fonctionne
le système. Les premiers actes de procédure
permettent de jeter en pâture, un docile serviteur,
sauf qu'après les effets d'annonce, il faut
revenir à la réalité. Cette
affaire est une boule puante pour le système
et on ne voit pas comment il pourrait aboutir à
un jugement digne de ce nom. Jusque là, dans
la conduite de l'affaire, on a eu l'habilité
de ne pas interférer. Mieux de confier même
l'instruction à un des juges considéré
comme intègre, le juge Kalifa Bagué.
Mais on l'a vu ailleurs, ce n'est pas parce que
le juge français Renaud Van Ruymbeke, un
des juges français reconnu incorruptible,
a instruit des affaires puantes en France, qu'il
a forcément réussi. Dans l'affaire
dite " affaire Karachi " où on
soupçonne l'ex premier ministre Edouard Balladur
et l'actuel président, Nicolas Sarkozy, d'avoir
bénéficié de retro commissions
pour la présidentielle française de
1995, le juge s'est heurté au refus de déclassifier
certains dossiers classés " secret défense
". Il n'a pu rien faire d'autre. Dans le dossier
Guiro, c'est le même sort qui semble attendre
le juge Bagué.
L'affaire en elle-même
Les péripéties de l'affaire
ont été suffisamment étalées
par nos confrères quotidiens, pour qu'on
s'y attarde encore outre mesure. Cependant, il faut
lire ci-contre, Germain Nama, qui apporte des nuances
et des détails non encore livrés.
Le comptage des billets a eu lieu et le juge d'instruction
a reçu ce qu'on appelle " les pièces
d'état des scellés ", c'est-à-dire
la liste complète des saisies de la gendarmerie,
ou du moins nous le pensons. A l'audience de première
comparution, Guiro a été inculpé
de " détournement de deniers publics,
corruption, concussion et enrichissement illicite
" et conduit à la MACO. Là aussi,
les avis divergent. Les chefs d'inculpation de détournement
de deniers publics auraient été abandonnés
et celui de détention illégale d'armes
ajouté. Ce sont les dernières rumeurs
que nous n'avons pas pu vérifier.
Les informations qui ont filtré de cette
première audience, Guiro reconnait être
le propriétaire des cantines, et affirme
que l'argent lui appartient. A ce stade effectivement,
en dehors du délit de détention d'une
forte somme (s'il existe) et de devises étrangères
pour un fonctionnaire de l'Etat, il continue de
bénéficier de la présomption
d'innocence. Il peut légalement demander
et obtenir une liberté provisoire. La détention
(article 136 code de procédure) étant
l'exception. Le juge Bagué va maintenant
commencer l'instruction. Au moment où nous
bouclions cet écrit, l'audience de fond n'était
pas programmée. Mais il est évident
que Guiro devra faire la preuve que l'argent lui
appartient effectivement. Même si là
encore, il y a un malaise. L'inversion de la charge
peut-elle prospérer en l'espèce, puisque
personne ne l'accuse ? Il faut plutôt croire
que c'est le juge Bagué qui devrait apporter
la preuve du détournement. Un travail que
les pandores auraient dû normalement faire,
avant de procéder à l'interpellation
de Guiro. Les choses les plus difficiles commencent
maintenant.
La coutume peut devenir loi
Lors des mutineries de l'année
dernière, ceux qui ont bonne mémoire
se souviennent de ce qu'on avait découvert
que le chef d'état-major général
des armés de l'époque avait fait plus
d'une année, sans toucher à son salaire
viré dans une banque de la place. L'information
diffusée pendant cette période chaude
est passée presque inaperçue. Comment
est-ce possible qu'un fonctionnaire de l'Etat puisse
vivre sans toucher à son salaire ? Certaines
circonstances peuvent le favoriser et lui permettre
de faire de l'épargne. Mais s'il peut satisfaire
toutes ses dépenses courantes sans recourir
à une partie de son salaire, c'est qu'il
y a problème. Parce que le chef d'Etat-major
général est astreint à l'obligation
de ne pas faire du commerce et de ne pas faire non
plus des consultations. Où trouve-t-il l'argent
pour couvrir ses extras ? Il y a donc une situation
de fait qui s'est installée et qui tolère
que certains hauts fonctionnaires et hommes politiques
puissent disposer de l'argent par des voies non
" codifiées ". Guiro, directeur
général de la douane, gagne de l'argent
hors son salaire légalement par les ristournes
sur les amendes annuelles qui sont faites par la
douane, un pourcentage sur les excédents
des prévisions budgétaires etc...
