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DOSSIER
- Politique
Conseil
constitutionnel
Idrissa Traoré : un Président
cleptomane

Par Newton Ahmed Barry
En cinq ans, Idrissa Traoré a dirigé
le Conseil constitutionnel en véritable voyou. Le
juge constitutionnel qu'il a été ne se préoccupait
pas de la loi, mais de l'ordre politique. Il n'avait pas
d'égard pour la procédure de dépense,
mais du prestige de l'institution qu'il dirigeait. Il s'est
tout permis, allant jusqu'à tailler un rôle
et des droits pour son épouse au nom d'une obligation
protocolaire inscrite nulle part. En cinq ans, il a géré,
comme il le voulait, plus d'un milliard de francs cfa, dont
on ne trouve nulle part les pièces justificatives.
Le plus grand scandale de la république qui apparemment
ne fera l'objet d'aucune poursuite.
De toutes les mal gestions dénoncées
par la Cour des comptes, à l'occasion de ses rapports,
celle du premier président du Conseil constitutionnel
burkinabè, Idrissa Traoré, est sans aucun
doute la plus scandaleuse et la plus inadmissible. Parce
qu'il s'agit justement du gardien de la loi, du droit et
de l'éthique démocratique. Or pendant ses
cinq ans passés à la tête du Conseil
constitutionnel, Idrissa Traoré n'a eu de respect
pour rien, en tout cas pas pour la loi et le droit.
Au niveau administratif, ce fut une gestion à vue.
Les contrôleurs de la Cour des comptes ont fait le
constat suivant : "l'absence de règlement intérieur
au niveau du Conseil constitutionnel". Sans loi ni
foi, le président, troisième personnage de
l'Etat, s'est solidement installé à la tête
du Conseil constitutionnel avec un seul souci, celui du
"contexte" qui devrait remplacer la loi et les
normes puisque pour lui "à circonstances exceptionnelles,
il faut des solutions exceptionnelles".
Durant son mandat de 2002 à 2007, le président
Idrissa Traoré a géré cinq élections
pour lesquelles il a reçu les budgets suivants selon
le rapport de la Cour des comptes (voir tableau ci-dessus).
Situation d'exécution des budgets
des élections :
Pour ces élections, le Conseil constitutionnel
a reçu au total un milliard quarante deux millions
deux cent vingt cinq mille francs. Il a dépensé
près de neuf cent quarante millions. Mais au contrôle,
le président ne pouvait rien justifier. Il n'y avait
ni justificatifs pour les neuf cent millions dépensés,
encore moins pour le reliquat d'environ quatre vingt dix
sept millions. Voilà la conclusion du rapport de
la Cour des comptes. A ce propos, "La Cour relève
d'une part, que les états de reversement des soldes
d'exécution budgétaire n'ont pas été
mis à sa disposition, d'autre part, que les différents
déblocages de fonds pour les élections n'ont
pas été justifiés auprès de
l'ordonnateur délégué, comme le prescrivent
les décisions de déblocages". A ce propos,
voici les explications du DAAF de l'époque: "l'absence
de factures s'explique par des problèmes de manipulation
et de rangement qui ont engendré leur égarement".
Carrément ! On ne peut pas être plus désinvolte.
Il va de soi que celui qui ne peut pas justifier les dotations
régulièrement données pour réaliser
des activités ne le fasse pas également pour
une dotation dite "spéciale" sur la même
période et sur un compte trésor (N° 0001
457 0398/02) destiné à recevoir des fonds
spéciaux. Sur les cinq ans de son mandat, ce fonds
a reçu au total 90 millions de francs CFA. Quand
le président quittait ses fonctions, il restait seulement
sur le compte 33 millions de francs CFA. Idrissa Traoré
a donc dépensé plus de 56 millions. Quand
le président de la Cour des comptes lui a demandé
de justifier les dépenses, il est tombé des
nues. Idrissa Traoré explique que le ministre des
Finances de l'époque, Jean Baptiste Compaoré,
lui a certifié que "ces fonds spéciaux
ne sont pas à justifier". Cette assurance du
ministre des Finances a laissé les bribes libres
à Idrissa Traoré qui n'en demandait pas plus.