Ce sont des montants faciles à évaluer,
puisqu'ils sont traçables. Mais en raison
de cette position aussi, il gagne de l'argent non
légal. Les commerçants et les industriels
lui font des cadeaux. Les chefs de bureaux de douane
lui font remonter de l'argent. C'est la pratique
des cadeaux qui n'est codifié dans notre
pays par aucun texte de loi. La pratique n'étant
pas codifiée, le montant et la nature du
cadeau sont laissés à la discrétion
du donateur qui tient forcément compte du
statut du destinataire. Un donateur n'aura pas la
même générosité envers
Guiro ou envers son ministre. Les ministres du gouvernement
de Luc Adolphe Tiao sont pour l'essentiel, d'une
cuvée extraordinaire, et n'ont peut-être
pas eu le temps de prendre goût aux cadeaux.
Mais nombre de leurs prédécesseurs
n'avaient pas une bonne réputation. Qui ne
se souvient encore du scandale des enfants de ministres
ou de gourous " concassant " (l'expression
est de notre confrère L'Observateur Paalga)
de l'argent dans les boites de nuit ? L'argent quand
il atteint un certain montant et qu'on est obligé
de le garder à la maison est rarement de
l'argent propre. Au Burkina Faso, les cadeaux ne
sont pas interdits et ne sont pas codifiés.
Tous, à la tête de l'Etat, en reçoivent,
à commencer par le grand patron lui-même.
Les sorties de Blaise Compaoré à l'intérieur
du pays sont progressivement entrain de devenir
de véritables rackets. A chaque fois qu'il
sort, il retourne avec un camion rempli de taureaux
et de béliers. Ces cadeaux, sauf ignorance
de notre part, ne sont répertoriés
nulle part. Les ministres du gouvernement en reçoivent
aussi et ne les inventorient nulle part également.
C'est la pratique. Or il est évident que
c'est en raison de la fonction que ces cadeaux leurs
sont donnés.
L'argent des cantines de Guiro serait
empaqueté dans des enveloppes avec parfois
des cartes de visite des donateurs. Il est donc
possible de remonter à ces donateurs. L'exercice
est intéressant, sauf qu'il y a beaucoup
de chance que ce même donateur ait déjà
fait un geste semblable au ministre et peut-être
aussi au premier ministre. Le cercle de ceux qui
peuvent cadeauter un million de francs au Burkina
Faso est restreint. La difficulté du juge
sera réelle en cette matière.
L'instruction est encore à ses débuts,
mais il est presque sûr, sinon les différentes
enquêtes des services l'auraient montré,
que cet argent n'a pas été détourné
des caisses de la douane. L'accusation de détournement
de deniers publics sera donc impossible à
établir. Ce sera aussi, difficile à
établir le crime de concussion. Il va rester
l'enrichissement illicite. L'enquête du juge
devrait alors mettre à jour l'ensemble du
patrimoine de Guiro et le mettre en balance avec
ses revenus légaux. En la matière,
les informations les plus folles courent actuellement.
Guiro a une boutique d'alimentation, c'est attesté.
Il aurait une ferme de 300 ha entièrement
mise en valeur, une soixantaine de maisons à
Ouaga et dans les grandes villes du Burkina, des
dizaines de camions citernes. Certains lui attribuent
aussi une mine d'or, sans pouvoir y mettre un nom.
Là aussi, le problème c'est la coutume.
Si un préposé de douane peut construire
plusieurs villas, après seulement quelques
années de fonction, qu'en sera-t-il d'un
vieil inspecteur de douane qui a de surcroit occupé
plusieurs " postes juteux " avant d'atterrir
comme directeur général des douanes
? Mieux, le principe de " poste juteux "
est admis dans les administrations de douane, de
police et de gendarmerie. Ils sont construits sur
le principe de permettre l'enrichissement, pas forcément
légal, de l'agent qui y est affecté.
Pis, l'agent, qui après un séjour
en ces postes, ne s'est pas fait de l'argent, est
considéré comme maudit. Il y a donc
une tolérance tacite de l'enrichissement
illicite. Un fonctionnaire qui a séjourné
dans ces postes peut se construire toutes les maisons,
détenir tous les biens qu'il veut, il ne
sera jamais inquiété. Guiro peut-il
faire l'exception ? Les règles qui encadrent
l'exercice des hautes fonctions ne sont jamais respectées.
Le précédent des villas de la CNSS
est là pour l'attester. Le Directeur général
de la CNSS, les ministres et les ambassadeurs qui
ne pouvaient, en raison de leur statut, acquérir
ces villas, se les sont attribuées, sans
rien payer en plus. Dernièrement à
Koudougou, un maire a spolié un pauvre citoyen
indigent de son verger pour redistribuer les terrains
ainsi dégagés au premier ministre,
au président de l'Assemblée nationale,
sans s'oublier lui-même. Si Guiro est reconnu
coupable d'enrichissement illicite, beaucoup devraient
le rejoindre à la MACO.
La hiérarchie pouvait-elle
ignorer l'existence de cet argent ?
Il est possible que Tiao, l'actuel
premier ministre, n'en sache rien. Peut-on en dire
autant du ministre de l'Economie et des Finances
et de l'ancien premier ministre Tertius Zongo ?
Une certaine opinion à la douane considère
que le gouvernement actuel, à commencer par
le premier ministre Tiao, sont des gens qui ne connaissent
pas l'argent. Quand ils ont entendu deux milliards,
ils ont paniqué. Et de poursuivre, si c'était
Tertius Zongo, l'affaire n'allait pas connaitre
une telle ampleur.
On en saura peut-être un peu plus, à
mesure qu'évolue cette instruction, mais
déjà certaines indiscrétions
pensent savoir qu'il existerait au niveau de certaines
structures de l'Etat des caisses noires non officielles
qui permettent de parer au plus pressé au
niveau de la présidence du Faso. Outre la
douane, on cite la Sonabel, la Sonabhy, la CNSS
Des dispositions sont prises pour mettre de côté
de l'argent à l'utilisation qui échappe
aux procédures ordinaires de la dépense
publique. Les cantines de Guiro sont-elles une caisse
noire ? En tout cas, Guiro, dit-on, soutient que
c'est son argent. L'instruction devrait permettre
d'en savoir plus, même si les choses sont
mal engagées. L'enquête des pandores
n'est pas exempte de toute critique. Si on peut
comprendre que des dépenses inconsidérées
par des jeunes qui n'ont pas une activité
connue attirent leur attention et donnent lieu à
enquête, la détention de sommes d'argent
n'est pas a priori un délit. Peut-être
celle des devises. Là encore ? Mais les chefs
d'accusation signifiés à Guiro au
moment de sa mise sous mandat de dépôt
ne retiennent pas ce délit. On peut donc
considérer que Guiro était un "
bon client ". Il avait le profil du "
suspect parfait ", depuis son antécédent
de 2007. Rétrospectivement, Tertius ne lui
a pas rendu service. Il aurait dû laisser
la justice passer en 2007. Guiro, dans notre contexte,
est "l'impuni " parfait. Il va payer pour
que la bamboula continue.
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Guiro
est coupable de s'être fait prendre

Par Germain B. Nama
Pour n'avoir pas su cacher ses biens, Ousmane
Guiro est depuis le 5 janvier 2012 à la MACO. Il
a été pris presqu'en flagrant délit
en possession de sommes importantes d'argent, qu'en agent
de l'Etat, il aura du mal à justifier devant la justice.
S'il accepte de parler et il faut l'espérer, il sera
possible de remonter l'origine de ces fonds et peut-être
alors, serions-nous en mesure d'en tirer toutes les leçons
utiles pour le pays. En attendant un éventuel procès,
le travail qui a permis d'aboutir à l'arrestation
de M. Guiro est assez remarquable. Des gendarmes aux hommes
d'Etat, la chaîne de travail a cette fois apparemment
bien fonctionné.
On peut maintenant le dire, M. Guiro s'est
complètement fourvoyé en croyant trouver chez
Tidiani Sana, l'époux de sa sur, la planque
idéale pour ses cantines. Tel un rat voleur, le fils
de ce dernier qui a flairé l'odeur de gombo n'a eu
aucun mal à se fixer. Pour ne pas éveiller
des soupçons chez ses parents, il n'a pas brisé
les cadenas des cantines suspectes. Il a trouvé le
manège qui lui a permis d'y glisser les doigts pour
en extirper des liasses. Depuis combien de temps ce manège
a-t-il fonctionné ? Lui seul pourra le dire. Selon
certaines informations, le temps suffisant pour se faire
remarquer à la fois par les voisins de quartier et
aussi par les pandores. Devant tant de plaisirs faciles
que lui procurait cette manne inespérée, le
petit Sana a visiblement perdu la tête, au point de
ne pas soupçonner la souricière construite
autour de lui par les gendarmes. On l'a dit, le train de
vie du gamin a vite éveillé les soupçons,
d'abord de ses petits copains dont certains le faisaient
chanter, puis par la suite des pandores. Pourquoi ceux-ci
ont-ils décidé d'agir le 31 décembre
dernier jour de l'an, à un moment où tous
les esprits étaient plutôt ailleurs ? Les gendarmes
qui ont appréhendé le jeune Sana ont eu manifestement
des arguments pour le convaincre rapidement. Celui-ci les
a vite conduits vers les cantines. La suite est connue.