Alors quand il est invité à l'investiture
de Idriss Déby, il tente dans un premier temps de
faire financer le voyage de son épouse et de lui-même
à Djamena par les services du Trésor. Cet
engagement est refusé par les services techniques
des Finances. Il s'en ouvre au ministre des Finances qui
lui suggère de faire supporter cette dépense
par les "Fonds spéciaux". C'est ce qu'il
a fait. Mais combien a-t-il puisé pour ce seul voyage
? Il n'y a pas de pièces justificatives. Comme le
ministre lui a assuré que les fonds n'étaient
pas à justifier, expliquera-t-il plus tard, dans
sa lettre adressée au président de la Cour
des comptes : "je n'ai jamais pris la précaution
de me munir de justificatifs. Aussi à l'heure actuelle,
je ne suis pas en mesure de les réunir". Lorsque
les contrôles de la Cour des comptes ont commencé
et que les choses se sont corsées, Idrissa Traoré
s'est mis alors à courir derrière le ministre
des Finances, pour savoir s'il y avait un texte exemptant
la justification des dépenses sur "le Fonds
spécial". Il a couru partout sans trouver ce
texte. Et pourtant, assure-t-il au président de la
Cour des comptes, quand j'ai vu le ministre des Finances
à son bureau le 06 février 2008, après
avoir reçu votre lettre, "il m'a fait savoir
que la question est réglée par un décret.
Mais ce jour, il n'a pas pu me remettre un exemplaire. Il
m'a promis de me le faire porter. Mais avant de nous séparer,
monsieur le ministre a ajouté qu'il préfère
laisser Monsieur le Premier ministre m'annoncer officiellement
la bonne nouvelle. J'ai en conséquence demandé
une audience à Monsieur le Premier ministre par l'intermédiaire
du service du protocole de la primature. J'ai attendu. J'ai
relancé le protocole une deuxième fois
Mais
jusqu'à ce jour, je n'ai toujours pas obtenu l'audience
auprès de Monsieur le Premier ministre." Voici
un gardien de la norme qui s'est transformé lui-même
en "mendiant de faveurs" auprès de ceux-là
qu'il était censé contrôler. Dans cette
affaire, deux aspects montrent le caractère complètement
désinvolte et irresponsable de l'ancien président
du Conseil constitutionnel. Dans un premier temps, il prend
pour argent comptant les incitations d'un membre de l'exécutif
qui le pousse à la faute. Dans la nomenclature des
finances publiques, il n'existe pas de l'argent qui ne doit
pas être justifié. Les exhortations itératives
du ministre des Finances auraient dû réveiller
sa méfiance. La preuve, quand la situation s'est
compliquée pour lui, le ministre des Finances ne
l'a plus reçu: "j'ai cherché à
revoir Monsieur le ministre des Finances, je n'ai jusqu'à
présent pas pu le rencontrer étant en mission
ou ne décrochant pas son téléphone".
Dans un deuxième temps, il est quand même curieux,
pour un président d'une institution dont l'existence
est complètement vouée à veiller scrupuleusement
sur le respect de la norme de droit, de s'engager dans une
affaire sans s'être au préalable assuré
qu'il existe un texte de loi qui l'autorise. Les paroles
du ministre des Finances ne sont pas la loi. Il semble qu'en
la matière, un décret existe, mais il ne dispense
pas, contrairement à ce qu'on a pu dire à
l'ancien président, du devoir de justifier l'utilisation
des Fonds spéciaux. Un décret pirate, qui
n'a jamais été enregistré au Journal
officiel, serait en circulation. Ce décret pirate
d'adoption plus récente abrogerait les dispositions
du décret de 2003, mais ne serait pas rétro
actif. Donc dans tous les cas, Idrissa Traoré est
dans de sales draps. C'est ce qu'il reconnaît lui-même,
en répondant à la Cour des comptes :"Mais
entre temps, j'ai pu récupérer auprès
du secrétariat particulier de Monsieur le ministre
des Finances, le décret dont il m'a parlé.
En lisant, j'ai été surpris de savoir qu'il
abroge un décret qui date de 2003 et qui imposait
au président du Conseil constitutionnel et au président
de l'Assemblée nationale de justifier les fonds spéciaux
mais qu'il ne semble pas rétroactif".

C'est ce monsieur là qui a veillé cinq ans
durant sur la régularité des élections
dans notre pays, qui a reçu le serment du président
du Faso à l'occasion de son investiture, qui a présidé
et qui a tranché le débat sur oui ou non Blaise
Compaoré pouvait se présenter en 2005, après
la restauration de l'article 37 originel de la Constitution
qui limitait le mandat présidentiel à deux.
C'est lui aussi qui a veillé pendant cinq ans sur
la conformité de nos lois avec la constitution. Son
dernier fait de guerre a été son implication,
non désintéressée, dans l'affaire EROH-BIB.
A ce propos, rappelez-vous juste ce soupir de Blaise Compaoré,
rapporté par Germain Nama, à propos de Idrissa
Traoré : "ce type est un danger pour les institutions".
Seulement Blaise Compaoré ne peut pas dire qu'il
a été surpris. Il n'a pas nommé Idrissa
Traoré par hasard. Germain Nama dans "Comment
Idrissa Traoré est devenu un danger public pour Blaise
Compaoré" (L'Evénement N°124 du 25
septembre 2007) rappelait les évidences qui ont présidé
à cette nomination "Idrissa Traoré est
le premier président du Conseil constitutionnel désigné
par Blaise Compaoré. Vu l'importance du poste, il
n'y a pas de doute que son choix a été bien
mûri. Ce dernier (Idrissa Traoré) en avait
certainement conscience si on en juge par sa gestion désinvolte
du Conseil". Les choses ont-elles changé depuis
? Il semble que non. Le remplaçant de Idrissa Traoré,
nommé selon les mêmes critères, serait
entrain de le faire regretter.
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Fauteuil
Louis XIV pour le président Idrissa Traoré
A l'occasion de la présidentielle
de 2005, l'Organisation internationale de la francophonie
(OIF) a accordé une subvention au Conseil constitutionnel
de 16 300 000 F pour l'aider dans l'organisation des
élections. Voilà ce qu'en a fait Idrissa
Traoré, c'est lui-même qui explique : "Après
les dépenses, un reliquat s'est dégagé.
J'ai annoncé aux membres que j'avais l'intention
de demander au DAAF de l'utiliser pour équiper
les bureaux de chacun d'entre eux d'un salon en cuir,
un poste de télévision, un mini bar et
d'un ordinateur portable et celui du président
(Idrissa Traoré lui-même) d'un salon style
Louis XIV, d'un salon en cuir pour les audiences, d'un
poste téléviseur et d'un bar". Coût
total de cette petite gâterie présidentielle,
16 millions de francs cfa. C'est-à-dire en réalité
la totalité de la subvention de l'OIF.
L'Epouse du président
avait un véhicule fond rouge
et des bons d'essence
Selon les investigations de la Cour des comptes, l'épouse
de Idrissa Traoré avait une voiture spéciale
fond rouge qui lui était affectée. Il
s'agit de la voiture immatriculée 11 A 5101 BF.
Cette voiture bénéficiait d'un ravitaillement
régulier de ce véhicule en carburant.
En réalité mieux que ça, l'épouse
du président avait droit à une dotation
en carburant spécialement. Quand elle ne pouvait
pas venir en prendre possession, c'est le chauffeur
qui le faisait en son nom et parfois son président
d'époux lui-même. Plusieurs décharges
en son nom et signées soit d'elle-même,
soit du chauffeur, soit du président ont été
découvertes. Le montant de ces bons s'élève
à plus de 1 985 000 F CFA. Idrissa Traoré
justifie cette dotation spéciale par les obligations
protocolaires de son épouse. Selon lui, il défendait
"le prestige du Conseil constitutionnel en ne laissant
pas dire que l'épouse de son président
ne vaut pas son rang".
Le président
transporte 24 millions de francs cfa
en espèces à Dakar
Dans un marché passé par
la procédure du gré à gré,
un informaticien sénégalais est retenu.
Le président du Conseil constitutionnel, pour
l'inciter à aller vite et à tenir les
délais de la présidentielle de novembre
2005, transporte carrément la rondelette somme
de 24 millions dans sa mallette jusqu'à Dakar
pour effectuer le paiement contre une simple décharge
manuscrite. Quand la Cour des comptes lui fait savoir
qu'au terme du décret 2005-257/PRES/PM/MFB, le
paiement des dépenses est obligatoirement fait
par virement bancaire, quand le montant est supérieur
ou égale à 100 000 F CFA, Idrissa Traoré
répond que "s'il fallait respecter la procédure,
l'élection présidentielle allait être
reportée et cela, on me l'aurait reproché
en me disant que j'aurai dû tenir compte de l'intérêt
national comme l'a fait le ministre des Finances".