Interpellations du chef de famille, saisie des cantines
et transfèrement de celles-ci vers la brigade de
gendarmerie de Boulmiougou. L'identification du contenu
des cantines aurait été faite en présence
du procureur du Faso près du TGI de Ouagadougou.
Devant la quantité impressionnante des billets, on
a dû faire appel à quelques agents du Trésor
pour effectuer le comptage.
Des enveloppes au nom du DG
Certaines indiscrétions font état
de l'existence dans les malles, d'enveloppes portant le
nom du DG. On aurait même trouvé une enveloppe
d'argent qui date du temps où monsieur Guiro était
en poste à Bobo-Dioulasso. Comme devises, on mentionne
une enveloppe contenant 77 000 euros. L'opération
de comptage ayant duré toute la nuit, c'est finalement
le 1er janvier que monsieur Guiro a été arrêté.
Il est entendu dans un premier temps par les pandores dans
les locaux de la gendarmerie, puis une seconde fois par
le procureur du Faso au Palais de justice. M. Guiro aurait
reconnu au cours de ces auditions être le destinataire
de ces sommes. Quand à leur source, il aurait fait
état de dons et de ristournes. C'est à la
suite de l'audition avec le procureur du Faso qu'il est
inculpé pour ''détournement de deniers publics,
corruption, concussion et enrichissement illicite''. Il
faut souligner que le domicile et le bureau de M. Guiro
ont fait l'objet de perquisitions. Les fouilles du domicile
ont permis de mettre la main sur un peu plus de un million
de francs et au bureau 500 000Francs.
" Pas d'ingérence politique
" aurait dit LAT
Quand il est apparu aux jeunes pandores que
les cantines appartenaient au DG de la douane, ils se sont
immédiatement référés au chef
d'Etat-major de la gendarmerie via la hiérarchie
pour avoir la conduite à tenir. Le colonel Coulibaly
T. Marcel, le grand patron de la gendarmerie, leur donne
quitus pour la poursuite de la procédure et appelle
à son tour Jérôme Bougouma, ministre
de l'Administration Territoriale et de la Sécurité
qui en informe aussitôt le premier ministre. "
Il faut poursuivre. Je ne veux pas d'ingérence politique
", aurait déclaré Luc Adolphe Tiao d'un
ton ferme. L'information est relayée par ses soins
à Kosyam qui ne fait pas d'objection sur la procédure
en cours. Le sort d'Ousmane Guiro a alors été
ainsi scellé. Il n'aura pas cette fois bénéficié
de l'immunité que lui confère sa qualité
d'officier de police judiciaire. Blaise Compaoré,
il faut l'en féliciter, a pris la décision
qu'il fallait en démettant M. Guiro de ses fonctions.
La procédure judiciaire se trouvait dès lors
débarrassée d'un obstacle. N'étant
plus DG de la douane, on ne pouvait plus invoquer une quelconque
qualité pour ralentir, voire entraver la marche de
la justice. On relèvera aussi le rôle capital
de Luc Adolphe Tiao qui a fait montre d'une volonté
politique certaine en affirmant clairement qu'il ne souhaitait
pas que l'action en cours soit entravée par des considérations
politiques. Il aurait pu se ramollir s'il cherchait à
faire plaisir au milieu politico-mafieux que l'on dit très
puissant. Mais il ne faut pas non plus oublier le dynamisme
des jeunes pandores et la détermination dans toute
la chaine de commandement de la gendarmerie sans lesquels
l'affaire aurait fait flop. Comme dans maintes affaires,
elle aurait pu étouffer celle-ci à son niveau
en se contentant de prévenir M. Guiro. Cette chaîne
vertueuse a bien fonctionné dans ses différents
segments pour aboutir au résultat que l'on sait.