Après une telle explication, on reste forcément
sans voix. Le Conseil constitutionnel qui doit veiller
au respect et à la régularité des
procédures dit qu'on peut s'en passer, surtout
quand l'exécutif n'en a pas tenu compte. Tout
le contraire de l'attitude du juge constitutionnel béninois
qui a été rappelé par Idrissa Traoré
lui-même. En 2005, les députés béninois
prétextant qu'il n'y avait pas de l'argent pour
organiser les législatives ont adopté
une loi prorogeant leur mandat. Le juge constitutionnel
a annulé cette loi qu'il a déclarée
anti constitutionnelle. Il y a fort à parier
que si Idrissa Traoré avait été
saisi pour les mêmes motifs, il aurait tenu compte
des considérations politiques, pour qu'on ne
vienne pas après lui dire qu'il aurait dû
tenir compte de l'intérêt national, surtout
quand le gouvernement est d'accord avec la décision
des députés.
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Constitution
Des coalitions contre la révision de l'article 37

Par
Germain B. Nama
L'article 37 est au centre d'intenses activités
au sein des formations politiques de l'opposition et dans
les mouvements d'obédience civique depuis que des
manuvres se dessinent dans le camp présidentiel
en vue de sa révision. Ces organisations tentent
d'aller au-delà de la protestation médiatique
pour constituer un front de refus de la révision.
Où en sont ces initiatives au moment où Blaise
Compaoré poursuit sa campagne d'image à travers
des activités internationales ciblées ?
Blaise Compaoré et ses hommes ont tout
fait pour brouiller la question de l'article 37 en cristallisant
le débat sur l'article 37 autour de la question "
pour ou contre son maintien au pouvoir". La question
de principe ne peut en effet se résumer à
cette question, tant elle touche aux conditions de l'alternance
dans nos jeunes Etats où l'on observe une tendance
à la patrimonialisation du pouvoir avec l'émergence
d'une classe de rentiers décidés à
créer les conditions de la pérennisation de
leurs intérêts. En détournant la question
de principe, les hommes de Blaise tentent de faire passer
leur marchandise en fraude en surfant sur une image idyllique
du chef de l'Etat au moment où sa diplomatie rencontre
un certain succès. Il y a pourtant à la base
de l'adoption de la clause limitative, des raisons historiques.
C'est sur cette base que le principe de la limitation des
mandats a été imaginé pour éloigner
la menace de la sclérose démocratique. La
leçon nous vient d'ailleurs des Etats-Unis où
depuis l'expérience de Franklin Delano Roosevelt
qui a totalisé 4 mandats présidentiels, les
Américains ont décidé par le 22ème
amendement adopté en 1951 de mettre un coup d'arrêt
à ce qui ressemblait à leurs yeux et sous
l'angle de la durée à un règne monarchique.
Depuis, plus personne ne peut être élu plus
de deux fois à la présidence américaine.
Pourtant, le total cumulé de ces mandats ne faisait
que 12 ans et Franklin Roosevelt avait su construire une
popularité à la fois sur le plan intérieur
et extérieur, une prouesse qu'aucun autre président
américain n'a pu réaliser, ni avant ni après
lui.
Le Burkina n'est donc pas un cas isolé, loin s'en
faut ! De nombreuses constitutions africaines ont en effet
instauré la clause limitative pour les mêmes
raisons. La tentative avortée de 1997 d'éliminer
le verrou constitutionnel n'a apparemment pas suffi à
convaincre Blaise Compaoré de cette aspiration chère
aux peuples, d'une démocratie ouverte. Nous revoilà
face au même scénario devant l'approche inexorable
de l'échéance critique où toute révision
constitutionnelle se rapportant au mandat présidentiel
pourrait poser des problèmes autrement plus graves.
Nous sommes donc engagés dans une course de vitesse
où la question devrait revenir devant les députés
avant l'échéance présidentielle de
novembre.
Vers la constitution
d'un front de refus
Devant une telle éventualité
et suffisamment instruit de l'entêtement de Blaise
Compaoré sur la question, il n'y a pas d'autre alternative
que la mobilisation citoyenne. Et sur ce point, deux initiatives
parallèles sont en cours. L'une est amenée
par les partis politiques de l'opposition en direction des
formations politiques sans exception, y compris le CDP et
l'autre par le CGD et touche le monde associatif.
La stratégie consiste à réunir le maximum
d'adhésion à une plateforme minimale dont
l'élément central sera constitué par
le refus de la révision de l'article 37. Si ce projet
citoyen ne pose pas de problème particulier au niveau
de la sphère associative, il n'en est pas de même
au sein des partis politiques. Le pari ici consiste à
faire bouger les lignes des frontières politiques
classiques, seule condition pour troubler la belle assurance
des partisans de " il n'y a rien au village".
Selon nos sources, les personnes chargées de faire
le tour des formations politiques affichent un optimisme
prudent. Il ressort en effet, un sentiment général
d'inquiétude sur la perspective d'une révision
de l'article 37 supprimant la clause limitative, y compris
au sein même du CDP. Mais ce sentiment ne se traduit
pas forcément par une adhésion systématique
à la plateforme proposée. En fait, il s'agit
plutôt pour l'instant d'un questionnaire et non d'une
plateforme. Les réponses au questionnaire à
cette étape précise traduisent des intentions
ou des dispositions d'esprit et non des engagements fermes.
Néanmoins, on note des réponses assez claires
de certaines formations de la mouvance présidentielle
sur l'inopportunité de la suppression de la clause
limitative du mandat présidentiel. Bien sûr
la tendance est généralement hésitante
pour des raisons que certains responsables de ces formations
ne cachent pas. Pour l'essentiel, on retient qu'il s'agit
d'un manque de courage pour invoquer publiquement le devoir
d'ingratitude en cas d'adhésion à un éventuel
mouvement citoyen de refus. Cette faiblesse s'observe aussi
d'ailleurs selon nos sources au sein de l'opposition où
il ne manque pas de formations pour afficher des positions
ambiguës. Si l'on espérait faire le plan des
partis de l'opposition, il faudra alors se raviser dès
à présent. Certaines formations ne s'exprimeront
pas ouvertement sur la question. La ronde des formations
se poursuit toujours donc et l'on espère bientôt
une jonction des deux initiatives politique et associative
d'où sortira, espère-t-on, une plateforme
d'actions citoyennes.
Les tendances au sein du parti majoritaire
Si Roch Marc Christian Kaboré soumettait
aux voix le projet de suppression de la clause limitative
au sein de son parti, il n'est pas sûr que les structures
approuveraient. On l'a bien vu lors des tournées
provinciales et régionales où les militants
refusaient de se prononcer en l'absence d'orientations claires
et précises de la direction nationale. La question
elle-même gêne considérablement les responsables
du CDP. Comment assurer une continuité de Blaise
au pouvoir tout en faisant l'économie d'une révision
constitutionnelle forcément problématique
et délicate dans le contexte politique de notre pays
? C'est à cette équation impossible que se
trouvent confrontés Roch et ses ouailles. Salif Diallo
a tenté de détourner la question avec les
conséquences que l'on sait. Contrairement à
ce que l'on pense, rien n'est définitivement tranché.
Blaise Compaoré devra descendre lui-même dans
l'arène pour redéfinir les termes du contrat
qu'il souhaite proposer aux Burkinabè. Le discours
de fin d'année a timidement évoqué
la question en insinuant que 2010 serait une année
électorale normale prévue pour novembre 2010
pourra être l'occasion de créer les conditions
d'approfondissement de notre processus démocratique.
Pour l'heure, on ne peut que constater que notre président
est extrêmement flottant sur la question de son avenir
politique. L'alternative FEDAP/BC semble avoir été
abandonnée, du moins provisoirement. La mise en orbite
de cette nébuleuse n'a pas donné les résultats
escomptés, d'où la jauge politique en cours
d'opération sur l'article 37. 2010 pourrait donc
être l'année de toutes les clarifications en
ce qui concerne le destin politique du président.
Du côté de l'opposition politique, on constate
aussi des frémissements autour de la question de
la candidature unique à l'élection présidentielle.
Des initiatives favorables s'expriment ça et là,
mais il est trop tôt pour en apprécier la consistance.
Si le projet aboutissait, ce serait une grande révolution
culturelle d'une portée politique non négligeable.
Non pas que cela puisse jouer de manière décisive
dans la perspective de la prochaine élection, mais
parce que ce sera un déclic capable de générer
de nouvelles dynamiques susceptibles de changer la donne
politique au Faso.
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Mise en place de
la CEPI du Yatenga
Michel Tapsoba accusé d'ingérence
Le 22 janvier dernier, la rencontre prévue pour
la mise en place de la Commission électorale
provinciale indépendante (CEPI) du Yatenga a
donné lieu à des scènes de violence.
M. Tasséré Sawadogo, coordonnateur de
la société civile du Nord a été
tabassé par une foule en colère dans l'enceinte
du Haut commissariat. Elle entendait ainsi traduire
son refus de se voir imposer un individu par le président
de la CENI, Moussa Michel Tapsoba.
Cela fait maintenant trois fois que l'on rencontre
des difficultés pour mettre en place la composition
de la structure provinciale de la CENI au Yatenga.