On peut comprendre que l'opinion publique demeure sceptique
quant à la volonté de l'exécutif de
laisser libre cours à la justice. Il n'a pas fait
montre par le passé d'une réelle volonté
de combattre les mauvaises pratiques dans la gestion de
la chose publique. L'affaire Guiro peut être l'occasion
de donner une autre image. Maintenant que le chef de l'Etat
qui alléguait le manque de preuve pour ne pas agir
contre la corruption se trouve pour le moins devant un cas
avéré de mauvaise pratique professionnelle
d'une extrême gravité, il lui appartient d'agir
ici et maintenant pour renforcer les mécanismes institutionnels
de gestion. On n'aura pas résolu le problème
si on se contente de frapper M. Guiro. Il n'est pas plus
mauvais qu'un autre. Ceux qui l'ont précédé
et qui n'ont pas été pris ne sont pas forcément
plus vertueux que lui. N'importe qui devant tant de facilités
et face à la tentation n'aurait pas résisté.
Il ne faut pas demander à nos fonctionnaires d'être
des héros. Il faut sans doute plus de verrous et
un arsenal juridique approprié pour encadrer les
métiers très exposés à la tentation
comme la douane. Avec l'affaire Guiro, fleurissent des justiciers
cagoulés, sans doute dans le milieu de la douane,
criant haro sur la corruption et n'hésitant pas à
jeter des gens en pâture. Ils sont rares les douaniers
qui peuvent sans honte jeter la pierre à M. Guiro.
La profession est malade et il faut en connaitre les causes
réelles et y apporter des remèdes. Il y a
certes un problème de conscience professionnelle
mais pas seulement. Quand la structure dans laquelle vous
évoluez comporte des failles, ceux qui n'en profitent
pas apparaissent comme des cons, surtout quand tout autour,
beaucoup en profitent. Luc Adolphe Tiao qui ne veut pas
d'interférence politique dans l'affaire Guiro devra
aussi veiller à ce qu'il n'y ait pas d'interférence
politique dans le choix de son successeur. L'oiseau rare
existe. Il suffit de le vouloir pour le trouver.
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Et si l'affaire Guiro
servait de déclic
La
maison où était entreposés les
cantines de Guiro
On peut penser que la diligence avec
laquelle les autorités ont réagi à
l'affaire Guiro constituera un tournant. Eviter que
pareille situation ne se reproduise. Pour cela, il
faudra plus qu'une condamnation de Guiro.
Il y a un précédent français
sur le financement des partis politiques qui pourrait
bien inspirer les Burkinabè pour prévenir
l'enrichissement illicite des élites placées
aux hautes fonctions de l'administration, notamment
celles qui sont au carrefour de l'argent. Il faut
nécessairement légiférer. Il
faut encadrer le rapport avec l'argent en légiférant
sur les cadeaux dans l'administration. Pour l'ensemble
des responsables, une loi devrait préciser
la notion du cadeau, sa valeur et sa gestion. Un responsable
public ne devrait pas recevoir des cadeaux d'un certain
montant et d'une certaine valeur. Dans les démocraties,
ce sont des choses qui sont codifiées et qui
mettent tout le monde à l'abri. Le cadeau ne
devrait pas pouvoir s'exprimer en numéraire.
Il devrait être d'une valeur telle qu'il n'oblige
pas celui qui le reçoit. Le code de déontologie
des journalistes du Canada définit le cadeau,
comme un présent dont le renvoi par la poste
au donateur coûterait plus cher que la valeur
du cadeau lui-même. Et puis un cadeau est toujours
fait en présence de tiers. Dans nos villages,
quand on offre le poulet à l'étranger,
c'est toujours devant témoin. En outre, il
faut le consigner dans un registre prévu à
cet effet.
Il faudra aussi prendre une loi sur le délit
d'apparence. Pour certains, le code pénal actuel,
en ces dispositions sur l'enrichissement illicite,
est suffisant. Mais il demande de faire d'abord la
preuve de l'infraction avant que l'action de la justice
ne s'enclenche. Une loi sur le délit d'apparence
permettrait plus facilement de mettre la justice en
mouvement. Si un fonctionnaire construit une maison
de 100 millions après seulement quelques années
de travail, la justice peut légalement lui
demander de le justifier. Le délit d'apparence
inverse la preuve de la charge contrairement aux dispositions
actuelles sur l'enrichissement illicite. Ce sera au
prévenu de faire la preuve du caractère
licite de ses biens.
En ces aspects, l'affaire Guiro peut être utile.
En plus, comme c'est en matière pénale,
la loi n'est pas retro active. Ceux qui se sont déjà
constitués leur trésor de guerre ne
devraient pas être inquiétés.
Par contre, pour l'avenir, les postes juteux de l'administration
ne devraient plus avoir le même attrait. Actuellement,
c'est un abus sans nom.
NAB
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