Le 13 décembre, un communiqué radiodiffusé
convoquait les organisations de la société
civile à une réunion d'information sur
la mise en place de la structure provinciale. Cette
réunion a connu des problèmes parce que
Tasséré Savadogo qui se dit être
le coordonnateur des associations de la société
civile du Nord est venu avec une liste déjà
prête des membres du bureau. Cette anticipation
n'a pas été du goût de nombre de
personnes présentes à la réunion
car selon elles, la date prévue pour la composition
du bureau est le 18 décembre. Monsieur Tasséré
a donc dû se résoudre à attendre
le jour prévu. Le 18, comme prévu, les
structures prévues se sont présentées,
mais il n'y a pas eu d'entente sur les noms qui ont
été présentés. La rencontre
fut reportée pour le lendemain 19. Le 19, c'est
le même blocage. Il a fallu recourir à
l'arbitrage de Naaba Kiiba pour convenir d'une nouvelle
date. Ainsi les différents protagonistes furent
convoqués pour le 27 décembre. A Ouahigouya,
deux camps se battent pour le contrôle de la CEPI.
Il y a celui du coordonnateur Tasséré
et un autre camp amené par M. Barry Jean Abdoul
Karim. Le 27 décembre, Monsieur Tasséré
ne s'est pas présenté à la réunion
tandis que le camp qui lui est opposé avait mobilisé
une centaine d'associations. Un bureau a donc été
mis en place ce jour malgré l'absence de M. Tasséré.
Dans une interview accordée à notre confrère
Sidwaya en date du mercredi 30 décembre, ce dernier
soutient que les organisations de la société
civile s'étaient réunies le 13 décembre
et avaient procédé à la mise en
place d'un bureau. Quoiqu'il en soit, le cours des événements
montre qu'il n'y a pas consensus sur un quelconque bureau.
Lorsque la CENI a annoncé l'arrivée d'une
délégation pour le 22 janvier, l'on se
disait à Ouahigouya qu'une solution allait enfin
être trouvée. Mais la rumeur a circulé
que la délégation était plutôt
venue installer M. Tasséré sur la base
du procès verbal qu'il avait établi sur
la réunion du 13 décembre. Comme il fallait
s'y attendre, ce qui devait être une réunion
d'installation aux yeux de la délégation
de la CENI s'est transformé en un vaste ring,
où les pugilats ont vite remplacé les
débats. Les émissaires de la CENI auraient
eux-mêmes échappé de peu à
la vindicte de la foule en colère. Finalement,
c'est le lendemain 23 janvier que la délégation
de la CENI a pu trouver une solution après avoir
pris le temps d'écouter les différents
protagonistes. C'est Jean Abdoul Karim Barry qui a donc
été retenu comme président de la
CEPI au grand dam de M. Tasséré et de
ses partisans. Alors des questions se posent. Sur quelle
base la CENI a-t-elle validé le choix de M. Barry
Jean Abdoul Karim ? Est-ce sur la base de sa représentativité
ou par souci de calmer le jeu ? Dans les deux cas, il
ressort que M. Tasséré n'avait pas une
position forte. Autrement, ça ne pouvait pas
se passer ainsi. Beaucoup pensent que s'il a pu tenir
tête au groupe des Barry, c'est parce qu'il était
adossé à un mogho puissant de la CENI,
en l'occurrence Moussa Michel Tapsoba himself. En effet,
il ressort que lors de l'assemblée plénière
des commissaires de la CENI, le président avait
tenté d'imposer M. Tasséré Sawadogo,
certainement sur la base des documents forcément
frauduleux que ce dernier lui a acheminés. Certains
n'oublient pas le rôle particulièrement
actif que M. Tasséré a joué pour
l'élection de M. Tapsoba à la tête
de la CENI. Son obstination à vouloir l'imposer
ne serait donc pour eux qu'un échange de bons
procédés par un généreux
retour d'ascenseur. Cette élection calamiteuse
de Michel Tapsoba fortement décriée en
son temps est l'acte fondateur de toutes les dérives
que l'on constate actuellement dans la mise en place
des structures décentralisées de la CENI.
Dans toutes les provinces, on assiste en effet à
un foisonnement d'associations dites de la société
civile qui n'ont de raison d'être que pour la
CENI. Ainsi ce qui devait être l'interface, le
référent moral entre des belligérants
politiques, est transformé en creuset de toutes
les pourritures. Quel dommage!
Germain Bitiou Nama
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